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La Suisse opte pour une troisième dose dès 65 ans

Vaccination Moderna à Schaffhouse (image d'illustration). | Keystone / Ennio Leanza

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L’OFSP et la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV) viennent de recommander, mardi 26 octobre 2021, l’administration d’une dose de rappel Covid-19 («troisième dose») pour tous dès l’âge de 65 ans. Elle interviendra au plus tôt six mois après la primo-vaccination. Sont particulièrement ciblés les personnes en EMS et les seniors atteintes de maladies graves. Les campagnes doivent commencer mi-novembre.

Pourquoi c’est intéressant. La Suisse était l’un des rares pays riches à n’avoir pas encore validé le principe d’une dose de rappel pour les vaccins Covid-19, en dépit d’un large consensus sur leur intérêt chez les seniors et personnes vulnérables – au point de susciter quelques réactions d’impatience dans le corps médical. C’est désormais chose faite. Fidèle à son habitude, la Confédération prend une décision a minima, avec un temps de décalage et sans inclure les professionnels exposés.

Qui est concerné?

Le principe d’une dose de rappel généralisée – mis en œuvre notamment par Israël – a été retoqué, faute de données suffisantes. L’OFSP et la CFV optent pour un rappel qui concernera:

  • les personnes âgées de 65 ans et plus,

  • en particulier (forte recommandation), les résidents d’EMS et les personnes de 65 ans et plus atteintes de maladie préexistante grave.

Ces personnes deviennent éligibles à compter de 6 mois après la primo-vaccination.

Et les professionnels?

Les professionnels à haut risque d’exposition Covid-19 (hôpital, cabinets médicaux, EMS…) ne sont pas concernés par la recommandation. Christoph Berger, président de la CFV, a précisé en conférence de presse que cette possibilité était à l’étude — mais il y a une volonté de vacciner d’abord les personnels hésitants.

Une marge de manœuvre est cependant prévue: l’OFSP mentionne explicitement la possibilité recevoir une dose de rappel «off label» dans les services hospitaliers exposés (unités Covid, soins intensifs) et les institutions pour personnes âgées, sur demande individuelle.

Quels vaccins?

L’autorité réglementaire Swissmedic n’a pour l’heure autorisé les rappels que pour les deux vaccins ARN de Pfizer et Moderna. L’administration se fait à dose constante pour le vaccin Pfizer tandis que le vaccin Moderna, plus fortement dosé, ne sera administré qu’à hauteur d’une demi-dose.

Le principe consistant à utiliser un vaccin différent entre la primo-vaccination et le rappel («mix and match»), récemment validé aux Etats-Unis, n’a pas été retenu par Swissmedic.

C’est pour quand?

Les recommandations vaccinales précises seront dévoilées dans les jours à venir, et le système de prise de rendez-vous et de monitorage de la Confédération opérationnel d’ici le 4 novembre. Les cantons sont responsables de l’exécution, mais Berne les invite à se tenir prêts pour démarrer cette nouvelle phase de la campagne de vaccination dès la mi-novembre.

Les cantons sont-ils prêts?

  • Le canton de Genève débutera avec les résidents d’EMS et des immeubles avec encadrement pour personnes âgées (Iepa). L’inscription sera ouverte dès le 4 novembre pour les particuliers de 65 ans et plus.

  • Contactés, Vaud, Neuchâtel et le Valais sont encore en train de s’organiser et d’établir leur stratégie, avec la mi-novembre en ligne de mire.

Quelle était la situation avant cela?

L’administration d’une troisième dose était jusqu’à présent réservée en Suisse aux personnes chez qui la primo-vaccination avait échoué, preuve sérologique à l’appui. En somme, il s’agissait d’une dose de rattrapage plutôt que de rappel.

Il s’agit surtout de personnes chez qui une maladie ou un traitement provoquent une immunodépression (transplantation rénale, chimiothérapie après un cancer, etc.). Cette option demeure bien sûr ouverte, et ce au minimum 28 jours après la deuxième dose.

Quel impact sur le certificat Covid-19?

L’idée d’un impact du rappel sur le certificat Covid-19 avait été réfutée par Patrick Mathys, responsable de la section Gestion de crise de l’OFSP, le 26 octobre en conférence de presse. Mais le soir même, il était démenti à la TV alémanique par Christoph Berger, président de la Commission fédérale pour les vaccinations — et l’OFSP a fait marche arrière le lendemain.

