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«Ils attendent que je meure»: le cynisme de l’assurance La Bâloise face à une patiente condamnée par le cancer

Un dessin de Pitch Comment pour Heidi.news

Victime d’une erreur médicale de la part de son gynécologue, Samia est atteinte d’un cancer généralisé et ses jours sont comptés. Elle a dû se battre à chaque étape pour faire reconnaître ses droits et se heurte désormais à la passivité de La Bâloise, l’assurance professionnelle du médecin condamné pour lésions corporelles graves par négligence. 

Un combat permanent. C’est ainsi que Samia (prénom modifié), la quarantaine, décrit ses sept dernières années. Il aura d’abord fallu se battre contre la sphère médicale qui la donnait pour morte et certains médecins qui la prenaient de haut. Puis mener un long combat judiciaire pour faire reconnaître l’erreur médicale dont elle a été victime. Enfin, c’est aujourd’hui l’assurance La Bâloise qui traîne des pieds pour examiner sa demande d’indemnisation.

Tout commence le 16 janvier 2015. A cause de boules qu’elle sent dans l’un de ses seins et sous une aisselle, Samia consulte son gynécologue, le docteur M., en qui elle a toute confiance et chez qui elle a envoyé plusieurs de ses amies. Mère de deux enfants en bas âge, Samia, 42 ans à l'époque, est inquiète. Ancien cadre à la maternité des HUG, très reconnu dans son domaine, le docteur M., qui officie désormais dans une clinique privée genevoise, la reçoit rapidement mais balaye ses inquiétudes en expliquant qu’il s’agit tout au plus d’une infection virale. «Je suis ce que les médecins appellent une “polyplaintive”, explique Samia aujourd’hui. «Comme j’ai souvent eu des problèmes de santé, ils ont un a priori qui consiste à penser que je m’écoute trop. Lorsque le Dr M. m’examinait, j’ai eu l’impression que la palpation de mes seins le dégoûtait en raison de mon surpoids, qu’il faisait le minimum syndical.»

Un médecin les yeux mouillés de larmes

Selon ses notes de consultation, le praticien constate pourtant la présence d’une boule à l’aisselle gauche, sans y attacher d’importance. Lors des rendez-vous suivants, organisés à l’initiative de la patiente en raison de troubles qu’elle imagine être liés à un début de pré-ménopause, il n’effectue pas de nouvelles palpations, ceci alors que Samia se souvient lui avoir signalé, en tous cas à deux reprises, les 4 avril et 27 juin 2016, que ces boules «sont toujours là». Ce dont il affirmera ensuite n’avoir aucun souvenir.

En parallèle, Samia va de moins en moins bien, éprouve des élancements dans sa poitrine, s’endort à table alors qu’elle nourrit ses enfants, souffre de plus en plus de douleurs handicapantes dans le haut du dos.

C’est finalement à la suite de ces douleurs aiguës qu’elle prend rendez-vous d’abord avec sa généraliste, puis un rhumatologue. Le 1er novembre, c’est son ostéopathe qui, devant la persistance des douleurs, refuse de poursuivre le traitement sans imagerie. Le lendemain, un scanner suivi de radiographies complémentaires révèlent le pire: une tumeur dans le sein gauche, des métastases sur différents points de l’ossature allant des cervicales aux lombaires ainsi qu’aux poumons. En raison d’un retard de diagnostic de presque deux ans, le cancer s’est généralisé.

Samia se rappelle encore d’avoir vu, ce 1er novembre 2016 en consultation d’oncologie aux HUG, un médecin débutant se décomposer. «Il était tétanisé et me regardait les yeux mouillés de larmes. Il a bredouillé qu’il avait des enfants du même âge que les miens. J’étais sous le choc et quand je lui ai demandé si on pouvait parler de mes chances de guérison, il a répondu qu’il me restait six mois à vivre au plus.» Une situation qui se répète depuis à chaque contrôle. «Cela fait cinq ans que les médecins qui lisent mon dossier me regardent comme une miraculée et me reprochent de me plaindre des effets secondaires.»

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