Le siège d'Ottawa préfigure-t-il les manifestations du monde d'après?

Les opposants aux mesures sanitaires bloquent les rues d'Ottawa au Canada. L'état d'urgence y a été déclaré. | EPA / André Pichette

Le monde entier devrait se sentir concerné par le «siège d’Ottawa», écrit le Guardian. «What the truck is going in Canada?», s’interroge la journaliste avec un jeu de mot bien senti. La capitale canadienne est en proie depuis plusieurs jours à un véritable siège: des centaines de camionneurs bloquent la circulation dans la ville pour protester contre les mesures sanitaires. Le Monde estime même qu’Ottawa est devenu l’épicentre mondial de la contestation. Ce mouvement réunit des opposants aux règles anti-Covid et des militants d’extrême droite.

Pourquoi c’est préoccupant. Comme le souligne le Guardian, la démarche de ces camionneurs est soutenue par des personnalités de la droite conservatrice américaine comme Donald Trump ou Ted Cruz. Par ailleurs, ils ont reçu des millions de dollars de donateurs internationaux à travers des campagnes de financement réalisées sur des sites de crowdfunding.

A l’origine, c’est l’obligation de quarantaine imposée aux camionneurs non vaccinés pour traverser le Canada qui a mis le feu aux poudres. Or, les chauffeurs routiers non vaccinés représenteraient seulement 10% de l’ensemble des conducteurs transfrontaliers, selon des chiffres de l’Alliance canadienne du camionnage. Mais désormais, des groupes marginaux peuvent gagner rapidement en influence grâce à la magie des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux.

Facebook et sa machine à amplifier la désinformation ne sont pas étrangers à cette montée en puissance des mouvements d’extrême droite. L’an dernier, le réseau social de Mark Zuckerberg a même été accusé de ne pas suffisamment lutter contre ce phénomène. Mises en avant par des algorithmes qui cherchent à retenir le plus possible les utilisateurs sur les plateformes de médias sociaux, les publications clivantes génèrent des milliers d’interactions et sont plus souvent proposées aux utilisateurs.

Ces mouvements, autrefois minoritaires et plutôt discrets, ont obtenu grâce aux technologies modernes une caisse de résonance inespérée. Et derrière ce phénomène, ce sont des groupes très organisés qui s’activent en coulisses pour décupler l’influence de ces événements fortement médiatisés. La pandémie semble avoir donné des ailes aux mouvances radicalisées, de la sphère complotiste à l’extrême droite.

Cette situation dessine peut-être les contours des mouvements sociaux du monde d’après. En détournant le fonctionnement des technologies à leur avantage, des groupes politiques peu représentés peuvent désormais réaliser des opérations d’une ampleur sans précédent. A Ottawa, le maire de la capitale, Jim Watson, a déclaré lundi 7 février l’état d’urgence. Au-delà du cas canadien, c’est probablement tout un modèle de société qui est à présent en état de siège.

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