Quarantaines plus courtes, restrictions allongées: le Conseil fédéral manie carotte et bâton

Une patient Covid à l'isolement chez elle. | Shutterstock / Dragana Gordic

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D’un côté, le Conseil fédéral raccourcit la durée de l’isolement et de la quarantaine (5 jours), mais de l’autre il désire prolonger les mesures sanitaires en vigueur depuis le 20 décembre jusqu’à la fin du mois de mars… Les décisions et propositions du gouvernement présentées ce 12 janvier par Alain Berset et Ignazio Cassis jouent sur deux tableaux: on allège d’une part ce qu’on renforce de l’autre. En plus de la proposition de prolonger les restrictions, l’exécutif désire encore réduire la durée de validité du certificat Covid à 270 jours, contre 365 actuellement.

Pourquoi c’était attendu. La pression pour réduire la durée des quarantaines et des isolements n’a cessé de monter depuis le début du mois de janvier avec l’envolée du nombre de nouvelles infections au Sars-CoV-2 dans le pays. L’OFSP et la task force scientifique ne s’opposant pas à un tel allégement, les nouvelles règles (voir ci-dessous) entrent en vigueur dès le 13 janvier.

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Consultation. La décision du jour est accompagnée d’un volet de plusieurs propositions mises en consultation auprès des cantons et des partenaires sociaux et économiques jusqu’à lundi 17 janvier:

  • Prolongation des restrictions sanitaires en vigueur actuellement jusqu’au 31 mars 2022. Elles devaient prendre fin le 24 janvier mais, face à la situation épidémiologique, le gouvernement désire reconduire la formule actuelle.

  • Lire aussi: Télétravail obligatoire pour tous et semi-confinement des non-vaccinés dès lundi

  • Réduire la durée de validité du certificat Covid d’une année à neuf mois (270 jours au lieu de 365). Cette proposition est faite pour «maintenir la reconnaissance du certificat Covid par l’Union européenne», relève le Conseil fédéral.

  • Interdire l’enseignement présentiel au degré tertiaire.

  • Restreindre les capacités dans les grandes manifestations.

  • Renforcer l’obligation de porter un masque.

  • Renforcer les capacités dans les soins aigus.

  • Obliger les personnes vaccinées ou guéries de se faire tester à l’entrée en Suisse.

  • Adapter la stratégie de dépistage en raison de la surcharge des laboratoires.

  • Abandonner les tests rapides antigéniques.

  • Supprimer les règles de quarantaine.

Et le certificat Covid? Autant de sujets qui vont générer des débats et discussions entre les différents partenaires consultés jusqu’à lundi prochain.

Un seul élément n’est pas discuté, pourtant présenté comme essentiel pour réduire la propagation du coronavirus par les autorités: le certificat Covid. Le fait de vouloir prolonger la règle des 2G et 2G+ jusqu’à la fin du mois de mars confirme cet outil comme un moyen nécessaire à la gestion de l’épidémie. Mais avec l’évolution exponentielle des nouvelles infections portées par le variant Omicron, l’efficacité du certificat Covid devrait être, a minima, discutée.

Questionné sur le sujet, Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, estime qu’il est encore trop tôt de s’en passer:

«On vit une très haute vague d’infections. Ce n’est pas le moment de changer notre stratégie sur ce point. Surtout que tout le monde n’est pas encore immunisé dans le pays. Le risque serait réel.

Mais nous devrons y venir et mener une réflexion sur la modification du fonctionnement du certificat Covid. On va néanmoins attendre d’avoir passé le pic de la 5e vague pour cela.»

Quant à passer rapidement de la règle des 2G à celle des 3G, là aussi ce n’est pas envisageable actuellement pour le ministre. Raison évoquée: revenir à la règle des 3G partout encouragerait les gens à se faire tester massivement alors que les capacités de tests actuelles sont à leur limite de capacité.

Le Fribourgeois n’entre pas non plus en matière pour les plus jeunes qui s’infectent sans développer des symptômes graves et n’engorgent pas les hôpitaux.

Des mesures plus fermes? De son côté, Ignazio Cassis, président de la Confédération qui participait pour la première fois à une conférence de presse Covid du gouvernement, estime que:

«La pandémie n'est pas terminée. Nous devons encore faire preuve de patience. Bien que très contagieux, le variant Omicron semble moins virulent. Les hôpitaux ne sont pas pleins et peuvent encore absorber un nombre de malades importants si nécessaire.

Dans ces conditions, il ne serait pas proportionnel de proposer un durcissement des mesures. On peut même affirmer sans détour que prendre des mesures plus dures restreignant nos libertés pour faire baisser la circulation du virus et diminuer les contacts interpersonnels ne se justifie pas.»

Le but des autorités est de conserver des capacités hospitalières suffisantes, pas d’éviter les contaminations. Juste de les freiner. Pour le Conseil fédéral, les restrictions actuelles sont suffisantes.

Changement de paradigme. Alain Berset abonde et pense même que nous nous trouvons à un tournant de la pandémie:

«On est probablement dans cette phase, deux ans après le début de la crise, où l’on passe de la pandémie à l’endémie. Oui, on est peut-être à la veille d'un tournant important, qui pourrait être décisif puisque l’endémie signifie que nous atteignons une immunité populationnelle suffisante faisant de Covid une maladie avec laquelle on peut vivre.»