Les nouvelles mesures du Conseil fédéral seront-elles suffisantes pour juguler l'épidémie?

Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération. | Keystone / Anthony Anex

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Lors de sa conférence de presse très attendue de ce 28 octobre, le Conseil fédéral a annoncé un renforcement des mesures pour lutter contre l’évolution actuelle de l’épidémie. La Suisse échappe, à ce stade, à un reconfinement, mais les nouvelles restrictions au niveau national sont strictes: fermeture des bars et restaurants entre 23h et 6h, extension de l’obligation du port du masque, même en extérieur, fermeture des discothèques, interdictions de toutes les manifestations de plus de 50 personnes et de toutes les activités sportives et culturelles non professionnelles de plus de 15 personnes. Ces mesures entrent en vigueur le 29 octobre.

Pourquoi c’était attendu. Le Conseil fédéral a été mis sous pression et fortement critiqué ces derniers jours dans sa gestion de la crise du coronavirus. Les cantons ont pris des mesures de manière désordonnée et les hôpitaux tirent la sonnette d’alarme. Pour mettre fin à la cacophonie actuelle, le Conseil fédéral n’avait pas d’autre choix que de reprendre la main et de proposer des actions coordonnées pour l’ensemble du pays.

Est-ce suffisant? Le train de mesures présenté aujourd’hui sera-t-il suffisant pour juguler l’évolution actuelle de l’épidémie? Alain Berset le reconnaissait en début de conférence de presse: «Les mesures prises jusqu’à maintenant ne suffisent pas». Si les décisions du jour sont censées «réduire le nombre de contacts interpersonnels», comme annoncé dans le communiqué de la Confédération, il demeure difficile d’évaluer leur impact réel pour éviter une surcharge hospitalière.

Sur ce point, Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, n’a pas pu apporter de réponse claire:

«Je ne peux pas me prononcer aujourd’hui sur si cela suffira. Et je ne désire pas faire de projections. Nous avons bien vu que tous ceux qui ont essayé d’en faire ces derniers temps se sont trompés. Cela dit, nous espérons qu’elles aient un effet assez fort pour empêcher une saturation hospitalière. Et nous sommes aussi prêts à prendre de nouvelles mesures si celles présentées aujourd’hui ne suffisent pas. Notre objectif demeure: garder la maîtrise de l’épidémie.»

Le détail des mesures. Les nouvelles restrictions entrent en vigueur le 29 octobre. Aucune durée n’a été définie. Si les cantons ne peuvent pas assouplir les décisions prises ce jour, ils peuvent tout de même les renforcer si nécessaire.

  • Manifestations: les manifestations culturelles et sportives réunissant plus de 50 personnes sont interdites. Les assemblées parlementaires et communales ne sont pas concernées par cette limitation. Les réunions familiales et les fêtes privées sont limitées à 10 personnes.

  • Sport et culture: les activités de ces deux secteurs demeurent autorisées, sous conditions de réunir 15 personnes au maximum et de respecter les distances et le port du masque. En revanche, les sports impliquants des contacts physiques sont interdits pour les amateurs, hormis pour les enfants de moins de 16 ans. Les chorales au niveau amateur sont également interdites. Dans ces deux secteurs, les professionnels peuvent continuer à exercer.

  • Discothèques: les boîtes de nuit représentent un risque élevé de contamination et sont donc fermées dans l’ensemble du pays.

  • Restauration: les bars et les restaurants peuvent accueillir un maximum de 4 convives par table, exception faite des familles. Ces établissements publics doivent rester fermés entre 23 heures et 6 heures du matin

  • Universités: l’enseignement en présentiel y est interdit (sauf concernant les enseignements où une présence est obligatoire) dès le 2 novembre. Cela vaut aussi pour les hautes écoles.

  • Télétravail: les employeurs doivent favoriser le home office partout où cela est possible.

  • Masques: il devient obligatoire presque partout et également en extérieur: dans les espaces extérieurs d’installations et d’établissements de type magasins, théâtres, cinémas, salles de concert, restaurants, bars ainsi que sur les marchés et les marchés de Noël. Cela vaut aussi pour les zones piétonnes très fréquentées et aux endroits où il y a une forte concentration de personnes. Cette obligation concerne aussi les élèves du secondaire II. Le masque est également obligatoire au travail. Cette extensions du port du masque ne concerne pas les enfants de moins de 12 ans.

L’utilité du masque à l’extérieur. Questionné sur l’obligation du masque en extérieur, Alain Berset a expliqué:

«Nous avons pris cette décision pour éviter que les gens soient toujours en train d’enlever et de remettre le masque en permanence. Nous avons des retours d’expériences qui montrent que cela représente une mesure intéressante pour endiguer la transmission du virus. J’ai bien conscience que porter le masque en permanence est désagréable, mais si cela nous permet de reprendre le contrôle sur l’évolution de l’épidémie, c’est une bonne chose.»

Pourquoi de telles mesures aujourd’hui? Pour Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, personne ne veut d’un nouveau confinement. Il faut néanmoins être conscient que:

«Les conséquences négatives sur l'économie seront trop importantes si nous n’agissons pas. Plus vite nous parviendrons à freiner la propagation du virus, plus vite nous pourrons aller de l’avant. Nous devons surmonter cette crise ensemble et ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.»

Le Conseil fédéral a assuré que les effets de ces restrictions seront mesurés. Le but est de diviser le taux de reproduction du virus (Re) par deux. Garantie pour le gouvernement de pouvoir à nouveau contrôler l’épidémie et éviter le semi-confinement du mois de mars.

Mesures de soutien. Conscient des enjeux économiques liés aux nouvelles mesures, Guy Parmelin, conseiller fédéral en charge de l’économie, a annoncé une extension des mesures de soutien pour en atténuer le choc. Chaque mesure sanitaire à un coût pour l’économie, mais il estime que la Confédération dispose des instruments nécessaires, dont la loi Covid-19 entrée en vigueur en septembre, pour répondre au défi que le pays devra affronter ces prochains mois. De plus, les différentes aides mises en place ce printemps sont toujours valides.

En plus des mesures prévues dans la loi Covid-19, il table sur des mesures ciblées supplémentaires pour deux catégories:

  1. Les petits indépendants, dont les travailleurs sur appel, pourront accéder aux indemnités pertes de gain (APG)

  2. Les RHT (chômage partiel) seront prolongées, et cette mesure prend effet rétroactivement au 1er septembre.

Guy Parmelin a également annoncé que des aides à fonds perdus sont à l’étude pour le secteur culturel.

Le Vaudois a également appuyé les mesures prises ce jour:

«Il est important que les mesures sanitaires décidées par le Conseil fédéral soient respectées pour briser la deuxième vague. L’expérience de ces derniers mois montre que le retour à la normale représente la meilleure médecine pour nos entreprises et nos emplois.»