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«L’initiative sur les soins infirmiers n’apporte pas de solutions concrètes»

Marc-André Raetzo

Le 28 novembre, le peuple suisse se prononce sur l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Le médecin genevois Marc-André Raetzo, responsable qualité du réseau de soins Delta, premier réseau de soins intégrés de Suisse romande, revient sur les origines de ce qu'il appelle «l'hémorragie d’infirmières».

L’initiative n’apporte pas de solution concrète, tout devra être renégocié dans les chambres fédérales. Et à première vue, elles ne vont pas facilement légiférer pour mettre en place une amélioration des conditions de travail pour toutes les infirmières. C’est au fond cette demande qui fait la différence fondamentale entre l’initiative et le contre-projet.

«Malheureusement, les infirmières restent des exécutantes»

La problématique essentielle, c’est de savoir comment stopper l’hémorragie d’infirmières? J’en ai fréquenté beaucoup au cours de ma carrière. Il y a une insatisfaction importante chez un grand nombre d’entre elles et une simple augmentation des conditions de travail sera probablement insuffisante pour y remédier.

Historiquement, elles lavaient les malades, les soignaient, leur donnaient les médicaments, changeaient les pansements. Avec l’arrivée des assistants en soins et santé communautaire (ASSC), elles peuvent prendre de la distance avec ces tâches. Les ASSC, souvent d’anciennes aides-soignantes, se sentent valorisés d’avoir accès à toutes ces responsabilités et le système fonctionne assez bien. Cette catégorie de soignant pourrait peut-être permettre aux infirmières de quitter des tâches répétitives et des horaires irréguliers et leur permettre d’accéder à de nouvelles responsabilités.

Malheureusement, pour l’instant, elles restent essentiellement des exécutantes, alors qu’elles ont une formation considérée comme universitaire.

Aux origines de l’hémorragie

Dans le domaine ambulatoire que je connais bien, il y a plusieurs causes possibles à cette situation:

  • La vision industrielle des organisations de soins à domicile: offrir des services à des clients. Ceci débouche sur une organisation administrative stakhanoviste qui limite le temps passé avec les patients. C’est la conséquence d’une vision simpliste de la médecine: on tombe malade, on offre des prestations, le patient guérit.

    Cette vision est à l’opposé de ce que défend par exemple l’organisation Buurtzorg aux Pays-Bas qui propose aux soins à domicile le mandat de prendre en charge des patients au niveau global. Il semble que ce mode d’organisation, qui laisse beaucoup de liberté aux soignants, est plus efficient et permet de réduire de manière importante les taux de rotation et l’absentéisme.

  • L’impossibilité en ambulatoire de financer un transfert de responsabilités des médecins vers d'autres soignants. Ceci devait être (partiellement) corrigé par le nouveau tarif médical TARDOC, mais la chose n’avance pas.

  • D’une manière générale, tout ceci est compliqué par le fait que les assurances sont essentiellement gérées par des chefs d’entreprises, des juristes et des économistes. Leur vision de l’organisation des soins ressemble souvent à l’idée que pour diminuer la mortalité d’une population, il suffit d’augmenter le prix des enterrements….

En plus de montrer notre considération pour tous les soignants de première ligne, il faudra certainement changer de paradigme, car la pénurie à venir de médecins de premier recours impose de mobiliser d’autres soignants pour répondre aux défis des maladies chroniques.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.