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Pour l'UDC aussi, le certificat Covid crée une forme d'apartheid

Conférence de presse de l'UDC sur la loi Covid-19, le 15 octobre à Berne. | Keystone / Peter Klaunzer

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C’est au tour de l’UDC d’entrer en campagne contre la loi Covid-19. Quatre représentants du seul parti gouvernemental à être en faveur du référendum contre les modifications de la loi intervenues en mars 2021 ont présenté leurs arguments ce 15 octobre à Berne. C’est avec «véhémence» que le parti dénonce «la discrimination et l’arbitraire du certificat Covid, de la surveillance de masse et du pouvoir total du Conseil fédéral».

Pourquoi on en parle. Pour Marco Chiesa, conseiller aux Etats et président du parti, «la politique Covid actuelle du ministre de la santé Alain Berset et des représentants du centre-gauche au Conseil fédéral divise la société entre “bons citoyens vaccinés” et “mauvais citoyens non-vaccinés”; les mauvais étant discriminés et ghettoïsés». Cela doit cesser pour l’UDC, qui souhaite que les Suisses puissent retrouver leurs libertés. Cette conférence de presse s’est tenue alors que le premier sondage en vue des votations du 28 novembre indique que 63% des sondés sont favorables à la loi Covid.

Ce qui fâche l’UDC. Marco Chiesa, président du parti, David Trachsel, président des Jeunes UDC, Martina Bircher, conseillère nationale argovienne, et Jean-Luc Addor, conseiller national valaisan, ont tenu un discours et une position assez similaires.

Lire aussi: Quels risques si les Suisses disent non à la loi Covid le 28 novembre?

Selon eux, le certificat Covid est un outil discriminatoire, la surveillance de masse de la population doit cesser et les restrictions sanitaires doivent être immédiatement abolies. Marco Chiesa:

«Laissez-moi d’emblée clarifier un point: l’UDC n’est absolument pas opposée à la vaccination. Je suis vacciné et l’UDC a toujours considéré et répété que le vaccin reste l’un des meilleurs moyens de lutte contre l’épidémie.

Mais nous ne pouvons pas accepter que l’Etat force, directement ou indirectement, les citoyennes et les citoyens suisses à se faire vacciner, par le biais notamment de l’extension du certificat Covid, obligatoire.

La politique menée actuellement viole également des droits fondamentaux inscrits dans la Constitution. Nos droits sont bafoués.

L’UDC demande l’abandon immédiat des restrictions et une stratégie claire de sortie de la pandémie.»

David Trachsel estime de son côté qu’il faut en finir avec la «dictature bienveillante» du gouvernement:

«Lorsque le Conseil fédéral nous parle d’unité et de solidarité, il nous parle en réalité de soumission et de censure de toute critique de son régime autoritariste. Cette façon de faire est dangereuse, contraire aux valeurs suisses et n’a clairement pas sa place dans un pays démocratique.»

Quant à Martina Bircher, elle a mis l’accent sur les tests de dépistage qui devraient rester gratuits et le risque de voir l’usage du certificat Covid s’étendre aux enfants en bas âge:

«Pendant que le Conseil fédéral fait fi de l’intégrité physique de sa propre population, il a failli à contrôler efficacement les frontières depuis des mois. Jusqu’à très récemment, il tolérait par exemple que les demandeurs d’asile et autres étrangers déboutés résistent à leur expulsion en refusant de se soumettre à un test Covid. De toute évidence, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne.

Les tests devraient d’ailleurs rester gratuits. C’est la seule condition pour que les gens aient toujours un véritable choix. Depuis ce lundi (11 octobre, ndlr.), ils sont payants, rendant ces tests pourtant nécessaires au maintien d’une vie sociale, inaccessibles en particulier pour les jeunes, mais aussi les familles à faibles revenus.

