Feu vert prudent pour vacciner les enfants en Suisse dès 2022

Un enfant qui peint en Gruyères (image d'illustration). | Keystone / Anthony Anex

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La vaccination des enfants débarque en Suisse. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV) ont décidé mardi 14 décembre d’autoriser la vaccination Covid-19 des enfants de 5 à 11 ans, dans la foulée de l’autorisation du vaccin Pfizer pour cette tranche d’âge la semaine dernière. Les doses seront disponibles dès janvier 2022.

Prudence, mère de sûreté. Les autorités sanitaires ont opté pour une recommandation prudente en conseillant la vaccination en priorité aux enfants vulnérables ou au contact de personnes vulnérables mal protégées par le vaccin. Pour les autres, la décision doit faire l’objet d’une pesée d’intérêts «sur le plan individuel». Mais sur le principe, tous les parents qui l’estiment nécessaire peuvent faire vacciner leur enfant.

En pratique. Concernant les modalités, la vaccination des enfants se fera exclusivement avec le vaccin de Pfizer, disponible à partir de début janvier 2022. D’après le communiqué du Conseil fédéral:

«La vaccination des enfants âgés de 5 à 11 ans est gratuite. Le financement et la facturation seront effectués de la même manière que pour les adultes. La Suisse a commandé suffisamment de doses pour pouvoir vacciner les enfants de cette tranche d’âge.»

Virginie Masserey, cheffe de la section Contrôle de l’infection de l’OFSP, a précisé en conférence de presse:

«Comme pour les adultes, il revient aux cantons d’organiser la vaccination des enfants. Elle pourra avoir lieu dans les centres de vaccination en présence d’un pédiatre, dans les hôpitaux pédiatriques ou chez les pédiatres, selon les modalités choisies par chacun.»

En clair. Dans leurs nouvelles recommandations, l’OFSP et la CFV recommandent «en particulier» la vaccination des enfants de 5 à 11 ans dans deux cas de figure:

  • S’ils sont atteints d’une maladie chronique grave qui puisse faire craindre pour leur santé en cas d’infection – comme une maladie neuromusculaire, par exemple.

  • S’ils sont en contact proche (même foyer) avec des personnes vulnérables que la vaccination ne suffit pas à protéger – en raison d’une immunodéficience, par exemple.

En cas d’infection documentée dans le passé, comme pour les adultes, ces enfants se verront proposer une vaccination d’une seule dose.

Pour les enfants guéris mais ne présentant pas de facteur de risque particulier, la vaccination n’est pas recommandée.

Christoph Berger, pédiatre infectiologue et président de la CFV:

«Nous estimons qu’environ un quart des enfants de cette tranche d’âge ont déjà eu le Covid et sont donc protégés par des anticorps contre la maladie. Il n’y a cependant aucun danger pour un enfant qui se ferait vacciner alors qu’il a déjà eu la maladie sans le savoir.»

A propos de la grande majorité des 5-11 ans, ni guéris ni à risque, Christoph Berger a rappelé qu’ils étaient surtout atteints par des formes légères de la maladie. Le pédiatre bernois a aussi souligné que cette tranche d’âge présentait le taux d’hospitalisation le plus bas et qu’elle n’avait compté aucun décès en Suisse.

Le vaccin permet bien, comme pour les adultes, de réduire le risque de transmission, mais n’a que peut d’effet sur la circulation du virus dans la population, a précisé le président de la CFV:

«Ce sont en priorité les adultes, notamment ceux qui s’occupent d’enfants, qui doivent se faire vacciner. Les données disponibles montrent que la vaccination des enfants a un effet élevé seulement quand la vaccination des adultes dans la population est élevée.»

Les experts de la CFV partent du principe que la vaccination protège contre le syndrome multi-inflammatoire systémique pédiatrique (Pims), principale complication Covid-19 à cet âge, et les syndromes de type Covid long, dont la prévalence est mal connue chez les enfants.

Lire aussi: Le vaccin de Pfizer autorisé en Suisse dès l’âge de 5 ans – mais pour qui?

L’éléphant au milieu de la pièce. La prudence de ces recommandations s’explique par le manque de recul relatif sur la vaccination Covid-19 en population pédiatrique:

  • L’essai clinique ayant permis de valider la version pédiatrique du vaccin de Pfizer porte sur quelque 1500 enfants de 5 à 11 ans, ce qui ne permet pas d’évaluer le risque d’effet indésirable rare (moins de 1 sur 1000 doses).

  • Les Etats-Unis ont validé et commencé à vacciner les enfants depuis début novembre 2021, et plus de 5 millions d’entre eux ont déjà reçu au moins une dose du vaccin de Pfizer. Mais ces données n’ont pas encore donné lieu à un bilan publié.

«Les données disponibles sont analysées en continu et cette recommandation sera rapidement  adaptée en conséquence si nécessaire», précisent les autorités sanitaires.

L’interrogation principale porte sur le risque de myocardite ou péricardite chez les enfants, a priori rarissimes, mais à contrebalancer avec un risque Covid-19 individuel également très faible.

Après de longues discussions, les experts de l’agence réglementaire américaine avaient estimé que la vaccination était de toute façon favorable aux enfants, en s’appuyant sur les données connues chez les adolescents et jeunes adultes – largement plus à même de faire des myocardites.

En Europe, la France, l’Italie, l’Espagne ou encore le Portugal ont déjà validé le principe d’une vaccination des 5-11 ans.