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Les opposants à la loi Covid haussent le ton et évoquent un «apartheid sanitaire»

Les opposants à la loi Covid lors de la conférence de presse, le 12 octobre 2021 à Berne. | Keystone / Anthony Anex

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La campagne contre la loi Covid est lancée. Et elle s’annonce musclée vu le vocabulaire utilisé durant la conférence de presse de ce 12 octobre. Réunis à Berne, les représentants des Amis de la Constitution, de l’Alliance d’actions des cantons d’origine (Urkantone, en allemand), du Mouvement de jeunesse MASS-VOLL! et du Réseau choix vaccinal ont présenté leurs arguments contre les modifications de la loi Covid acceptées au Parlement en mars 2021.

Pourquoi on en parle. Pour que les votants puissent se faire une idée la plus objective possible, il est nécessaire d’écouter et de rendre compte des différentes positions concernant le référendum soumis au peuple le 28 novembre. Le Conseil fédéral a déjà présenté ses arguments le 27 septembre en faveur de la loi Covid. C’était au tour des opposants de s’exprimer: ils dénoncent la «discrimination, la vaccination forcée et la surveillance de masse» induite par les modification de cette loi.

Leurs arguments. Pour Werner Boxler, vice-président des Amis de la Constitution, les modifications de la loi Covid intervenue au mois de mars représentent

«un danger pour les droits humains. La liberté n’est pas négociable et seul est libre celui qui use de sa liberté, comme le dit la Constitution. La discrimination induite par les décisions récentes du Conseil fédéral et par la loi Covid est visible jusqu’au sein des familles. Il est important de prendre conscience de la responsabilité que nous avons envers les générations futures. Nous avons besoin de réinventer le vivre ensemble.»

Et cela ne passe pas par la loi Covid, mais par la liberté de chacun à décider pour lui-même. La loi Covid, le certificat Covid, la stratégie de traçage des contacts (TTIQ) et l’incitation vaccinale sont perçus comme autant de durcissements excessifs, dont il est possible, selon eux, de se passer.

Pour les représentants des différents courants opposés à la loi Covid, cette dernière représente le mal, les dérives du gouvernement et aussi celles du Parlement. Il est donc nécessaire de la combattre pour redonner le pouvoir au peuple souverain. Le discours politique est bien rodé et s’articule ainsi:

  • le TTIQ est perçu comme de la surveillance de masse et pas comme un moyen de minimiser la circulation du Sans-CoV-2 dans la population,

  • le certificat Covid est perçu comme un outil discriminatoire, qui «génère une société à deux vitesses» et pas comme un moyen de retrouver une vie sociale et de laisser des pans entiers de l’économie, de la culture et du sport fonctionner,

  • l’incitation vaccinale ne serait rien d’autre qu’une obligation déguisée qui ne permettrait pas de réduire les risques sanitaires.

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Josef Ender (Alliance d'action des cantons d’origine), Sandro Meier (Amis de la Constitution), Gzim Zymberi (MASS-VOLL!) et Daniel Trappitsch, (Réseau choix vaccinal) ont expliqué leurs positions de manière assez modérée, mais claire. Ils ont tour à tour dénoncé:

  • «la société à deux vitesses générée par la loi Covid»,

  • «le contrôle de la population avec la généralisation du TTIQ»,

  • «la promesse non tenue du Conseil fédéral de lever toutes les mesures sanitaires lorsque tous ceux qui voulaient se faire vacciner contre Covid l’auraient fait»,

  • «le chantage du Conseil fédéral et la mise en place de mesures coercitives tout en serrant de plus en plus la vis»,

  • «les tests obligatoires sur les enfants les privent de leur enfance justement. Et on leur fait peur, notamment en leur interdisant l’accès à leurs grands-parents qui risquent de mourir à leur contact»,

  • «le certificat Covid obligatoire pour fréquenter les hautes écoles de formation s’apparente à une obligation vaccinale».

Le choc des mots. Michelle Cailler, juriste et porte-parole des Amis de la Constitution, a tenu les propos les plus forts contre l’action du gouvernement en général et envers la loi Covid:

«Assez. Assez. Assez. Le 8 septembre, le Conseil fédéral a dépassé les bornes avec l’extension du certificat Covid. Il a ainsi pleinement homologué la ségrégation. Nous sommes stupéfaits qu’il soit possible de discriminer des gens parce qu’ils ne sont pas vaccinés. Il s’agit d’un apartheid sanitaire, et cela s’apparente à un régime totalitaire. Il y a d’un côté les bons citoyens et de l’autre les pestiférés. Soit, les vaccinés et les autres.

Quant à l’idée des bons de 50 fr. pour inciter à la vaccination, elle montre l’immoralité de la démarche du Conseil fédéral. Nous sommes ici dans l’extorsion de consentement à la vaccination.»

Où sont les solutions? Questionnés sur les stratégies à développer si leur référendum devait être accepté le 28 novembre, les opposants peinent à proposer des actions concrètes à mener ces prochains mois. Prompts à critiquer le fait que le Conseil fédéral n’a pas de plan B en cas de victoire des référendaires, ces derniers ne semblent pas non plus avoir préparé un plan pour l’après 28 novembre.

Mais l’épidémie et le Sars-CoV-2 n’ont que faire du vote du 28 novembre et des arguments des uns et des autres. Le virus va continuer à circuler et certains à tomber gravement malades, voire mourir. Werner Boxler le reconnaît en annonçant en conférence de presse avoir été contaminé en septembre et avoir traité son Covid comme une simple grippe.

Alors quelle serait la bonne manière pour gérer l’épidémie selon les opposants? Werner Boxler esquisse quelques possibilités:

«Il faut laisser les médecins traiter la maladie, ne plus interdire les médicaments interdits qui soignent et augmenter les capacités hospitalières pour soigner.»

Une approche qui n’a pas vraiment les faveurs de la majorité des professionnels de santé, ni des scientifiques et encore moins des autorités sanitaires.