La tentative de mea culpa de la task force scientifique

Martin Ackermann, président de la task force scientifique de la Confédération. | Keystone / Peter Klaunzer

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Le 20 avril, la task force scientifique de la Confédération alertait sur le risque de troisième vague à la suite des premiers assouplissements. Les modélisations réalisées par son groupe de travail dressaient un tableau assez sombre. Or, aucune des projections ne s’est réalisée. S’il est important de distinguer projections et prédictions, le fait est que la task force s’est lourdement trompée. Ce qui lui a valu de nombreuses critiques.

Pourquoi un mea culpa est nécessaire. Durant le point-presse hebdomadaire de l’OFSP ce 18 mai, Martin Ackermann, président de la task force, est revenu sur cet épisode. A défaut d’excuses formelles , le professeur a tenu un discours en forme de mea culpa où il invite la science à prendre le pas sur le «Bauchgefühl».

De quoi on parle. Les trois scénarios déroulés le 20 avril présentaient des hausses de cas, parfois massives. Mais, depuis le mois passé, le nombre de nouvelles infections diminue de manière constante.

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Pourquoi un tel scénario, positif, n’a pas été envisagé par les experts? Martin Ackermann a tenté une esquisse d’explication:

«Les premiers assouplissements (ouverture des terrasses, ndlr.) ont été décidés alors que le nombre de nouvelles infections était en augmentation. Les assouplissements dans une telle situation représentent toujours un risque de voir les nouvelles infections augmenter. Nous avons donc intuitivement tablé sur une augmentation de l'épidémie.

Nous essayons de modéliser des scénarios probables sur la base d'hypothèses scientifiques. Dans ce cas, l'intuition (Bauchgefühl, ndlr.) et la modélisation allaient dans le même sens. Et pourtant, quelque chose de surprenant et de réjouissant s'est produit: en même temps que les assouplissements entraient en vigueur, les nouvelles infections diminuaient.

D'un point de vue scientifique, il est bien sûr crucial de comprendre pourquoi notre modélisation ne correspondait pas à l'évolution réelle de l'épidémie. Ce que je peux dire à ce stade, c’est qu’une bonne modélisation est une meilleure base pour la prise de décision que le Bauchgefühl.

Cette expérience va nous permettre de mieux comprendre et d’apprendre afin d’améliorer nos prochaines modélisations et hypothèses. La task force va s’y employer.»

Revoir les hypothèses de départ. Ce qui a conduit aux erreurs de modélisations réside également dans les données et indicateurs pris en compte pour les élaborer. Martin Ackermann en voit quatre principaux:

  1. La task force s’est reposée sur la seule tendance haussière au moment de l’élaboration des projections.

  2. L’évolution des projections est fortement influencée par le variant B.1.1.7 (dit variant britannique), plus contagieux.

  3. La saisonnalité, avec un mois d’avril assez frais.

  4. Le comportement de la population: dans l’attente de la vaccination, les gens se montreraient plus prudents pour éviter une infection.

Autant de critères mal appréhendés qui ont mis en échec les experts.

La suite. La task force a décidé d’étudier les raisons de l’écart entre les projections publiées le 20 avril et la diminution observée de l’épidémie, comme elle le mentionne dans son rapport scientifique du 18 mai:

«Nous excluons la possibilité que le déclin observé soit un artefact dû à un changement dans le comportement des tests: toutes les mesures pertinentes montrent un déclin. Une contribution importante à la baisse, et à l'écart par rapport aux attentes, peut avoir été apportée, en l'état actuel des connaissances, par des effets saisonniers plus importants que prévu, une légère surestimation du taux d'infection du variant B.1.1.7 et une surestimation de l'augmentation des contacts potentiellement infectieux suite à l'assouplissement des mesures de confinement. Ces facteurs font l'objet d'une enquête plus approfondie.»