Hackathon #VersusVirus (2/4): coopération et solidarité au coeur de l'innovation

Thomas Maillart

Thomas Maillart, président de l'association Open Geneva, raconte au fil de l'eau son vécu du Hackathon #VersusVirus.

Passé le stress de la mise en route (voir épisode #1), et après une séance de yoga matinale, les équipes du hackathon en ligne #VersusVirus se sont mises au travail afin de mettre en oeuvre leurs idées destinées à aider la Suisse à passer la crise pandémique actuelle. Au fur et à mesure que les projets prennent forme et que le temps passe, les besoins deviennent plus précis.

Pourquoi c’est important. Dans les entreprises, l’innovation durable découle d’une combinaison agile d’exploration et d’exploitation. De la même manière, trouver des ressources rapidement et les exploiter efficacement est la clé de la réussite dans les hackathons. Ces ressources sont le plus souvent documentaires ou de la matière grise.

Comment ça marche. Contrairement aux hackathons compétitifs (i.e. avec des prix à la clé pour les gagnants), les équipes du hackathon #VersusVirus coopèrent, tentent de se rapprocher, voire de fusionner, dans un souci d’efficacité et d’esprit de solidarité devant l’urgence. Tobias, un vétéran des hackathons de la scène genevoise témoigne :

«Je suis moins là pour le hackathon que pour des solutions qui fonctionnent le plus vite possible. Notre outil doit être opérationnel au plus vite.»

Aider le personnel soignant. Le même serial innovateur parle du défi lancé par le Centre de l’Innovation des HUG, que son équipe a décidé de relever. Si les grandes structures peuvent acheter des gros volumes de matériel de protection pour le covid-19 (e.g., les HUG et le CHUV partagent la même centrale d’achats d’équipement), les médecins installés, les établissements médico-sociaux, les personnels d’aide à domicile ne sont pas les mieux placés pour négocier des prix acceptables et des garanties de livraison. Tobias et son équipe ont décidé de lancer www.medicsupply.ch dès la semaine prochaine. Il s’agit d’une centrale d’achat communautaire pour grouper les achats des indépendants. Dans le contexte du hackathon #VersusVirus, Tobias explique :

«Une autre équipe, suisse allemande, travaille sur un projet similaire. Leur approche est trop différente de la nôtre pour fusionner nos projets. Mais nous leur parlons en permanence et partageons nos avancées respectives.»

Rendre le savoir actionnable. En ces temps de grande incertitude, tout le monde absorbe de larges quantités d’information pour tenter de réduire l’incertiture (e.g. Doit-on porter un masque pour aller au supermarché? Devra-t-on se faire tester pour retourner au travail?). Le projet CrowdVsCovid est un projet de science participative mené par un consortium de chercheurs du Citizen Cyber Lab (UNIGE, CERN et UNITAR) et le Citizen Science Center Zurich (UZH et ETH Zurich). Il s’agit de combiner deux sources d’information: les articles scientifiques et les informations publiées sur les réseaux sociaux. Ces données sont ensuite annotées par un grand nombre de citoyens afin de faire émerger un consensus, et ainsi rendre l’information sur le covid-19 moins volatile, donc plus fiable et mieux utilisable. L’équipe CrowdVsCovid va proposer dès demain aux autres équipes du hackathon #VersusVirus de tester cet outil, développé ces dernières 24 heures, pour les aider à mieux sélectionner leurs ressources documentaires

Construire un monde meilleur. Une équipe romande propose de pérenniser certaines habitudes prises pendant la crise. Par exemple, les gestes d’hygiène (e.g. se laver les mains, tousser dans son coude, ne pas se serrer la main) vont aussi aider à combattre la grippe saisonnière. Les solidarités inter-générationnelles et familiales peuvent être réinventées durablement, grâce notamment aux outils numériques. On se rend aussi compte que cuisiner ses propres plats peut amener à mieux maîtriser son régime alimentaire. De même, la pollution atmosphérique a baissé alors que la marche pied et l’usage du vélo ont augmenté relativement. Et si ces habitudes acquises récemment devenaient la norme? C’est le défi relevé par l’équipe de Sonia, professionnelle indépendante dans l’événementiel.

Sonia raconte #VersusVirus, qui est sa première expérience de hackathon:

«C’est un environnement hyper-stimulant. L’adrénaline est au maximum. On est dans le flot. Cela permet de dépasser la sidération et le sentiment d’impuissance nés de la crise du Covid-19. On oublie qu’on a déjà passé 48 heures non-stop devant un ordinateur.»

Sonia nous livre une autre expérience positive de ce hackathon en ligne:

«Durant les sessions de vidéo-conférence en confinement, on a un accès à la vie privée dans les foyers. Cet après-midi, une fille râlait contre sa mère qui participe au hackathon. Celle-ci a mangé de manière compulsive tout le chocolat … devant son écran.»