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Pour Yvonne Gilli, présidente de la FMH, les droits des patients doivent être renforcés

Yvonne Gilli, présidente de la FMH. | FMH

Première femme élue à la tête de la FMH, association professionnelle des médecins suisses, Yvonne Gilli se préoccupe du rôle du patient dans le système de santé depuis de nombreuses années. Cette médecin saint-galloise installée à Wil a été conseillère nationale (Les Verts) de 2007 à 2015. Elle y a défendu à de nombreuses reprises les droits des patients.

Leurs intérêts sont encore peu pris en compte, malgré la stratégie Santé2020 qui invite justement à renforcer leurs droits et à améliorer leur participation dans les processus de la politique de santé. Que faire alors? Comment mieux prendre en compte leurs intérêts? Entretien avec Yvonne Gilli à la veille du Forum des patients et assurés, auquel elle participe.

Heidi.news – Quelle importance a un patient pour un médecin?

Yvonne Gilli – Il a un rôle capital! Aider l'homme dans sa vulnérabilité existentielle, c'est aller à sa rencontre, entrer en relation avec lui, au même niveau, mais dans des fonctions différentes. La relation médecin-patient en tant qu'élément central et condition préalable à une fonction d'aide ou de guérison est aussi ancienne que l'humanité, même si elle est nommée et façonnée de manière très différente.

Des revendications communes existent entre patients et médecins. Ne devraient-ils pas faire corps sur certains sujets?

Oui. Adresser ces préoccupations de manière conjointe permet de renforcer nos besoins respectifs. Un exemple concret de cause commune, c’est l’introduction du budget global en Suisse, discuté au nouveau politique par le Conseil fédéral et au Parlement. Ce serait un carcan pour la profession médicale et aussi une perte de qualité des traitements pour les patients.

Malgré quelques actions politiques, le patient demeure le maillon faible du système de santé. Comment changer cela?

En renforçant constamment la participation et la co-détermination des patients. En fait, il serait souhaitable que les patients soient représentés dans les comités de gestion des hôpitaux et des organisations de soins ambulatoires. Les droits des associations de patients doivent aussi être renforcés.

Lorsque j’étais conseillère nationale, j’avais déposé un postulat demandant au Conseil fédéral d'élaborer un rapport pour renforcer les droits des patients sur deux points importants:

  1. Les instruments permettant d'établir de manière transparente les droits des patients et les mesures visant à garantir l'application uniforme de ces droits.

  2. Les droits de participation (recours, plainte) qui pourraient être accordés aux organisations de patients assumant des tâches publiques visant à sauvegarder des intérêts publics dignes de protection.

Le rapport sur le statut des patients dans l’ordre juridique suisse a été publié en 2015. Il permet de détailler la prise en compte du patient dans de nombreux domaines.

Vous êtes la nouvelle présidente de la FMH et défendez donc les intérêts des médecins. Quelle place a le patient à la FMH?

En tant que médecins, nous fournissons nos services exclusivement pour le patient – ou dans le sens de la prévention pour les personnes en bonne santé. Le patient est donc notre première priorité, et les services de la FMH devraient toujours être mesurés à l'aune de leur utilité pour le patient.

Le patient représente aussi une source de revenus pour le médecin. Comment améliorer la compréhension des factures, des traitements prescrits... Y a-t-il des pistes de réflexion à ce sujet au sein de la FMH?

Oui, bien sûr: la numérisation nous aide beaucoup dans ce domaine. Grâce aux possibilités technologiques actuelles, il est possible de «traduire» les factures, ainsi que les rapports médicaux, du langage technique vers un langage familier. Les médecins s'y intéressent beaucoup. Mais ils ne peuvent pas faire ce travail seuls. Il s'agit d'une tâche interprofessionnelle. Par exemple, la facture est standardisée dans toute la Suisse afin que l'assurance maladie puisse exercer sa fonction de surveillance. C'est également un besoin, et cela conduit à un langage codé qui est actuellement difficile à comprendre pour les patients.

A quoi doit servir le Forum des patients de ce jeudi 3 décembre pour vous?

En tant que présidente élue de la FMH, je ne pourrai jamais dire que les préoccupations des patients sont ma priorité absolue sans montrer mon intérêt dans les forums qui représentent explicitement les préoccupations des patients. Je considère donc ma présence comme un devoir afin de pouvoir effectuer mon travail qui tient compte et qui est centré sur les besoins du patient.