Le port du masque est conseillé, mais où (et à quel prix) se les procurer

Le port du masque va progressivement se généraliser en Suisse dès le 27 avril, en même temps que le déconfinement. | Keystone / Gaetan Bally

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Mercredi 22 avril, le Conseil fédéral a annoncé que la pharmacie de l’armée allait livrer un million de masques par jour, durant deux semaines, aux principaux détaillants du pays en vue de la première étape du déconfinement qui va débuter lundi. Sans donner de détails sur les grands distributeurs concernés, ni sur le prix de vente desdits masques. Nous avons trouvé les réponses à ces questions.

Pourquoi on en parle. Conseillé dans certaines situations sans être obligatoire, le port du masque est une des clefs d’un déconfinement réussi. Pour assurer la protection des personnes ne pouvant pas tenir une distance spatiale de deux mètres durant 15 minutes (dans les transports, chez le coiffeur, chez le médecin), il est recommandé d’en porter. Pour cela, il faut pouvoir en trouver. Exercice difficile en période de pénurie. Aux difficultés d’approvisionnement s’est ajoutée une guerre des prix. Finalement, le masque coûtera plus du double du prix pratiqué avant la crise.

Le prix. Les négociations ont été difficiles. La Fédération romande des consommateurs demandait la gratuité le 14 avril. Le Surveillant des prix, Stefan Meierhans, proposait un prix de 1 franc pièce le 22 avril. Les détaillants et le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) ont trouvé un accord. Carolina Bohren, porte-parole au DDPS:

«Un paquet de 20 masques d'hygiène coûtera environ 20 francs suisses. Il y aura un avis aux points de vente indiquant que les masques seront vendus à partir des stocks fédéraux et que les détaillants ne factureront pas de supplément. Ils seront vendus au prix que la Confédération a payé pour les obtenir. L'objectif n'est pas de construire un modèle économique, mais de mettre des masques à la disposition de la population.»

Le prix définitif a été fixé ce vendredi 24 avril à 0,985 franc.

Soit 19fr.70 l’emballage de 20 masques.

Avant l’épidémie, un masque coûtait environ 20 centimes, soit environ 10 francs la boîte de 50 pièces.

Les distributeurs. Le DDPS a sélectionné trois détaillants:

  1. Migros

  2. Coop

  3. Fenaco

Carolina Bohren:

«Les détaillants collectent les masques auprès de la Confédération et décident eux-mêmes de la manière dont ils les distribuent via leurs canaux de distribution.»

Tristan Cerf, porte-parole de Migros:

«Nous accomplissons notre mission d’approvisionnement du pays en proposant ces masques à la vente. Les filiales les proposant s’organiseront pour les mettre à disposition de nos clients.»

Marilena Baiatu, porte-parole de Coop:

«Nous proposerons ces articles à nos clients dès lundi au prix coûtant. Les masques d'hygiène du gouvernement fédéral seront disponibles dans des points de vente sélectionnés, dans le but d'offrir une couverture aussi large que possible.»

Les quantités. Elles seront rationnées à un paquet par client. Le but ici est d’éviter les achats compulsifs et faire en sorte que le plus de personnes possibles aient accès à cette marchandise convoitée. Tristan Cerf, Migros:

«Un nombre limité de masques sera disponible dans les grandes succursales auprès du service clientèle. Afin de donner à un plus grand nombre de personnes la possibilité d’en acheter, la quantité est limitée à un paquet par achat.»

Marilena Baiatu, Coop:

«Nous proposerons une boîte par achat à nos clients et nous les remercions par avance de leur compréhension.»

Les oubliés. Le groupe Manor n’a pas été sélectionné par le DDPS pour proposer des masques dans leurs divers points de vente alimentaires. Fabian Hildbrand, responsable communication de Manor:

«Nous n’avons malheureusement pas reçu de masques de la Confédération, mais nous en avons organisé pour nos employés et les clients vulnérables. La date clé pour nous, c'est le 11 mai. Nous serons alors autorisés à rouvrir nos grands magasins non-alimentaires.

D'ici là, au plus tard, nous aurons des masques pour nos clients. Nous nous efforçons d’en proposer à un prix abordable: des paquets de 50 pièces pour moins de 50 francs. Dans le même temps, nous pourrons également proposer des masques textiles à nos clients.»

Aldi, Lidl et d’autres commerçants n’ont pas non plus été retenus par le DDPS. Ils s’organisent de leurs côtés pour proposer des masques avec leurs propres filières d’approvisionnement. Ainsi, certains magasins proposent des masques moins chers que ceux provenant de la pharmacie de l’armée. A commencer par Migros qui propose ses propres boîtes de 50 masques pour 39fr.90 sur les sites galaxus.ch et doitgarden.ch, soit un prix à l’unité de 0,798 franc.

Pourquoi la Confédération vend des masques? L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) refuse de rendre le port du masque obligatoire arguant que les personnes en bonne santé n’en ont pas besoin. Dès lors, pourquoi l’Etat organise-t-il une distribution d’une telle ampleur: 14 millions de masques devraient être distribués en deux semaines, sur un stock militaire en comptant actuellement 18 millions. La réponse de Yann Hulmann, porte-parole à l’OFSP:

«Dans la mesure où les concepts de protection qui accompagnent l’allégement des mesures prévoient le port du masque dans certaines circonstances, il est important que la population puisse s’en procurer.»

Les réactions. Yannis Papadaniel, responsable santé à la Fédération romande des consommateurs:

«Oui c'est cher par rapport au prix pratiqué avant la crise. Comme pour les gels désinfectants, notre dépendance à des fabricants vers lesquels tout le monde se tourne en même temps rend difficile la négociation pour des tarifs plus bas.»

Stefan Meiherhans, Surveillant des prix:

«Nous avons effectué une étude de marché et avons constaté que 1 franc le masque représente un prix correct. Oui, c’est bien plus cher qu’avant la crise, mais les prix ont augmenté parce que la demande a explosé et que l’offre ne suit pas. J’ai écris un billet à ce sujet sur mon blog. Le but de ma démarche est de mettre en garde les consommateurs qui pourraient se faire arnaquer.

A la surveillance des prix, nous avons reçu de nombreuses doléances au sujet de prix exagérés. Actuellement, il est important que les vendeurs de masques ne fassent pas un gain indécent sur ces articles. Et plutôt que d’acheter des masques hors de prix, j’invite la population à me signaler ces cas. Je transmettrai les cas avérés d’abus aux autorités de poursuite pénale.»