Le Conseil fédéral persiste: les magasins rouvrent au 1er mars mais pas les restaurants

A la terrasse du restaurant de montagne Bahnhoefli dans la station de ski du Rigi à Schwyz, en février 2021, la nourriture et les boissons y sont vendues à l’emporter. | Keystone / Urs Flueeler

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Après consultation avec les cantons, le Conseil fédéral a confirmé ce mercredi 24 février son plan de réouverture progressive, ébauché la semaine dernière. Il entérine ainsi la réouverture, dès lundi prochain 1er mars, des commerces non essentiels, des musées et salles de lecture des bibliothèques, des zoos et des installations sportives en extérieur notamment. Si les réunions privées restent limitées à 5 personnes à l’intérieur, la limite passe en revanche à 15 en extérieur. Quant aux restaurants, ils ne pourront pas rouvrir leurs terrasses le 1er mars comme le demandaient certains cantons.

Pourquoi c’était attendu. Les annonces du jour suivent la ligne de ce qui avait été annoncé. Le Conseil fédéral, qui qualifie sa démarche de «prudente et progressive», explique avoir privilégié les activités permettant le port du masque et le respect des distances, avec un nombre de participants restreint et se déroulant à l’extérieur. Le gouvernement évoque cependant une réouverture complète des restaurants le 22 mars, pour autant que la situation épidémique s’avère favorable à la mi-mars.

Un contexte tendu. La semaine dernière, le plan de réouverture du Conseil fédéral a provoqué une levée de boucliers des milieux économique, des secteurs de l’hôtellerie-restauration et de la culture. Dans le cadre de la consultation, les cantons se sont aussi collectivement prononcés dans le sens d’une réouverture plus rapide que celle évoquée par le gouvernement.

En conférence de presse mercredi 24 février, Guy Parmelin est revenu sur les critiques qui ont marqué la semaine:

«Nous comprenons que cette levée très graduelle des mesures soit source d’insatisfaction. Cette insatisfaction s’est manifestée durant la procédure de consultation tant au niveau des cantons, des organisations économiques que par le biais des partis politiques. Les uns reprochent au Conseil fédéral un assouplissement trop lent et les autres une aide insuffisante. Mais je constate que notre démarche rencontre aussi l’approbation même si elle s’exprime beaucoup moins bruyamment.

Lors de ces délibérations, le Conseil fédéral évalue constamment la situation épidémiologique, l’évolution de notre économie et les ressources financières en mesure d’être engagées. C’est le rôle du Conseil fédéral prévu par nos institutions et notre Constitution que de prendre des décisions et d’en assurer la responsabilité même si elles ne font pas l’unanimité.»

Le président de la Confédération a insisté sur le fait que les critiques et demandes des cantons ont été entendues et discutées sur la base des faits. Le gouvernement explique avoir donné suite à plusieurs demandes des cantons, notamment en accordant aux jeunes de 20 ans et moins un accès élargi aux activités sociales, sportives et culturelles, et en avançant une probable prochaine étape d’assouplissements fin mars.

L’optimisme mesuré d’Alain Berset. Le ministre de la santé a indiqué que 60% des nouveaux cas en Suisse sont désormais liés à un nouveau variant. La période est donc cruciale:

«Nous sommes optimistes et convaincu qu’une ouverture est raisonnable et souhaitable. (…) Nous ne nous considérons pas comme trop prudents, mais au contraire comme acceptant un risque qu’on espère calculé.(…)

Les chiffres ont continué d’évoluer à la baisse ces dernières semaines, mais depuis quelques jours ils ne baissent plus. Nous ne savons encore pas si c’est juste une stagnation ou un retournement de tendance. S’il s’agit de ce dernier cas de figure, nous le verrons dans les prochains jours et semaines. Nous nous trouvons précisément dans une période où la task force nous a avertis quant au risque d’une hausse du nombre de cas lié à la présence des variants. Nous savons que la situation est fragile même si avec la vaccination et l’arrivée du printemps nous allons vers le mieux.»

