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Le spectre de 300 patients Covid aux soins intensifs mi-décembre

Tanja Stadler, présidente de la task force scientifique de la Confédération. | Keystone / Georgios Kefalas

Le 23 novembre, la task force scientifique de la Confédération expliquait que le surcharge hospitalière était difficilement évitable. Le 1er décembre, c'est le cas avec plus de 200 patients Covid aux soins intensifs. Mais ce seuil signifie quoi concrètement à l'hôpital? La réponse détaillée ci-dessous dans cet article que nous republions gratuitement vu la situation épidémiologique actuelle. L'information a néanmoins un coût, n'hésitez pas à nous soutenir en vous abonnant.

«La dynamique épidémiologique est défavorable et la tendance, préoccupante.» Pour Patrick Mathys, chef de la section Gestion de crise et collaboration internationale de l'OFSP, il est temps d’agir individuellement pour stopper cette hausse. La meilleure parade? Réduire ses contacts quotidiens et renforcer les gestes barrières. A commencer par le port du masque qui devrait se généraliser même dans les rassemblements où le certificat Covid est exigé.

Pourquoi on en parle. Tanja Stadler, présidente de la task force scientifique de la Confédération, estime qu’avec l’incidence actuelle (722 pour 100’000 habitants) et le doublement des infections toutes les deux semaines, la surcharge des hôpitaux sera difficilement évitable. Mais qu’implique la surcharge des soins intensifs et comment l’éviter? Heidi.news fait le point.

La situation. Actuellement, le nombre de nouvelles infections double toutes les deux semaines. Il en va de même pour les hospitalisations Covid. Une dynamique trop rapide pour que la Suisse ne soit pas confrontée, elle aussi, à la situation autrichienne ces prochaines semaines comme le souligne la task force dans son rapport scientifique du 23 novembre:

«Le nombre de nouvelles hospitalisations augmente actuellement de 40% par semaine et nous nous attendons donc à un doublement des nouvelles hospitalisations après deux semaines.

160 lits de soins intensifs (174 en date du 22 novembre, ndlr.) sont actuellement occupés par des patients Covid, avec une augmentation hebdomadaire de 20%. Si la dynamique reste la même, la limite de 300 patients Covid sera atteinte dans le courant du mois de décembre.»

Les conséquences. Pour bien comprendre ce qu’implique un niveau élevé de patients Covid aux soins intensifs, la task force détaille les mesures qui seront graduellement prises dans les hôpitaux:

  • Plus de 200 places de soins intensifs occupées par des patients Covid: il faudra s'attendre à des transferts réguliers de patients au niveau régional et suprarégional. Les interventions moins urgentes seront reportées. Les capacités en lits de certaines unités de soins intensifs seront alors utilisées quotidiennement à 100%. En outre, il faut s'attendre à ce qu'en cas d'incidence élevée, les collaborateurs du secteur de la santé doivent être isolés en raison d'une infection malgré la vaccination.

  • Lorsque 300 places de soins intensifs seront occupées par des patients Covid 19, le scénario précédent s'aggravera et les transferts interrégionaux augmenteront. Il faut en outre s'attendre à ce que les hôpitaux tentent de mettre des lits supplémentaires en service. Cela entraînera une dilution du personnel spécialisé en soins intensifs. Les conséquences sont une baisse de la qualité des soins et une augmentation de la charge de travail des collaborateurs. De plus, la disponibilité réduite en soins intensifs limitera l’accès à d’autres patients. Un triage implicite devra être effectué.

  • Avec 400 patients Covid et 350 à 450 patients non Covid (486 le 22 novembre, ndlr.) en même temps dans les unités de soins intensifs, il n’y aura plus assez de personnel spécialisé disponible dans tout le pays. Dans cette situation, des transferts réguliers de patients auront lieu et les interventions non urgentes seront arrêtées. Le personnel des unités de soins intensifs tenteront d'éviter un triage explicite, en développant des capacités supplémentaires et en réduisant massivement le rapport entre le nombre de soignants et le nombre de patients.

Lors du point hebdomadaire de l’OFSP, Tanja Stadler a évalué que ces scénarios pouvaient se réaliser — si la dynamique actuelle se maintient — assez rapidement:

«dès la semaine prochaine pour le seuil des 200, dès la mi-décembre pour le seuil des 300 et en janvier pour le seuil des 400.»

Que faire? D’abord protéger les plus fragiles en accélérant l’administration des doses de vaccins Covid de rappel. Ce 23 novembre, 200’000 personnes de plus de 65 ans sont passé par la case «booster», sur plus de 1,2 million d’éligibles. Le rythme devrait être augmenté massivement pour éviter de nombreuses hospitalisations.

Pour Tanja Stadler, le rythme devrait être de

«90’000 troisième dose par jour pour aller assez vite.»

Un véritable défi logistique pour les cantons, a reconnu Patrick Mathys. L’ouverture à la population générale de la dose de rappel devrait permettre d’accélérer le mouvement, mais les recommandations de la Commission fédérale pour les vaccinations sont attendues pour la fin du mois de novembre.

En attendant… Les cantons peuvent agir de leur côté en ordonnant de nouvelles mesures sanitaires. Plusieurs d’entre eux s’apprêtent à le faire ou l’ont déjà fait.

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Au menu: le retour du masque en intérieur, la diminution des contacts interpersonnels, le respect des distances sociales, la généralisation du télétravail, l’hygiène des mains. Pour Patrick Mathys, il s’agit de

«petites choses à respecter au quotidien et cela permettra d'éviter des mesures nettement plus sévères dans quelques semaines.»

De son côté, la task force propose même le port du masque à l’intérieur dans les rassemblements soumis au certificat Covid. Pour justifier une telle recommandation, Tanja Stadler explique que:

«à court terme, la vaccination ne suffira pas pour freiner la hausse des infections. Il faut donc remettre son masque partout à l’intérieur pour réduire le risque de transmission. Et ce pour tout le monde, vacciné, guéri ou testé.»

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