| | Radar

Les vaccins ARN pourraient accentuer le risque de myocardite chez les jeunes hommes

Préparation du vaccin Pfizer à Ashdod, dans le sud d'Israël, le 7 janvier 2021. | Keystone / AP / Tsafrir Abayov

La nouvelle vient d’Israël, qui sert de pays sentinelle pour le vaccin Covid-19 de Pfizer-BioNtech. Les autorités du pays ont identifié un lien entre la vaccination et un sur-risque de myocardite aiguë chez les hommes jeunes (moins de 30 ans). Ce signal, identifié pour la première fois en avril, a fait l’objet d’un rapport du centre médical Hadassah, remis au ministère de la santé israélien le 2 juin. Le magazine Science s’en fait l’écho.

L’ampleur du sur-risque. Les chercheurs interrogés par Science se disent convaincus de l’existence d’un lien de cause à effet, et évaluent la prévalence de myocardites à 1 ou 2 sur 6000 chez les hommes vaccinés de 16 à 24 ans – soit beaucoup plus (5 à 25 fois) que le taux attendu au sein de cette population. Le contenu du rapport n’a pas été rendu public à ce jour.

De quoi on parle. Les myocardites sont des inflammations du muscle cardiaque, en général d’origine infectieuse (virus, bactérie…), qui se manifestent surtout par des douleurs thoraciques. Selon les cas, elles peuvent s’avérer bénignes ou très graves (arrêt cardiaque), surtout si elles ne sont pas détectées à temps. La prise en charge repose sur la prescription d’anti-inflammatoires classiques, ou d’immunosuppresseurs puissants si le problème perdure.

Des cas souvent bénins — mais pas toujours. L’équipe médicale du centre Hadassah indique que sur les 40 cas de myocardite post-vaccination pris en charge, la plupart ont récupéré entièrement. Selon Reuters, qui s’appuie sur le même rapport, 95% des cas rapportés ont été considérés comme bénins, et la plupart des patients n’ont pas passé plus de quatre jours à l’hôpital. Deux cas de myocardite fatale après vaccination ont été identifiés en Israël depuis le début de la campagne, mais le lien avec le vaccin a été exclu pour l’un d’entre eux, et le second n’a pas pu être investigué.

Pourquoi cette population. Les jeunes hommes sont plus à risque de développer des myocardites que le reste de la population générale, et le vaccin de Pfizer est soupçonné d’accentuer ce risque. Le mécanisme putatif n’est pas connu, mais pourrait avoir trait à une forme de réaction auto-immune générée par le vaccin de Pfizer – les vaccins à ARN messager ayant une forte capacité à mobiliser le système immunitaire

La situation réglementaire. Le vaccin de Pfizer, initialement homologué dès 16 ans, a récemment reçu des extensions d’utilisation en Europe et aux Etats-Unis pour être employé à partir de 12 ans. Les agences qui supervisent la sécurité vaccinale ont indiqué qu’elles prenaient la question des myocardites au sérieux et suivaient le dossier, y compris avec le vaccin de Moderna. C’est le cas des Center for Disease Control (CDC) depuis le 17 mai, en lien avec l’agence américaine du médicament (FDA), et de l’Agence européenne du médicament (EMA) depuis le 7 mai.

L’avenir. Si le lien de causalité est avéré, il est possible que les recommandations d’utilisation des vaccins à ARN messager soient adaptées. Il s’agira pour les autorités médicales de peser la balance bénéfices-risques chez les jeunes hommes et les adolescents, en prenant en compte le risque Covid-19 (notamment cardiaque) et le niveau de circulation du virus.

link

A lire dans Science Magazine (EN)

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.