Les mesures dans le détail. Dès lundi prochain 1er mars:

  • Tous les magasins, y compris ceux ne vendant pas des biens de consommation courante, pourront ouvrir. Les clients devront néanmoins se soumettre à des limites de capacité et au port du masque obligatoire. Dans les centres commerciaux, le nombre total de visiteurs ne devra pas dépasser le nombre de personnes autorisées dans l’ensemble des magasins du centre commercial.

  • Les musées, les salles de lecture des bibliothèques universitaires et les archives rouvrent. A noter que les visites guidées ne sont pas autorisées, que le port du masque est obligatoire, même assis, et que le nombre de personnes admises est limité.

  • Les installations sportives en extérieur comme les patinoires, les terrains de football et de tennis et les stades d’athlétisme peuvent également rouvrir, moyennant le respect des mesures, des distances et une limitation des capacités d’accueil. En revanche, les compétitions dans le sport adulte restent interdites.

  • Les zoos pourront rouvrir leurs espaces extérieurs, mais les vivariums et pavillons de singes restent fermés au public.

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Source: OFSP

Un pas pour la jeunesse. Le Conseil fédéral assouplit dès le 1er mars le spectre d’activités auxquelles peuvent prendre part les jeunes âgés de 20 ans et moins (nés en 2001 et après). Le chant est ainsi autorisé à nouveau dans des chœurs, les compétitions sportives sont permises, ainsi que les offres d’animation à l’extérieur. La pratique d’une activité sportive est facilitée pour les jeunes jusqu’à 20 ans et non plus jusqu’à 16 ans.

Alain Berset:

«Nous avons essayé, dans la mesure du possible, de protéger les jeunes qui souffrent fortement de la situation au vu de la durée de la crise.»

La prochaines dates clé. Une prochaine consultation avec les cantons aura lieu dès le 12 mars prochain, qui donnera lieu à une nouvelle décision du Conseil fédéral le 19 mars, en vue d’une prochaine étape de réouverture le 22 mars.

Pour arrêter sa décision, le Conseil fédéral s’appuiera sur ces indicateurs:

  • Le taux de positivité devra être inférieur à 5%.

  • Le nombre de lits aux soins intensifs occupés par des patients Covid-19 ne devra pas dépasser 250.

  • Le taux de reproduction moyen sur les sept derniers jours devra être inférieur à 1.L’incidence sur quatorze jours du nombre de cas au 17 mars ne devra pas dépasser celle du 1er mars.

Si la situation sanitaire est jugée favorable à la mi-mars, le Conseil fédéral évoque une réouverture complète des restaurants et le retour à l’enseignement en présentiel dans les hautes écoles dès le 22 mars. Il sera aussi question des manifestations sportives et culturelles, des activités sportives en intérieur et du télétravail obligatoire.

Le calendrier prévu permettra-t-il évaluer l’impact de la première étape de réouverture, avant d’enclencher la seconde? Alain Berset:

«Idéalement, nous voulions avoir quatre semaines de recul, mais nous avons constaté avec la consultation que nous pouvons anticiper cette étape. Le 12 mars nous n’aurons pas encore les données sur les conséquences de l’ouverture du 1er mars, mais nous en saurons déjà plus sur le développement de la situation avec les variants.

Et la décision sera prise de toute manière le 19 mars, date à laquelle nous en saurons un peu plus sur les conséquences de l’ouverture du 1er mars.»

La réaction des cantons. A la suite des annonces du gouvernement, la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé a réagi par voie de communiqué. Elle regrette que l’ouverture des terrasses de restaurants au 1er mars — demandée par la plupart des cantons — n’ait pas été décidée. Le président de la CDS Lukas Engelberger estime que «pour la majorité des cantons, cette ouverture partielle aurait été justifiable en raison du risque de transmission gérable à l’extérieur». L’organe de coordination intercantonale reconnaît en revanche que le gouvernement a fait un pas dans son sens en évoquant une potentielle ouverture complète des restaurants dès le 22 mars.

Le Conseil d’Etat vaudois, qui a également réagi par voie de communiqué, se réjouit que certaines demandes aient été «partiellement prises en compte», il regrette cependant «l’absence de perspectives plus précises et plus immédiates dans les secteurs de la restauration et de la culture», tout en se réjouissant de la perspective d’une ouverture complète le 22 mars.