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Moderna et les NIH américains se disputent le brevet du vaccin ARN

La protéine Spike du coronavirus Sars-CoV-2, dans son état dit de préfusion qui permet de l'utiliser dans des vaccins. | Source: NIAID.

Moderna et le gouvernement américain, en pleine guerre des brevets? C’est ce que révèle le New York Times, dans une enquête publiée début novembre. Le laboratoire pharmaceutique américain a développé son vaccin ARN en collaboration avec les National Institute of Health (NIH) américains. Mais en déposant une demande de brevet l’été dernier, Moderna n’a pas inclus trois chercheurs du centre de recherche sur les vaccins des NIH qui ont pourtant contribué à mettre au point la séquence d’ARN utilisée comme antigène. Une exclusion qui ne passe pas du côté des pouvoirs publics, le directeur des NIH ayant précisé avoir tenté une conciliation à l’amiable qui s’est soldée par un échec.

Pourquoi c’est important. La propriété sur le principal brevet derrière le vaccin de Moderna dépasse les questions de reconnaissance et d’image. Si ses chercheurs sont reconnus comme co-inventeurs, les NIH auraient la possibilité de nouer des contrats de licence avec des pays ou des sociétés tierces. La maîtrise du vaccin ARN est donc en jeu. Jusqu’à présent, Moderna a indiqué avoir renoncé ses droits de propriété intellectuelle sur son vaccin dans les pays modestes, mais cela reste une assurance informelle. Le vaccin devrait rapporter 18 milliards de dollars de chiffre d’affaires à la société pharmaceutique en 2021, à l’issue d’un développement surtout financé sur fonds publics américains.

La pomme de discorde. Quand le coronavirus cherche à pénétrer une cellule, sa protéine Spike — la spicule portée à sa surface — change de forme pour déclencher la fusion des membranes. Les trois chercheurs des NIH impliqués dans la querelle de brevet ont mis au point la séquence d’ARN qui permet de synthétiser la protéine Spike dans un état stable de «préfusion», par ajout de deux mutations spécifiques.

La protéine Spike ainsi stabilisée est plus aisément détectable par le système immunitaire, ce qui permet de l’utiliser dans un vaccin. Ce sont d’ailleurs des équipes des NIH et d’autres grandes universités américaines qui ont fait cette découverte, publiée en 2017, en travaillant sur le coronavirus du Mers.

Dans une interview à la MIT Technology Review, le PDG de Moderna Stéphane Bancel affirme que son équipe de recherche et celle du NIH ont toutes les deux travaillé en parallèle sur la séquence d’ARN à utiliser en vue d’un vaccin Covid-19, en tout début de pandémie. Et que l’apport du NIH sur ce point n’a pas été déterminant, les deux équipes ayant abouti au même résultat.

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A lire dans le New York Times (EN)

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