Immunité à Covid-19: quatre pistes pour penser l’avenir

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Qu’en est-il du niveau d’immunité à Covid-19 chez les personnes ayant été infectées? A quel point sommes-nous protégés après une infection? Et pour combien de temps? Réponse courte: on ne sait pas vraiment. Pour aller au-delà de ce constat d’impuissance, Helen Branswell, la journaliste star du site médical américain Stat sur les questions liées à l’épidémie, s’est adonnée à un défrichage conceptuel, en interrogeant des virologues et experts importants du domaine. Quatre possibilités émergent, qui permettent de nuancer les champs du possible.

Pourquoi c’est d’actualité. Lundi 24 août, des chercheurs de l’université de Hong-Kong ont annoncé avoir démontré l’existence d’une réinfection à Covid-19. L’homme, résident hongkongais de 33 ans, avait contracté la maladie une première fois en mars, avant d’être à nouveau testé positif cinq mois plus tard, sans symptôme clinique détectable, à l’occasion d’un dépistage obligatoire après un voyage en Espagne. La comparaison des séquences des deux échantillons a montré qu’il s’agissait bien de coronavirus Sars-CoV-2 distincts. Ce n’est donc pas une résurgence virale, mais bien la première réinfection à Covid-19 documentée dans le monde. Ce qui ne dit rien de la fréquence du phénomène.

Les quatre possibilités. Une infection à Covid-19 pourrait ainsi provoquer une immunité plus ou moins efficace et durable. Quatre éventualités, du plus favorable au moins favorable:

  • une immunité stérilisante

C’est le cas le plus favorable: après une infection, le système immunitaire monte une réponse complètement protectrice, qui empêche toute réinfection et s’avère durable dans le temps. C’est à peu près le cas pour la rougeole, mais cette option n’est clairement pas jugée plausible concernant une maladie respiratoire telle que Covid-19, sur la base de ce qu’on sait des virus comme influenza (grippe) ou les autres coronavirus. Les premiers résultats des vaccins en développement, sur l’animal, tendent aussi à invalider cette hypothèse.

  • une immunité fonctionnelle

C’est le scénario pragmatique optimiste: l’infection à Covid-19 provoque une immunité perfectible, qui laisse la possibilité d’une réinfection, mais durable dans le temps. En somme, les anticorps finissent par disparaître des voies respiratoires mais le système immunitaire, via les lymphocytes «mémoire», reste capable de monter une réponse plus rapide et efficace que lors de la première infection. De ce fait, la nouvelle infection s’avèrerait souvent bénigne ou asymptomatique.

Cette option est jugée probable par plusieurs experts, dont le Pr Christian Drosten, le directeur de l’Institut de virologie de l’hôpital de la Charité à Berlin, ou encore le Pr Malik Peiris, spécialiste des coronavirus et directeur de l’école de santé publique de l’université de Honk-Kong.

  • une immunité déclinante

On entre dans le champ du plausible, mais dans son versant moins optimiste. Une immunité à Covid-19 se développe, mais décline rapidement au fil du temps.  On estime par exemple que l’immunité contre les coronavirus bénins dure de l’ordre de quelques mois. Ce scénario est une variante de l’immunité fonctionnelle, mais la courte période de temps entre de possibles réinfections rend plus incertaine l’émergence «naturelle» d’une immunité collective. En revanche, les nouvelles infections ont là aussi toutes les chances d’être moins graves que les premières.

Une étude britannique conduite en 1990 sur une poignée de volontaires a montré que deux-tiers d’entre eux pouvaient être réinfectés (artificiellement) par le coronavirus bénin 229E, seulement un an après la première infection. La virologue néerlandais Lia van der Hoek, de l’université d’Amsterdam, a suivi dix personnes sur une période de 35 ans, et montré l’existence de réinfections régulières dans la vie de tous les jours: tous les deux ou trois ans environ, pour les quatre souches de coronavirus bénins réunies. Elle-même est plutôt partisane d’une immunité déclinante.

  • une immunité perdue

C’est le scénario le plus pessimiste, dans lequel une infection à Covid-19 suscite une immunité qui finit par disparaître totalement. Dans cette hypothèse, une réinfection à Covid-19 produit des symptômes semblables à une première infection, et le risque de maladie grave ou létale demeure inchangé à long terme. Etant donné les connaissances actuelles sur le fonctionnement du système immunitaire, cette éventualité est jugée peu plausible par les experts interrogés par Stat.

Plans sur la comète. Dans les faits, rien n’interdit un scénario mixte: certaines connaissent une immunité stérilisante, d’autres une immunité fonctionnelle, parfois déclinante. Une palette des possibles qui rend très difficile de prévoir l’évolution de la situation à moyen terme mais laisse néanmoins espérer – à un rythme et selon un pattern inconnu – un affaiblissement progressif de la pandémie, du fait de la simple circulation virale. C’est heureux, notamment pour les pays, comme l’Inde, le Brésil ou les Etats-Unis, qui se montrent pour l’heure incapables de maîtriser l’épidémie.

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