Le rappel permettra donc bien de prolonger d’un an la durée du certificat Covid-19. Une mesure rendue nécessaire car bon nombre de personnes concernées ont été vaccinées en tout début d’année 2020, et s’apprêtaient à perdre le bénéfice de leur certificat à la date anniversaire.

Où en sont les autres pays?

Il y a déjà un large consensus de facto pour administrer une dose de rappel aux personnes âgées et fragiles, et dans une moindre mesure aux personnes très exposées de par leur activité.

  • Israël, qui a ouvert le bal des doses de rappel fin juillet 2021, revaccine désormais l’ensemble de sa population.

  • L’Italie propose une dose de rappel dès 60 ans et aux personnes vulnérables depuis septembre, et vient d’annoncer le rappel pour tous pour janvier 2022

  • La France propose, depuis septembre, une dose de rappel à toutes les personnes de 65 ans et à risque de forme grave de Covid-19.

  • Le Royaume-Uni a validé, en septembre, le principe d’un rappel dès 50 ans, pour les personnes vulnérables et les professionnels de santé.

  • Les Etats-Unis recommandent depuis octobre la troisième dose à partir de 65 ans, et chez les personnes vulnérables et exposées, après quelques tergiversations.

  • L’Allemagne recommande depuis octobre une troisième dose à partir de 70 ans, ainsi que pour les professionnels exposés

Du côté de l’OMS en revanche, la «troisième dose» n’a jamais recueilli les suffrages. L’agence onusienne insiste depuis plusieurs mois pour que les doses de vaccins ARN des pays riches soient réservées aux pays pauvres, chez qui l’accès aux doses reste un enjeu. Sans trop de succès.

Pourquoi vaut-il mieux parler de «rappel» que de «troisième dose»?

Si le schéma à deux doses est de rigueur pour la plupart des vaccins Covid, il existe des exceptions: le Janssen (Johnson & Johnson), par exemple, est monodose. Par ailleurs, les personnes ayant eu une infection Covid documentée n’ont souvent reçu qu’une dose de vaccin ARN. D’autres ont dû recevoir une dose de rattrapage après un échec vaccinal.

Ainsi, la proverbiale «troisième dose» sera à proprement parler la deuxième pour certaines personnes, la troisième pour beaucoup et la quatrième pour quelques-uns. Mieux vaut donc parler de dose de rappel. La logique est bien celle d’un rappel vaccinal: relancer la machine immunitaire après la primo-vaccination.

Pourquoi faut-il un rappel?

De nombreux vaccins nécessitent l’administration de doses de rappel, comme le vaccin DTP (diphtérie, tétanos, coqueluche). Cette nécessité est liée à la diminution – normale et attendue – du taux d’anticorps générés à l’occasion de la primo-vaccination. Dans la mesure où les anticorps participent de la protection contre la maladie, il peut s’avérer nécessaire de relancer la machine immunitaire après quelques mois ou années.

Pourquoi la nécessité d’un rappel pour tous est débattue?

La nécessité d’une dose de rappel Covid-19 pour tous n’a jamais fait consensus chez les scientifiques, car le principal argument est celui de la diminution du taux d’anticorps au fil du temps. Or celui-ci ne permet pas de prédire facilement la protection. La composante dite cellulaire de l’immunité – matérialisée par les lymphocytes B et T – joue aussi un rôle majeur, notamment contre les formes graves.

Quant aux données épidémiologiques, elles ne sont pas claires. Les données en provenance d’Israël tendent à militer en faveur d’une dose de rappel pour tous, au vu de l’augmentation des hospitalisations et décès chez les vaccinés au fil des mois. Mais il est difficile d’éliminer l’influence du variant Delta, de l’augmentation du nombre de vaccinés et d’autres facteurs de confusion.

Les données épidémiologiques américaines ou suisses ne montrent pour l’instant pas de regain clair de mortalité ou d’hospitalisation Covid-19 chez les personnes vaccinées en population générale.

Pour les personnes âgées et vulnérables — chez qui le système immunitaire est moins réactif et qui sont bien plus à risque de souffrir des conséquences de Covid-19 —, la nécessité d’une dose de rappel suscite en revanche peu de débat.


[Article mis à jour le 28 octobre 2021, pour intégrer la précision sur le certificat Covid-19.]

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