Quant au certificat Covid, il est probable qu’il soit encore davantage étendu si la semaine de vaccination annoncée par le Conseil fédéral fait un flop. Actuellement, le certificat Covid est exigible dès l’âge de 16 ans, mais il pourrait l’être dès 12 ans. Et dès que la vaccination sera autorisée pour les enfants à partir de 5 ans, il sera envisageable d’introduire le certificat pour les enfants.»

Enfin, Jean-Luc Addor a mis l’accent sur le fait qu’en

«imposant le certificat Covid depuis le 13 septembre, le Conseil fédéral a provoqué une véritable fracture sociale: par une forme d’apartheid, les personnes qui pour des raisons personnelles, que nous devons respecter, ne souhaitent pas se faire vacciner ou ne veulent pas l’être avec les produits actuellement homologués sont mises de côté. Le certificat Covid, c’est l’outil de cette discrimination.

La stratégie est claire: il s’agit de pourrir la vie des non-vaccinés au point que la vaccination leur apparaisse comme l’unique moyen de retrouver une vie normale, une vie sociale surtout, particulièrement pour les jeunes et spécialement pour les étudiants dont le droit à la formation est gravement mis en cause.»

Ce que veut l’UDC. Les représentants du parti présents à Berne ce 15 octobre sont unanimes: une stratégie de sortie de pandémie et de la situation particulière toujours en vigueur doit être présentée par le Conseil fédéral. Martina Bircher:

«A ce jour, les mesures Covid, exagérées et arbitraires, ne se justifient déjà plus: le nombre de cas diminue, les unités de soins intensifs ne sont pas surchargées et de plus, la grande majorité de la population adulte en Suisse est désormais vaccinée.»

Les quatre politiciens notent au passage que le Conseil fédéral n’a pas tenu ses promesses émises au printemps. Marco Chiesa:

«Dans son modèle en trois phases, le gouvernement avait formulé cette promesse: une fois que tous les adultes souhaitant se faire vacciner l’auront été, la phase de normalisation commencera. Au lieu de lever toutes les mesures depuis longtemps, il a fait tout l’inverse: en introduisant l’extension de l’obligation du certificat Covid, il a massivement renforcé le train de mesures.»

Lire aussi: Les opposants à la loi Covid haussent le ton et évoquent un «apartheid sanitaire»

Que propose l’UDC. Appeler la population à rejeter la loi Covid-19 le 28 novembre prochain nécessite tout de même de proposer des solutions pour gérer l’épidémie et une éventuelle hausse des infections ces prochains mois hivernaux. Questionné sur le sujet, Marco Chiesa a répliqué:

«Pour commencer, il ne faudrait pas diminuer le nombre de lits aux soins intensifs comme cela a été le cas après la première vague. Les gestes barrières se sont avérés efficaces jusqu’ici et nous ont permis de sortir de situations difficiles. On en parle plus puisque le certificat Covid et la division entre les bons et les méchants citoyens les a remplacés. Mais ils pourraient être réintroduits.

De plus, il faut que la population puisse jouir pleinement de sa responsabilité individuelle.»

Un autre aspect interpelle l’UDC: les tests sérologiques. L’objectif est d’atteindre une immunité collective. Le vaccin est un moyen d’y arriver, mais il faut aussi mieux évaluer celle de la population générale. Les quatre politiciens en sont convaincus:

«Le nombre de personnes immunisées est bien plus élevé que ce qu’on nous dit.»

Ce double constat plus politique que sanitaire devrait pousser le gouvernement à libérer la population de toutes contraintes sanitaires, selon le parti. Et Marco Chiesa va encore plus loin sur ce sujet:

«Une étude réalisée par la Swiss School of Public Health, en collaboration avec douze universités suisses, fait état d’un niveau d’immunité élevé de la population suisse. Au Tessin, l’immunité chez les plus de 65 ans atteint 96% et 72% chez les 20-64 ans. Nous sommes donc au niveau que les pays qui ont récemment levé les restrictions et mis en œuvre des stratégies de sortie de la pandémie.»

Des chiffres justes pour le Tessin, mais pas pour l’ensemble du pays.

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