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Mathias Reynard sur les soins infirmiers: «Soignons le mal, pas les symptômes»

Mathias Reynard

Le 28 novembre, le peuple suisse se prononce sur l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Cette semaine, des personnalités politiques romandes défendent leur point de vue sur Heidi.news. Ce vendredi, le socialiste Mathias Reynard, conseiller d'Etat valaisan en charge de la santé.

Mars 2020: les balcons de Suisse résonnent d’applaudissements nourris pour les nouveaux héros de la pandémie! Le monde médical, infirmières et infirmiers en tête, révèle son importance systémique, comme d’autres professions dans les domaines de la livraison, du nettoyage ou du commerce de détail.

ENFIN! Ces professions sont reconnues à leur juste valeur. Enfin, on prend conscience de ces travailleuses et travailleurs, souvent dans l’ombre, souvent mal payés, souvent peu considérés, mais sous stress permanent toujours…

Une initiative à point nommé

On se prend à rêver d’une prise de conscience globale et du monde politique en particulier. Nombreux sont les élus de tous bords postant des photos sur les réseaux sociaux, alors qu’ils fournissent des applaudissements nourris, et probablement sincères, à l’attention des infirmiers et autres soignants.

Mais la réalité des votes parlementaires nous rattrape bien vite et lorsqu’il s’agit de voter les budgets nécessaires à une reconnaissance plus matérielle, les applaudissements semblent bien loin, et rares sont les projets et soutiens qui aboutissent à travers la Suisse.

Cette initiative tombe à point nommé! Car la profession est confrontée à de sérieux problèmes:

  • difficultés dans le recrutement des futurs soignants,

  • surcharge de travail,

  • stress important,

  • manque de reconnaissance,

  • réorientation professionnelle fréquente après quelques années d’exercice…

et ce ne sont là qu’une partie des éléments qui expliquent les difficultés actuelles dans ce monde pourtant essentiel.

L’initiative lancée a permis de susciter un débat politique et le contre-projet adopté par les Chambres fédérales propose des avancées importantes. Un milliard de francs injectés dans cette offensive de formation au cours des huit prochaines années… Bourses de formation et soutiens financiers aux institutions et organisations formatrices sont ainsi proposés par le contre-projet. Ces investissements ne peuvent qu’être salués et soutenus.

«Est-ce le rôle de la Confédération de fixer des rémunérations appropriées des soins? Oui!»

Former de futurs infirmiers et infirmières, c’est louable et nécessaire. Mais ça ne résout qu’une partie du problème. A l’heure actuelle, plus de 40% des soignantes et soignants quittent la profession prématurément. Un tiers de ces départs interviennent avant l’âge de 35 ans.

Alors, former plus de personnes, c’est bien… mais encore faut-il trouver des solutions pour que ces jeunes diplômés aient envie de poursuivre dans leur domaine professionnel. La vocation ne peut compenser à long terme les difficultés d’horaires, la surcharge de travail due au manque de personnel, la charge émotionnelle, les importantes responsabilités ou encore la complexité de concilier vies professionnelle et familiale.

Le contre-projet soigne donc un des symptômes identifiés — le manque de personnel formé dans le domaine des soins infirmiers — mais ne s’attaque pas au fond du problème!

L’initiative propose justement des solutions qui dépassent la seule question de la formation. En demandant de meilleures conditions de travail, notamment salariales, de la formation continue, mais également un nombre d’infirmières et d’infirmiers suffisant (au travers d’un ratio patient-infirmier), l’initiative apporte des solutions aux réorientations nombreuses et rapides du personnel.

Est-ce le rôle de la Confédération de fixer des rémunérations appropriées des soins? Oui! Lorsque le secteur est d’importance systémique et que les cantons peinent à dégager les budgets pour cette nécessaire reconnaissance, la Confédération peut effectivement poser des conditions-cadres suffisantes. Les partenaires sociaux pourront ainsi aborder ces questions dans un environnement clair et défini.

«Le cœur du problème se situe dans les conditions de travail»

Pour parvenir à de meilleures conditions de travail, autorités politiques, Confédération, cantons, hôpitaux et partenaires sociaux doivent tirer à la même corde. L’initiative représente un appui important pour améliorer les salaires du personnel des soins.

Il est donc temps d’agir… former plus de personnes ne suffira pas à rendre, et surtout à maintenir, les professions de soins attractives à long terme. Le cœur du problème se situe dans les conditions de travail, thématique que le contre-projet n’aborde que trop peu.

Les applaudissements doivent être annonciateurs de mesures fortes et concrètes pour reconnaître enfin, à leur juste valeur, cette profession vitale pour notre pays, indépendamment de la pandémie que nous connaissons depuis près de deux ans maintenant. Ce sera donc un grand OUI à l’initiative «Pour des soins infirmiers forts» le 28 novembre prochain.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.