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Delphine Bachmann: «Prenons soin de nos infirmières comme elles prennent soin de nous»

Delphine Bachmann

Le 28 novembre, le peuple suisse se prononce sur l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Cette semaine, des personnalités politiques romandes défendent leur point de vue sur Heidi.news. Ce samedi, Delphine Bachmann, présidente du PDC Genève et infirmière de formation.

Pour la première fois en Suisse, la population prendra position sur les enjeux entourant la profession d’infirmière. Ces enjeux, la crise du Covid a contribué à les mettre en lumière en agissant à la fois comme révélateur et catalyseur de problèmes préexistants. Pour les soignants, la question de durer dans la profession et de donner un sens à son activité ne s’est peut-être jamais autant posée.

Ce ballet nocturne qui m’a habitée

Quand je suis devenue infirmière en 2011, après 4 ans d’études et un bachelor HES, je rêvais de travailler aux soins intensifs et aux urgences. Fière d’appartenir à une profession dédiée à l’humain, j’ai fait mes premiers pas dans un service de médecine interne à l’hôpital public. Je garde un souvenir limpide de mes premières nuits, seule durant un mois dans un service, avec 20 patients à charge.

Le ballet nocturne incessant, rythmé par celui qui souffre de démence et se promène dans le couloir, celui qui peine à respirer et angoisse, celle qui n’arrive pas à dormir, et les habituels traitements et contrôles, ne me laissait que peu de répit.

J’avais 21 ans. Le stress d’oublier, de se tromper, était constant. J’ai rapidement réalisé le poids des responsabilités qui pèsent sur nos épaules: on soigne, mais une erreur de jugement peut être fatale et personne ne vous pardonnera. Combien de fois n’ai-je pas refait ma journée dans ma tête. Si la blouse blanche se range en fin de service, elle reste, invisible, sur le dos des soignants, meilleurs pour prendre soin des autres que d’eux-mêmes.

Et pourtant, c’est une profession magnifique, qui attire encore et heureusement. Mais nous ne sommes pas capables de former suffisamment et de garder les diplômés dans le monde du soin. Nous sommes dépendants des pays étrangers, que nous vidons parfois sans scrupule d’infirmières qualifiées.

La Suisse doit devenir auto-suffisante et les politiques ont trop longtemps ignoré cette catégorie de professionnelles qui a décidé de sortir du silence, à juste titre. Les infirmières ont, durant la crise et depuis des années, donné sans compter, silencieuses, ordonnées, solidaires, enchaînant les horaires. La difficulté étant une norme.

Pour la reconnaissance et l’autonomie

Notre système de santé doit pouvoir compter sur les infirmières et éviter les départs prématurés. L’équilibre entre vie familiale, vie professionnelle et vie sociale doit fonctionner dans un domaine encore très féminin.

La reconnaissance et l’autonomie souhaitées par l’initiative sont deux éléments majeurs. La reconnaissance, parce que les infirmières ne sont plus des «bonnes sœurs» à la recherche d’une vocation, mais des professionnelles hautement spécialisées, qui sont confrontées à des prises en charge complexes nécessitant une actualisation permanente de leurs compétences.

L’autonomie, parce qu’elle va de pair avec les compétences. Une infirmière qui suit un patient à domicile ne peut actuellement pas décider seule de prescrire, par exemple, une aide à la douche par semaine ou de modifier des prestations existantes comme un soutien aux repas. Elle est contrainte de demander un ordre médical à un médecin en cabinet. Médecin qui n’aura pas vu le patient, et qui perdra du temps qu’il pourrait dédier à d’autres activités.

«J’ai rangé ma blouse blanche mais n’ai rien oublié»

Ces aberrations, d’un système qui n’a pas su s’adapter aux évolutions du monde de la santé, usent le personnel soignant qui perd le sens de sa profession, forcé de passer plus de temps à gérer des problèmes administratifs qu’à être auprès des patients. Un système efficace et qualitatif est celui où chacun peut se consacrer à son rôle, sans mettre en péril l’approche multidisciplinaire.

J’ai rangé définitivement ma blouse blanche il y a quelques années pour exercer différemment, toujours au service des patients. Mais je n’ai rien oublié des moments intenses qui ont marqué ma vie d’infirmière. Le 28 novembre, je vous invite à soutenir l’initiative pour des soins infirmiers forts. Parce que notre système de santé a besoin de soignants formés, rémunérés, et reconnus. Ce sont eux qui assureront, demain, des soins de qualité, à vous et à vos proches.

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Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.