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Les questions sur les pesticides ne sont pas évacuées avec le double non

Annick Chevillot

Je m’attendais à des cris de joie, à des sourires flamboyants. Réunis à la maison du Paysan à Lausanne, les agriculteurs vaudois avaient de quoi être heureux: les deux initiatives sur les pesticides ont été rejetées dans les urnes. Mais les vainqueurs du jour se sont montrés mesurés à l’heure de faire sauter les bouchons de blancs vaudois. J’ai vu du soulagement au moment de trinquer.

«On ne veut pas fanfaronner, reconnaît Claude Baehler, président de Prométerre. Les agriculteurs travaillent pour toute la population. Aussi pour celles et ceux qui étaient favorables aux deux initiatives. Il nous faut désormais nous adresser à eux. C’est tous ensemble que nous trouveront des compromis pour nourrir dignement notre population.»

Claude Baehler est agriculteur bio sur les hauts de Montreux. L’éleveur bovin connaît donc bien les enjeux liés aux pesticides et sait que des efforts sont à faire dans ce domaine. Et c’est pour cela qu’il tend aujourd’hui la main aux fervents d’une agriculture exemptes de pesticides et de biocides.

En expliquant les bonnes pratiques agricoles, en montrant l’exemple et en se rapprochant de la population désireuse de mettre des aliments sains dans son assiette, il est convaincu que cela améliorera la compréhension du travail paysan. Son but, in fine, est de nourrir les gens, pas de les empoisonner.

A celles et ceux qui voient dans le résultat du jour une victoire de l’agro-chimie, il répond que c’est plutôt le travail paysan qui a gagné. Les changements à hauteur du sol sont lents, mais permanents. Désormais, c’est le «Plan d'action Produits phytosanitaires» qui va les pousser à réduire de 50% les risques liés à l’utilisation des pesticides.

Les questions de santé liées à l’utilisation et l’omniprésence des pesticides ne sont pas évacuées non plus par les agriculteurs vaudois. Ils ont juste parfois le sentiment que leur parole a moins de valeur que celle des consommateurs lorsqu’il s’agit d’évoquer les aspects sanitaires. Ces derniers vont continuer à alimenter le débat sur l’usage de ces substances parfois cancérigènes, parfois mutagènes et parfois simplement inoffensives. Ils aimeraient juste pouvoir avoir voie au chapitre.

Les deux votations passées, les échanges entre agriculteurs pro et anti pesticides devraient reprendre de manière plus apaisée. Au final, c’est ce qu’ils mettent dans nos assiettes qui pourraient être les gagnants de leurs échanges retrouvés, loin de la Berne fédérale et à hauteur de champ.

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