Reservé aux abonnés

Reportage dans les pas de celle qui s’est battue pour embaumer les morts du Covid-19 

Camille Béguin, dans la salle où elle embaume les corps aux pompes funèbres Murith à Genève. | Heidi.news

Le 24 février 2020, la Suisse enregistrait la première infection à Sars-CoV-2 et, le 5 mars, le premier décès de Covid-19. En un an, les séniors ont payé le plus lourd tribut: prise en charge, EMS, hôpitaux, isolement, décès, deuil... Qu’a fait la Suisse pour ses aînés? Ont-ils été bien protégés, soignés, respectés? Dans la maladie, dans la mort, comme dans la vie? Dans cette série d'articles, Heidi.news tente d’apporter des réponses et revient sur une année forte en émotions.

Aussi rigides et blafards soient-ils, les deux cadavres de la pièce n’entament pas l’entrain de Camille Béguin. Dans le sous-sol des pompes funèbres Murith, face aux HUG à Genève, la cinquantenaire prépare méticuleusement son matériel en compagnie de son caniche Capsule. L’animal est envoyé dans son panier. Pas le temps de gambader. Aujourd’hui, la première cliente est une octogénaire décédée des suites du Covid-19. L’objectif est de transformer son teint pâle, ses membres gonflés et sa rigidité cadavérique, de sorte à la rendre sereine et reposée pour que sa famille puisse lui rendre un dernier hommage.

«Quand j’étais enfant, je maquillais mes poupées en répétant que quand je serais grande je maquillerais les morts. Cela faisait rire mes parents», sourit Camille Béguin. Qui aurait songé à cette époque qu’à l’âge de 38 ans, séparée et sans emploi, elle se réorienterait pour devenir maquilleuse de cadavres? Maquilleuse, mais pas seulement. Depuis quatorze ans, elle œuvre auprès des défunts comme coiffeuse, barbière, habilleuse, esthéticienne et prodigue de nombreux soins. En réalité, Camille Béguin est l’une des deux femmes en Suisse romande et l’une des quatre personnes en Suisse à exercer la thanatopraxie, c’est-à-dire l’art de préservation et de présentation des corps des personnes décédées.

Reservé aux abonnés

Cet article est réservé aux abonnés.

Déjà abonné(e) ? Connectez-vous