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Le Conseil fédéral veut des tests payants pour les personnes asymptomatiques

Alain Berset et le Conseil fédéral surveille la situation de près. | Keystone / Peter Schneider

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Ce 11 août, le gouvernement a décidé de maintenir les mesures de protection en place pour protéger les structures hospitalières, tout en précisant que puisque tous les gens qui le souhaitaient ont été vaccinés, le pays entrait en phase de normalisation. Pour inciter les gens à se faire vacciner, il prévoit de rendre payant le dépistage pour les personnes asymptomatiques dès le 1er octobre. Il met la mesure en consultation et devrait annoncer la décision finale le 25 août.

Pourquoi Berne reste prudent. Plus de 80% des Suisses de plus de 60 ans sont protégés contre Covid-19 du fait de la vaccination. Mais l’évolution de la situation reste incertaine, car les indicateurs épidémiques sont en hausse. Et parce que la proportion de personnes non immunisées est encore trop élevée pour écarter un risque de surcharge hospitalière, estiment les autorités. Depuis le 11 juillet, les courbes de vaccination stagnent, regrettent-elles.

La situation épidémique. Dans un point de situation daté du 10 août — document qui a pesé dans les décisions du Conseil fédéral —, la task force scientifique de la Confédération résume la dynamique actuelle de l’épidémie.

Alors que jusqu’à la fin du mois de juin 2021, tous les indicateurs montraient un déclin régulier de la circulation virale, la task force indique qu’une inversion des tendances a eu lieu cet été:

«Sur la base des données actuelles, nous estimons que l’épidémie est en augmentation constante depuis environ six semaines. Depuis fin juillet, cette augmentation s'est ralentie»

Le 10 août, la task force indique qu’au cours des 14 jours précédents:

  • Les cas confirmés ont augmenté de 36% par semaine (pour atteindre 2120 cas quotidiens ce 11 août).

  • Les hospitalisations ont augmenté de 41% par semaine (pour atteindre 48 hospitalisations quotidiennes ce 11 août).

Patrick Mathys, chef de la section Gestion de crise et collaboration internationale à l’OFSP, lors de la conférence de presse:

«Ce qui est très difficile à quantifier actuellement, c’est le lien entre nombre de cas, nombre d’hospitalisations et nombre de lits occupés en soins intensifs. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Conseil fédéral renonce pour l’heure à assouplir les mesures.»

Sur le maintien des mesures. Les mesures actuelles — principalement le port du masque à l’intérieur et dans les transports publics ainsi que le recours au certificat Covid dans les grandes manifestations et les discothèques — seront maintenues au moins jusqu’au 1er septembre, date à laquelle le Conseil fédéral procédera à une éventuelle adaptation des mesures.

Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé:

«Ce sont des mesures très légères et peu nombreuses quand nous regardons d’où nous venons.»

Le plan du Conseil fédéral est de ne prendre aucune nouvelle mesure à moins que le système hospitalier ne risque la surcharge. Alain Berset:

«On ne va pas attendre que ça déborde, quand la surcharge est là, c’est trop tard.»

L’extension de l’obligation de test des personnels d’établissements de soins non vaccinés dépend quant à elle des cantons.

Sur le dépistage. Depuis ce printemps, la Confédération prend en charge le coût des tests, qu’ils soient préventifs ou fassent suite à des symptômes. Le Conseil fédéral change de politique.

Dès le 1er octobre, il propose que les personnes sans symptôme paient pour se faire tester et l’abolition des cinq auto-tests gratuits mensuels en pharmacie. Ce qui signifie que pour se rendre en boîte ou rendre visite à un proche dans un EMS qui demanderait un certificat, une personne non guérie et non vaccinée devra payer.

En revanche la Confédération prendra toujours en charge les tests des:

  • personnes comme les soignants et les écoliers qui bénéficient de tests répétés dans les écoles, les entreprises et les établissements de soins.

  • personnes qui souhaiteraient se faire vacciner, mais qui pour des raisons médicales ne le sont pas.

Une incitation et une économie. Pour le Conseil fédéral, demander à la population de sortir son porte-monnaie revêt deux avantages: inciter les hésitants à se faire vacciner et faire des économies.

Selon les estimations du gouvernement, les coûts des auto-tests s'élèvent théoriquement à plus de 200 millions de francs pour la période de septembre 2021 jusqu'à l'an prochain, et à plus de 400 millions pour les tests rapides antigéniques pour la même période.

Un transfert de responsabilité. Ce 11 août, le Conseil fédéral a formulé pour la première fois un changement de priorité important: la Confédération met désormais l’accent sur la protection des capacités hospitalières et plus sur la protection de la population non vaccinée.

Alain Berset estime que la période actuelle est marquée par un transfert de responsabilité:

«Aujourd’hui, nous avons apporté des solutions et un vrai choix, via la vaccination. En quelque sorte, la responsabilité évolue. Depuis le début de la crise, il appartenait aux cantons et à la Confédération de protéger la population. Aujourd’hui, on peut attendre plus de chacune et chacun d’entre nous, puisque nous avons la possibilité de sortir collectivement de la crise via des choix individuels. A chacun de se demander ce qu’il peut faire.»



  Les autres annonces du jour. Lors de leur séance, les conseillers fédéraux ont aussi abordé les points suivant:

  • Renvoi et test sanitaire. La question a fait grand bruit dans la presse ces derniers jours. Les personnes sans permis de séjour, renvoyées dans leur pays d’origine, peuvent-elles vraiment être forcées, contre leur gré, à se soumettre à un test de dépistage?
    En Suisse, oui si leur départ en dépend, a tranché le Conseil fédéral ce 11 août. La loi sur les étrangers et l’intégration (LEI) sera prochainement modifiée en ce sens. Les mineurs de moins de 15 ans ne sont pas concernés. La Commission nationale de prévention de la torture, des organisations non gouvernementales et des œuvres d’entraide s'opposaient au projet.

  • Chère épidémie. Selon les premières estimations, les dépenses extraordinaires visant à endiguer l’épidémie devraient coûter plus de 16 milliards de francs à la Confédération qui s’attend à un déficit de financement de 17,4 milliards de francs pour 2021. Un déficit de 2,4 milliards est attendu au compte ordinaire.