Le Conseil fédéral veut serrer la vis et évoque la fermeture de tous les espaces intérieurs

Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, le 9 décembre au centre des médias à Berne. | Keystone / Anthony Anex)

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Le Conseil fédéral veut encore serrer la vis. Le train de restrictions qu’il a mis en consultation auprès des cantons jusqu’au 14 décembre va de la généralisation de la règle des 2G à la fermeture partielle de «tous les endroits où il n’est pas possible de porter le masque», dont les restaurants, en passant par la règle des 2G+. L’obligation de télétravail a également été discutée, ainsi que la fermeture de «l’ensemble des espaces intérieurs». En d’autres termes, un semi-confinement est évoqué par le Conseil fédéral.

Vu la dégradation de la situation sanitaire en Suisse, avec l’appel à l’armée et à la protection civile, il était assez évident que le Conseil fédéral allait proposer ce 10 décembre de nouvelles mesures sanitaires. Il restait à savoir jusqu’à où le gouvernement était prêt à aller.

Pourquoi c’est nécessaire. «Les mesures sanitaires en vigueur en Suisse ne suffiront certainement pas à inverser la dynamique épidémique actuelle.» Le message d’Urs Karrer, vice-président de la task force scientifique de la Confédération, lors du point-presse de l’OFSP mardi 8 décembre, était clair. Depuis, le nombre de patients Covid aux soins intensifs ne cesse d’augmenter pour atteindre 289 malades ce jour. Le projet mis en consultation sera-t-il un frein assez puissant?

Le souhait du Conseil fédéral. Le gouvernement propose plusieurs restrictions sanitaires «au cas où» la situation épidémiologique devait s’aggraver. Histoire d’être prêt à appliquer le scénario choisi le moment venu. Mais Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé, espère ne pas devoir en arriver là:

«On essaie tout ce qui est possible pour éviter les fermetures. Mais, il faut le reconnaître, la tendance va dans la mauvaise direction. Surtout au niveau des hôpitaux et des soins intensifs.

Le but de cette nouvelle consultation doit permettre au Conseil fédéral d’agir vite si cela devient nécessaire et si les mesures entrées en vigueur le 6 décembre ne suffisent pas à protéger nos hôpitaux.»

Pour Guy Parmelin, président de la Confédération:

«Nous sommes déjà parvenus à maîtriser la situation par le passé, nous réussirons aussi cette fois. Surtout, nous devons travailler avec les cantons qui ont de grandes compétences de mises en œuvre. Et je vois que certains ont mis en place des mesures supplémentaires à celles décidées par la Confédération. Nous souhaitons, au Conseil fédéral, que les efforts puissent mener à un léger infléchissement de la courbe épidémique.»

Ce qui intéresse et préoccupe le plus le gouvernement, ce ne sont pas les infections, mais l’évolution du taux d’occupation des soins intensifs par des patients Covid. Le temps de doublement du nombre de personnes dans ces unités est de 24 jours. «24 jours, c’est à la foi loin et proche. Il nous faut donc avoir les outils pour agir au bon moment», a encore relevé Alain Berset.

Le détail. Le nombre de mesures mises en consultation ce jour est important et est susceptible de générer de nombreuses confusions. La Confédération a donc élaboré un tableau explicatif, à découvrir ci-dessous:

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Les deux variantes prévues représentent des restrictions supplémentaires plus ou moins sévères.

  • Variante 1. Extension de la règle des 2G (exclusion des non-vaccinés). Seules les personnes vaccinées ou guéries auront accès aux lieux intérieurs. Les obligations du port du masque et de consommer assis seront ajoutées à cette restriction. Cela concernerait aussi les restaurants et les lieux de restauration dans les manifestions. Pour les activités où le port du masque est impossible (chorale, sport), il serait possible de s’appuyer sur la règle des 2G, mais un test négatif serait exigé au préalable.

  • Variante 2. Il s’agit ici d’introduire la règle dite des 2G+ avec port du masque obligatoire partout, sans exception comme prévu dans la variante 1. Cela signifie que les endroits où il n’est pas possible de porter le masque seraient fermés: restaurants, fitness, discothèques, bars. Les lieux de restauration à l’intérieur des stades devraient également être fermés. Pour ce qui est des activités culturelles et sportives à l’intérieur, elles pourraient se poursuivre, mais à la condition que les participants soient masqués.

Les autres mesures. La consultation concerne également des durcissements supplémentaires:

  • Privé. Il est envisagé de réduire les réunions privées à cinq personnes (enfants inclus) «dès lors qu’une personne de plus de 16 ans non vaccinée ou non guérie y participe».

  • Télétravail. Le Conseil fédéral propose de le rendre obligatoire.

  • Ecole. Le port du masque serait rendu obligatoire dans l’ensemble du pays à partir du secondaire II.

  • Universités et hautes écoles. L’enseignement à distance est proposé, hormis pour les examens qui pourraient se dérouler en présentiel

  • Tests gratuits. Le Parlement a décidé cette semaine de rendre à nouveau gratuits certains tests de dépistage Covid. Le nouveau système de remboursement des tests devraient entrer en vigueur le 18 décembre. Les tests permettant d’obtenir un certificat Covid seraient à nouveau pris en charge, mais «les tests PCR individuels ne seront en revanche par remboursés, tout comme les autotests et les tests sérologiques, qui ne fournissent aucune information médicale ou épidémiologique».

  • Entrée en Suisse. Actuellement, les personnes entrant dans le pays doivent présenter un test PCR négatif à l’entrée et refaire un dépistage 4 à 7 jours après leur arrivée. Un assouplissement est proposé: un seul test négatif à l’entrée serait nécessaire si cette proposition est acceptée en consultation.

Le semi-confinement. Le Conseil fédéral n’a pas utilisé ce mot et n’a pas mis une telle restrictions en consultation. Mais le sujet a été évoqué durant la séance du jour.

En fonction de l’évolution de la situation sanitaire, le gouvernement envisage

«la possibilité d’autres fermetures, qui concerneraient notamment l’ensemble des espaces intérieurs, qu’ils soient culturels, sportifs ou de loisirs. Les salons professionnels et grand public seraient également interdits, de même que les manifestations se déroulant à l’intérieur.

En revanche, les commerces, les restaurants des hôtels (pour les clients de l’hôtel) et les prestataires de service (salons de coiffure, banques, postes) ne seraient pas fermés».

Cette éventualité est posée sur la table, mais Alain Berset a affirmé vouloir tout faire pour éviter un tel scénario.