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Nos vies sous cloche Covid en 420 images mêlant sidération et créativité

Les multiples visages de la police: Les méthodes des policiers indiens pour faire respecter le confinement varient radicalement d’une ville à l’autre. Ici, à Chennai, ils ont inventé le casque pédagogique «coronavirus», pour sensibiliser la population; ailleurs, ils frappent ou humilient les contrevenants.| «Pandemia. Ce que nous avons vécu», sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

Avec Pandemia. Ce que nous avons vécu, l'Agence France Presse (AFP) et les éditions des Arènes livrent un ouvrage rassemblant quelque 420 clichés effectués par les 500 photographes de l’agence présents dans 151 pays et plus de 260 villes. Le résultat paru début octobre nous plonge à nouveau dans l’état de sidération des débuts de l’épidémie et des confinements. Il montre aussi la mort avec tact, de même que la créativité humaine, avec humour et tendresse. Ce tour du monde du coronavirus se veut une mémoire photographique d’un événement planétaire.

Pourquoi on en parle. L’épidémie de Covid rythme encore nos vies, mais les premiers instants s’estompent déjà. Ce que nous avons vécu, comme le dit justement le titre du livre, revient sur ce qui nous lie avec des instantanés forts: pleurs des soignants épuisés, applaudissements aux fenêtres et balcons, masques, prise de température, larmes et rires aussi.

Le but d’un tel ouvrage. La planète n’en a pas encore fini avec le Covid, les mesures sanitaires et les confinements sont encore d’actualité: Moscou y est à nouveau contraint alors que Melbourne en sort à peine. Revenir sur cet épisode encore très présent pourrait susciter du rejet. Isabelle Mazzaschi, aux éditions des Arènes, ne le pense pas:

«C’est un risque en effet que les lecteurs ne soient pas au rendez-vous. Mais ce risque vaut pour tous les livres. Quand on regarde Pandemia, ce n’est pas seulement des photographies de la pandémie et des morts que nous voyons, mais l’émotion et la puissance de l’inventivité humaine pour faire face une crise inédite et sans précédent.

Bien souvent, chaque pays a eu une vision nationale de la pandémie, le livre Pandemia raconte et montre ce qu’il s’est passé aux quatre coins de la planète, les tragédies bien-sûr – et malheureusement – mais aussi toutes les initiatives solidaires et positives.»

A le feuilleter, on ne peut en effet pas s’empêcher de sourire. De l’absurdité de certaines situations, de la tendresse infinie d’autres et du soulagement aussi. En fin d’ouvrage, on découvre ce qui fait encore notre quotidien: timides lever de rideau pour les théâtres, jeunes heureux en discothèques, concerts tests, défilés de mode sous bulle, etc.

Pour Marielle Eudes, prix Albert Londres pour la couverture de la guerre en Tchétchénie et directrice de la photo à l’AFP:

«Depuis la Seconde Guerre mondiale, jamais l’actualité n’avait tourné aussi longtemps autour d’un seul et unique sujet d’un bout à l’autre de la planète.

De la Chine à la petite ville de Codogno, en Italie, de New Dehli à Manaus, au cœur de l’Amazonie, l’incertitude, la peur, le néant ont surgi partout. Il a fallu surmonter la sidération, donner à voir, à comprendre, ouvrir des fenêtres sur nos vies sous cloche, montrer des villes désertées, incarner la solitude des malades sous respirateur artificiel, témoigner du dévouement des soignants épuisés, des défunts partis sans adieux.

Mais ceux qui ont affronté sur le terrain l’ennemi invisible ont aussi rencontré d’extraordinaire histoires de lutte, de résilience, d’humanité, de créativité et de solidarité.»

Pour Florence Aubenas, journaliste et écrivaine:

«Aujourd’hui, c’est difficile de se remettre dans l’état d’esprit d’alors, confinements et couvre-feux successifs ont flouté les dates, suspendu le temps. Il faut parfois remuer des souvenirs qu’on préférerait enfouir.»

Après les mots, les images. Aussi touchants soient-ils, les mots ne remplacent que rarement la force des images, dont voici huit instantanés tirés de l’ouvrage.

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Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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Aux confins de la Chine. Il faut sensibiliser les provinces les plus reculées. Les autorités chinoises envoient les policiers dans l’Altay (région du Xinjiang) pour informer et donner les consignes de sécurité aux habitants. ALTAY, CHINE 19 FÉVRIER 2020 | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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Gaza n’est pas épargnée. Le virus est entré dans la bande de Gaza fin mars par deux pêcheurs arrivés du Pakistan. L’épidémie ne s’est pas encore largement répandue. On s’en amuse encore. On occupe les enfants (ci-dessus). On fait de la pédagogie. Mais le pire est à craindre. A Gaza, sous blocus économique, la pauvreté est massive, le système de santé en ruine et les infrastructures inexistantes. GAZA. TERRITOIRES PALESTINIENS. 20 AVRIL 2020 | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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Tout prévoir. Les stocks de rouleaux de papier toilette au plus haut sur le marché de Caquetá, au nord de Lima. LIMA, PÉROU. 30 AVRIL 2020. | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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S’enlacer, malgré tout. Une maison de retraite de São Paulo a installé un rideau à câlins pour permettre aux personnes âgées d’étreindre leurs proches en toute sécurité. Pour les pensionnaires, c’est le premier contact physique depuis deux mois. SÃO PAULO, BRÉSIL 13 JUIN 2020. | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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Garder la tête hors de l’eau. La crise du coronavirus a tout perturbé. Le nageur irlandais Leo Hynes, qui s’entraîne pour les Jeux paralympiques de Tokyo, a trouvé une parade.Il fait du surplace dans une piscine-tapis roulant construite par ses frères charpentiers. TUAM, IRLANDE18 JUIN 2020. | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

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Le poids des traditions. Le chef indigène Domingos, de la tribu Arapuim, montre l’exemple et se fait tester. Au cœur de l’Amazonie brésilienne, le Covid-19 pose un cruel dilemme aux indigènes: rester au village avec très peu de ressources médicales ou aller en ville, au risque de devoir abandonner les traditions pour honorer les morts. SANTARÉM, BRÉSIL 19 JUILLET 2020. | Pandemia. Ce que nous avons vécu, sous la direction de Marielle Eudes, Les Arènes/AFP

Le livre. Création française Les Arènes et AFP, ce livre de 425 pages est publié ce mois d’octobre en France, aux Etats-Unis, au Royaume Uni et en Allemagne. Il paraîtra également au Japon en 2022. La couverture montre d’ailleurs des Tokyoïtes dans les transports à l’heure de pointe en février 2020.

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Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.