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Le vaccin d’Oxford-AstraZeneca efficace à 70%: le point sur ces résultats très attendus

Un volontaire reçoit une injection du vaccin candidat d'Oxford-AstraZeneca, le 24 juin à Soweto (Afrique du Sud). | Keystone / AP / Siphiwe Sibeko

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Le candidat vaccin européen AZD1222 (ChAdOx1), conçu à l’université d’Oxford et développé par le laboratoire AstraZeneca, est désormais à mi-chemin de ses essais de phase 3, au Brésil et au Royaume-Uni. Ce 23 novembre, les promoteurs font état de résultats intérimaires sur un total de 131 cas Covid-19 confirmés, avec une efficacité de 70% pour prévenir l’infection. Il s’agit d’une moyenne entre deux schémas de doses différents, l’un efficace à 90% et l’autre à 62%.

Pourquoi c’est important. Ce vaccin compte parmi les candidats les plus sérieux, en raison de l’expérience de ses concepteurs (Oxford), de sa technologie (à base de vecteur adénovirus de chimpanzé), et des capacités de production annoncées: environ 3 milliards de dose en 2021. La Suisse dispose d’un accord pour 5,3 millions de doses. Reste à déterminer si cette protection s’avère durable et fiable, et si le vaccin s’avère efficace chez les personnes vulnérables à Covid-19.

Les résultats. Les résultats ont été rendus publics par communiqué de presse et les données précises ne sont pas encore connues. Ils portent sur un total de 131 cas Covid-19 confirmés sur les essais au Royaume-Uni et au Brésil. L’efficacité du candidat vaccin, c’est-à-dire sa capacité à prévenir les infections symptomatiques à Covid-19, a été estimée à:

  • 90% pour le schéma vaccinal avec une demi-dose en première injection («prime») et une dose en deuxième injection («boost»),

  • 62% pour le schéma vaccinal avec une dose normale pour les deux injections.

En moyenne, cela correspond à une efficacité de l’ordre de 70%, évaluée deux semaines après la deuxième injection sur un total de 11'636 volontaires vaccinés avec le candidat vaccin. Les volontaires tirés dans le groupe placebo ont reçu un vaccin méningocoque en première injection, et de la solution saline pour la deuxième.

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Autre point important, à confirmer avec des données précises: aucun effet indésirable grave lié n’a été identifié comme pouvant être dû au candidat vaccin, qui apparaît «bien toléré» d’après les investigateurs.

L’intriguant schéma de dose. Les meilleurs résultats du schéma vaccinal à une demi-dose pour la première injection («1/2 prime») sont une surprise. Seul l’essai britannique prévoyait d’étudier cette variante, dans l’optique de réduire la quantité de vaccin nécessaire et tirer ainsi meilleur profit des capacités de production.

Le Pr Andrew Pollard, vaccinologue de renommée mondiale et directeur de l’Oxford Vaccine Group, en conférence de presse:

«Nous nous attendions pour la plupart à obtenir de meilleures réponses avec les doses entières, c’est intriguant. (…) Mais nous savons que la façon d’amorcer le système immunitaire peut influencer la réponse, donc ce n’est pas une surprise totale. Le meilleur exemple que nous connaissons est celui des bébés, qui sont naïfs aux germes et peuvent avoir une réponse plus ou moins forte selon la dose d’amorce utilisée.»

Les chercheurs ont déjà commencé à investiguer ces résultats surprenants. Des essais vaccinaux sont aussi en cours en Afrique du Sud et surtout aux Etats-Unis, sur près de 30'000 participants. Un bras comportant ce schéma «½ prime» devrait être incorporé dans les semaines à venir, d’après Mene Pangalos, vice-président exécutif d’AstraZeneca, en conférence de presse.

Les résultats annexes. Ces données n’épuisent pas la question de l’efficacité du vaccin. Autre points d’intérêt:

  • la capacité du vaccin à prévenir les infections graves,

  • la capacité à prévenir les infections asymptomatiques,

  • et l’efficacité chez les personnes âgées et vulnérables.

La Pre Sarah Gilbert, vaccinologue à Oxford, qui a supervisé le développement du vaccin pour l’université, en conférence de presse:

«Il semble que le vaccin fonctionne contre les maladies graves, puisque nous ne relevons aucune hospitalisation ou forme grave dans les groupes vaccinés, contre les maladies bénignes, puisque les résultats d’efficacité portent essentiellement sur ce type de cas, et nous avons aussi détecté une réduction du nombre d’infections asymptomatiques.»

Sur les cas asymptomatiques:

«Nous avons effectué des frottis sur des personnes asymptomatiques toutes les semaines et il semble, en particulier avec le schéma à dose réduite, qu’il y ait une réduction du nombre d’infections asymptomatiques, ce qui suggère une réduction de la transmissibilité du virus, encore à confirmer.»

Il n’y a pas encore de données de phase 3 sur l’efficacité du vaccin chez les personnes âgées et vulnérables. Concernant la durée de protection conférée par le vaccin, le suivi des essais préliminaires semble indiquer un maintien de l’ordre d’au moins un an, à confirmer également.

Les capacités de production. Le vaccin d’Oxford-AstraZeneca est à ce jour celui qui bénéficie des capacités de production les plus élevées: le laboratoire pharmaceutique britannico-suédois annonce 200 millions de doses d’ici la fin de l’année, suivies de 700 millions au premier trimestre 2021. Pour l’ensemble de l’année 2021, une production de 3 milliards de doses est annoncée.

L’un des avantages majeurs d’AZD1222 réside dans sa thermostabilité. Pam Cheng, vice-présidente exécutive d’AstraZeneca en charge des capacités opérationnelles, en conférence de presse:

«Nous avons une chaine de production robuste, capable de monter en charge. Le vaccin potentiel pourra être facilement distribué et conservé dans un réfrigérateur normal, car nous pensons qu’il est stable entre 2 et 8 °C, ce qui facilitera considérablement la logistique.»

En tout état de cause, si le schéma «½ prime» se confirme, c’est une bonne nouvelle en matière de capacité vaccinale. Cela permettrait d’augmenter d’un tiers le nombre de personnes susceptibles d’être vaccinées, à production constante.

En Suisse. Mi-octobre, la Suisse a annoncé avoir conclu un accord avec AstraZeneca et le gouvernement suédois pour la livraison de 5,3 millions de doses en cas de réussite des essais. Avec le schéma vaccinal le plus efficace (demi-dose pour la première injection), cela correspond à environ 3,5 millions de personnes.

Le montant payé pour chaque vaccin n’a pas été dévoilé pour la Suisse mais on sait, dans le cadre de l’accord de la Commission européenne avec AstraZeneca qui lui sert de base, que chaque dose est monnayée autour de 2,50 euros (2,70 francs).

A l’accord avec AstraZeneca s’ajoutent ceux conclus avec Moderna (4,5 millions de doses) et Pfizer (3,5 millions de doses), dont les vaccins sont aussi sur le point d’être homologués. La Suisse s’est donc donnée les moyens de vacciner quelque 7,5 millions de personnes, soit l’ensemble de sa population adulte, sur un horizon temporel encore assez vague.

Au plan réglementaire. Les agences réglementaires britannique (MHRA), européenne (EMA) et suisse (SwissMedic) ont déjà initié la procédure d’examen du vaccin dans le cadre d’une «rolling submision», qui permet d’incorporer les nouvelles données au fil de l’eau. Selon toute probabilité, l’homologation conditionnelle du vaccin dans les pays européens devrait être une question de semaines.

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