«La quête des toilettes de demain n'est pas qu'un sujet drôle ou rebutant»

Le caca a mauvaise presse. Il est le tabou qu’on veut au plus vite évacuer, le déchet ultime qu’on souhaiterait inodore et invisible. Il est pourtant au cœur d’une bataille économique mondiale et d’une révolution technologique et culturelle dont Genève est l’épicentre. Pour Heidi.news, Arnaud Robert a arpenté la planète à la recherche des latrines de demain et anime ce 19 novembre à Genève une conférence sur la révolution des toilettes. Interview.

Vous avez passé beaucoup de temps sur les toilettes pour ce reportage. Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie?

Arnaud Robert – (Rires) Dans mon quotidien, pas grand chose. Mais c’était un moment rare dans ma carrière. J’ai plongé dans un sujet dont je ne connaissais rien –avec une marge de manœuvre immense– et j’en suis ressorti avec la conviction que les toilettes, ce n’est pas juste un sujet drôle et un peu rebutant. Mon fil rouge était assez simple: parcourir les deux pays les plus peuplés du monde (Chine et Inde) et rencontrer l’un des hommes les plus riches du monde (Bill Gates) pour raconter une histoire. Celle de «La révolution des toilettes». Au final, c’est l’avenir du monde qui se joue autour, dans et sur les toilettes.

Rien que ça… L’avenir du monde? Vraiment?

Oui! L’enjeu est immense. C’est même une question fondamentale. En Suisse, personne (privé ou institution publique ou politique) ne remet en question le système en place. Pourtant, le modèle de traitement des nos déchets organiques élémentaires, chasse d’eau-égouts-station d’épuration, est assez vieux. Il date de la fin du XIXe siècle. Il existe d’autres voies, d’autres pistes que celle-ci. Ça, c’était mon enjeu narratif: trouver une forme de récit intéressante.

Votre Exploration a été publiée en 22 épisodes et, une fois imprimée, fait 132 pages. Vous en avez fini avec les toilettes?

Non. Le sujet serait infini si je voulais traiter le monde des toilettes. Plus concrètement, je suis en train de préparer un documentaire pour France Télévisions sur le sujet. Il devrait être diffusé l’an prochain.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant vos reportages en Suisse, en Afrique du Sud, en Inde et en Chine?

Que les toilettes sont définies par des questions de genre. Durant mon périple, j’ai réalisé que la moitié de mon territoire d’investigation ne m’était pas accessible. C’est la première fois que cela m’arrive: comment raconter les toilettes au féminin? J’ai dû trouver des parades pour pouvoir les raconter.

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