Des scientifiques défient la mort en ravivant (partiellement) des porcs décédés

Les scientifiques de l'Université de Yale mènent leurs études sur des cochons (KEYSTONE/Melanie Duchene)

Des organes qui retrouvent des signes de vie, un cœur qui se remet à battre, et cela, une heure après la mort de l’animal. Il ne s’agit pas d’un mythe égyptien mais des résultats d’une étude publiée le 3 août 2022 dans la revue Nature. Grâce à OrganEx, un système de perfusion développé par des scientifiques de l’Université Yale, il a été possible de ralentir le processus de mort cellulaire et de rétablir certains processus fonctionnels, en dépit de l’ischémie prolongée (manque d’oxygène) consécutive au décès. Une découverte troublante, qui remet en question la façon dont la science définit la frontière entre la vie et la mort, estime le New York Times.

Comment ils s’y sont pris. En 2019, la même équipe avait réussi à restaurer certaines fonctions cellulaires dans le cerveau de cochons décapités, via une technologie baptisée BrainEx. Dans cette nouvelle étude, ils ont cherché à adapter la procédure aux autres organes. Après avoir provoqué l’arrêt du cœur des animaux (anesthésiés) et attendu une heure, ils leur ont injecté un fluide complexe, constitué de sang et de 13 facteurs de survie (nutriments, anti-inflammatoires, neurobloquants, drogues anti-apoptose…), via une machine de perfusion extracorporelle.

Cette procédure, surnommée OrganEx, a permis de ralentir le processus de mort programmée des cellules et de restaurer certains fonctions cellulaires dans le foie , le rein et le cœur après six heures de perfusion. En outre, aucune raideur cadavérique n’a été observée sur les porcs ainsi perfusés. Des résultats plus probants que lors d’une perfusion par ECMO, le dispositif utilisé à l’heure actuelle pour tenter de préserver les organes des personnes décédées — sans grand succès.

Anecdote impressionnante: les chercheurs ont aussi observé des mouvements spontanés (et non stéréotypés) chez les cochons… en dépit d’un encéphalogramme plat. Une activité nerveuse résiduelle au sein de la moelle épinière pourrait être en cause, spéculent les chercheurs.

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Pourquoi c’est important. Bien que cette découverte soit encore loin d’être transposable à l’homme (il sera encore essentiel de poursuivre les recherches, notamment pour évaluer la viabilité des organes récupérés), elle ouvre des perspectives pour le don d’organes. OrganEx permettrait d’augmenter le nombre d’organes disponibles à la transplantation chez les donneurs post-mortem. Elle préfigure aussi une potentielle stratégie de traitement des dommages causés par les crises cardiaques et les attaques cérébrales. En remettant en question le caractère rapidement irréversible de la dégradation du corps post mortem, elle n’est pas non plus sans poser d’épineuses questions éthiques.

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A lire dans le New york Times (EN)