Omicron, la menace qui plane sur les fêtes

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On ne sait pas pour vous, mais chez Heidi.news, on a comme un furieux sentiment de déjà-vu. A cause de ce nouveau variant du Sars-Cov-2, B.1.1.529, rebaptisé Omicron par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Jeudi matin encore, sa notoriété ne dépassait pas le cercle étroit de quelques virologues spécialisés, qui échangeaient leurs inquiétudes sur Twitter. Aujourd’hui, il agite déjà le monde, comme si nous étions de retour en mars 2020. Hier, l’OMS l’a classé dans la catégorie des variants «préoccupants», susceptible de poser un risque «d’échappement immunitaire». Comprendre: il pourrait déjouer, dans une mesure encore inconnue, les vaccins et certains traitements.

Quel affolement hier! La planète entière s’est emballée. En Europe, le premier cas a été annoncé en Belgique dans l’après-midi, après l’Afrique du Sud, Israël et Hong Kong. Où le ministre de la santé a demandé à ses concitoyens de ne pas paniquer face à cette nouvelle menace. Mais la panique était déjà là: les marchés mondiaux ont dévissé et le monde se barricade de manière préventive, y compris la Suisse, qui a interrompu les liaisons aériennes avec l’Afrique australe depuis hier soir 20 heures. «Mieux vaut prévenir que guérir», nous confie le virologue Didier Trono.

Pourra-t-on retrouver nos proches établis à l’étranger pour les fêtes de fin d’année? Alors que la cinquième vague monte en Europe, nous sommes entrés une énième fois dans le temps des incertitudes, cet entre-deux si pesant qui a souvent précédé les annonces fracassantes.

A la rédaction, nous avons réactivé le mode «crise». Il faut comprendre rapidement, anticiper, et surtout garder la tête froide. Depuis hier matin, sans discontinuer, nous avons cherché, interrogé et scruté les infos des meilleurs spécialistes des variants. Partout, les mêmes réponses: ce B.1.1.529 fait flipper! «Le saut de mutations est spectaculaire», reconnaît Didier Trono.

Que sait-on d’Omicron? Il a été identifié pour la première fois au Botswana le 9 novembre et circule désormais en Afrique du Sud. Les scientifiques estiment qu’une personne immunodéprimée - par exemple par le VIH - aurait pu agir en tant que «bioréacteur» du variant. En l’absence d’immunité efficace, le virus persiste dans l’organisme, se multiplie et mute davantage. Plus il mute, plus la probabilité de sélectionner des mutations dommageables grandit…

D’un point de vue génétique, le saut de mutations est impressionnant: 32 mutations sur la seule protéine Spike, qui joue un rôle essentiel dans l’infection des cellules épithéliales humaines par le coronavirus. Ce nombre inédit (le triple du variant Delta), et le profil des mutations, suggèrent un potentiel de transmission et une résistance immunitaire accrus, encore à préciser.

Les données épidémiologiques d’Afrique du Sud suggèrent en tout cas que la nouvelle souche pourrait être significativement plus transmissible que celle de Delta, qui reste prédominante en Afrique du Sud et est depuis plusieurs mois hégémonique en Suisse.

Voilà pour le pitch de notre collègue Yvan Pandelé, qui a passé ses journées de jeudi et vendredi à surveiller ces exubérantes mutations, comme il les qualifie. L’article de suivi est à lire ici: Ce qu'on sait du nouveau variant africain qui inquiète les scientifiques

Ces données sont récentes et doivent être interprétées avec prudence. Mais la communauté scientifique prend déjà la menace au sérieux. Parmi les questions auxquelles elle devra répondre pour évaluer les risques: 

  • Dans quelles proportions le nouveau variant est-il plus transmissible que Delta?

  • Le potentiel d’échappement immunitaire, voire vaccinal, sera-t-il confirmé par des études? 

  • Les médicaments développés contre la maladie, notamment les anticorps monoclonaux, seront-ils aussi efficaces contre la nouvelle souche?

  • Si les vaccins perdent trop en efficacité, faudra-t-il adapter leur formulation? 

Pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, de la réponse à la première question dépendra tout le reste. «Bien entendu, on a déjà eu des préoccupations avec d’autres variants dans le passé, qui ne se sont pas concrétisées. Mais le scénario actuel ressemble beaucoup à ce qui s’est passé en Inde avec le variant Delta.» Un souci partagé par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ainsi que par l’OMS.

Patience. Il faudra encore quelques jours avant que les scientifiques ne livrent leurs premières réponses. A travers le monde, en Suisse aussi, de nombreux chercheurs et laboratoires pointent leurs appareils d’analyses sur ce nouveau venu.. S’il est trop tôt pour évoquer avec précision la transmissibilité d’Omicron, reste une première bonne nouvelle: le variant est détectable grâce aux tests PCR utilisés pour le dépistage du Covid, ce qui a permis au consortium de surveillance sud-africain de le détecter en un temps record.

L’Office fédéral de la santé publique a attendu la décision de l'OMS sur le classement du variant et sa dangerosité. Même si le variant n’as pas encore été détecté en Suisse, les autorités sanitaires optent pour la prudence: «Toute personne arrivant de la région d'Afrique du Sud, de Hong Kong, d'Israël et de Belgique devra présenter un test Covid-19 négatif et se mettre en quarantaine pendant 10 jours». Pour autant, il est trop tôt pour modifier ses plans et ses réservations de Noël. Bien que certaines destinations semblent déjà plus compromises que d’autres. 

A quand la fin de l’histoire? En un temps record, la science a développé une arme presque imparable: les vaccins. Mais une arme qui ne peut pas mettre fin à cette crise si tous les peuples n’y ont pas accès, y compris ceux des pays pauvres. Faute de quoi le virus risque de muter davantage. Antoine Flahault rappelle aussi que la stratégie du tout vaccinal pourrait montrer ses limites. Mais que les gestes-barrières fonctionnent encore: «Comme le virus se transmet par aérosols, on peut toujours agir sur sa transmission grâce aux masques et à la ventilation.»

Pour les scientifiques et les gouvernements, cette pandémie a longtemps été une course, contre la croissance exponentielle de l’épidémie d’abord, pour les campagnes de vaccination ensuite. Ce nouveau rebondissement vient nous rappeler que c’est aussi devenu, depuis presque deux ans, une course de fond.