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«Pourquoi ne parlez-vous pas davantage des guéris du Covid-19?»

Pixabay / Gerd Altmann

Une lectrice nous interpelle sur notre couverture de la pandémie, qu’elle estime trop alarmiste et focalisée sur la vaccination, en ces termes:

«Pourriez-vous traiter des sujets qui montrent la possibilité de traitement et de GUERISON des maladies? Au hasard… le Covid (!) ou la grippe ou autres maladies... mais çeci est moins attractif j'en conviens. Au lieu de toujours montrer le pire et continuer de mettre la pression, de faire peur en empruntant la détestable route de la croisade vaccinale... Les guérisons sont bel et bien plus nombreuses que les décès et malheureusement vous n'en parlez JAMAIS. Je trouve qu'il y n'a pas assez de diversité sur ce sujet et je le regrette. En bref: faire peur et... pas grand-chose d'autre.»

La réponse d’Yvan Pandelé, journaliste sciences et santé. Chère lectrice, merci de prendre le temps de nous adresser votre retour. Je suis désolé que vous trouviez notre couverture trop alarmiste, mais je pense qu’il y a quelques malentendus sur notre démarche, que je vais essayer de lever. Pour le reste, nous prenons toujours bonne note des messages qui nous sont adressés.

Une quête ouverte. Vous avez noté que nous couvrions beaucoup la vaccination Covid-19. C’est un choix: s’il faut hiérarchiser l’information – et cela fait partie de notre travail –, c’est bien les conséquences de la pandémie sur nos sociétés qui sont au cœur de l’agenda.

En début de pandémie, l’attention était très focalisée sur les traitements contre Covid-19. Repositionner des traitements est beaucoup plus rapide à faire que développer un nouveau vaccin, et les tentatives en ce sens ont été innombrables. Mais force est de constater que le bilan a été assez maigre.

Quelques médicaments permettent d’améliorer la prise en charge des patients Covid-19 déjà à l’hôpital, comme la dexaméthasone (anti-inflammatoire) ou le tocilizumab (immunomodulateur). Quelques-uns, comme les anticorps monoclonaux (immunothérapies ciblées), ont vocation à prévenir les formes graves.

Mais la plupart des tentatives de repositionnement se sont soldées par des échecs, à l’image du lopinavir-ritonavir (anti-VIH) et, dans une moindre mesure, du remdesivir. Sans même parler des miroirs aux alouettes, comme l’hydroxychloroquine ou l’ivermectine.

Les antiviraux miracles contre Covid-19, c’est-à-dire efficaces, bon marché et bien tolérés, sont encore un doux rêve. La recherche ne s’est pas interrompue et nous continuons de la suivre, mais à ce jour, aucun médicament contre Covid-19 n’a le pouvoir de changer réellement le cours de la pandémie.

Une grande avancée. Depuis fin 2020, notre couverture s’est donc focalisée sur les vaccins. Cela n’a rien d’arbitraire, mais reflète un consensus écrasant au sein de la communauté scientifique et de santé publique pour y voir le meilleur remède (pharmaceutique) à disposition contre les effets de la pandémie.

Chacun est libre d’avoir l’attitude qu’il veut vis-à-vis de la vaccination Covid-19, et il ne nous appartient pas de dicter à quiconque sa ligne de conduite. Mais l’avancée médicale est difficilement discutable, en particulier concernant les vaccins ARN, extrêmement efficaces et très bien tolérés.

On est sans doute au début d’une nouvelle ère dans la prise en charge des maladies infectieuses. Des vaccins ARN sont à l’étude contre des fléaux aussi récalcitrants que le paludisme, le VIH ou la grippe,. Beaucoup pensent que les pionniers de l’ARN se verront récompensés d’un Nobel avant longtemps.

Ceux qui vont bien. «Les guérisons sont bel et bien plus nombreuses que les décès et vous n’en parlez jamais», écrivez-vous. Au contraire, les débuts de la pandémie ont été rythmés par les interrogations autour de la létalité de Covid. Nous avons abondamment couvert ces débats, bien qu’ils aient surtout été alimentés par des personnalités assez peu en prise avec la réalité des enjeux.

Rappelons ce qu’il en est en deux mots. Covid-19 tue très peu dans l’absolu, c’est exact. Un rapport assez complet de l’Imperial College en date d’octobre 2020 concluait à un taux de létalité de l’infection compris entre 0,2% et 1,2% selon les pays – la pyramides des âges jouant énormément. Autrement dit, entre 98,8 et 99,8% des personnes y survivent.

Certes, dans l’immense majorité des cas, la personne contracte le virus, son système immunitaire se met en branle, et elle guérit spontanément après quelques jours pénibles. L’épisode ressemble alors à une grosse grippe ou un petit rhume. Dont acte.

Mais quel intérêt journalistique y aurait-il à s’appesantir sur ces histoires individuelles? Tout le monde a, dans son entourage, des guéris du Covid en pleine forme. C’est anecdotique, car le problème de santé publique se trouve à l’hôpital, en aigu, et en ville, chez les Covid long.

Le virus étant ce qu’il est, il se propage. Et des dizaines de milliers de patients Covid-19 échouent à l’hôpital, mettant le système de santé sous pression. Plusieurs centaines d’autres finissent aux soins intensifs, ce qui est une expérience extrêmement traumatisante pour eux, et met les soignants à rude épreuve.

Cela n’a rien d’une lubie journalistique ou d’un désir de faire peur: le principal problème de la pandémie réside dans la menace qu’elle fait peser sur le système sanitaire. Tout le reste est littérature. Et cela reste d’actualité.

Les autres sujets. Quand le temps nous en est laissé, nous préférons en fait écrire sur d’autres sujets que les guéris du Covid, qui nous semble plus pertinents – de la santé environnementale aux revendications des infirmiers en passant par les tarifs médicaux. En essayant d’aller chercher du positif à l’occasion, comme avec notre série d’été sur les patients inoubliables.

Nous nous penchons aussi sur la recherche clinique dans les autres maladies, comme Alzheimer ou la mucoviscidose. Sur ces questions, les petites avancées sont légion, et intéressantes à suivre. Mais les vraies révolutions thérapeutiques, comme celle des immunothérapies contre le cancer, sont rares. Je ne crois pas que nous en ayons manqué depuis le début de la pandémie.

Sur le fond. Je tiens quand même à vous répondre sur l’esprit de votre interpellation. Nous avons bien conscience que les gens ne se nourrissent pas que d’eau fraîche et de Covid-19. La pandémie induit une lassitude qui n’épargne personne. Confidence: je ne connais pas un seul journaliste, a fortiori en santé, qui ne rêve pas d’écrire sur autre chose.

Mais nous sommes au milieu d’une quatrième lame de fond épidémique qui va sans doute se prolonger jusqu’à la fin de l’hiver, et il est de notre responsabilité de nourrir le débat public sur ces questions complexes. Alors nous poursuivons le travail, en priant nous aussi pour que le coronavirus se hâte d’entrer dans les oubliettes de l’histoire.

Nous ne faisons pas que prier, cela dit. Une réflexion a été engagée sur notre ligne éditoriale avant l’été, qui a débouché sur une nouvelle formule dévoilée à la rentrée. En somme, l’éducation s’intéresse désormais au travail, l’économie se mêle d’innovations et solutions. Quant la santé, elle s’ouvre au thème très riche de l’alimentation. De quoi peut-être vous apporter un air plus positif!