Dépistage de Covid-19: Et si la Suisse faisait fausse route?

Jean-Charles Estoppey

Jean-Charles Estoppey est médecin de famille et vigneron à Cully. Dans cette tribune, il questionne la politique actuelle de tests et de traçage des contacts en vigueur en Suisse et appelle à prendre en compte les dégâts sociaux des stratégies menées. En complément, nous publions une tribune du Dr Eggimann, qui présente un point de vue plus nuancé sur la stratégie de dépistage.

La politique officielle de la lutte contre la pandémie du Covid-19, en prônant de tester tous azimuts et de tracer les contacts en cas de test positif, continue d’avancer dans une direction nécessairement sans issue. Elle n’est pas justifiée en Suisse. De plus cette pandémie, qui est un véritable marqueur social, touche essentiellement les populations gravement précarisées et vulnérables, partout dans le monde.

Si l’on prend un peu de recul et qu’on se met à raisonner selon des critères qu’on utilise habituellement dans la gestion des problèmes sanitaires, on se rend compte de l’absurdité du dogme en vigueur, ceci encore une fois n’étant valable que pour un pays riche, dont la population est globalement en bonne santé et qui bénéficie d’un système de santé performant.

En effet, outre les mesures de protection justifiées pour les adultes que sont la distance, le port du masque lorsque celle-ci ne peut être respectée et le lavage des mains, les piliers sur lesquels s’appuie l’approche actuelle des autorités sanitaires sont le test et le traçage des contacts. Or le test a, selon diverses études, entre 30% et 38% de faux négatifs, ce qui signifie que si on vous dit que votre test est négatif, vous avez entre 3 et 4 chances sur 10 d’être quand même positif.

Donc:

  1. Ce test donne de très nombreuses fausses assurances qui heureusement sont sans conséquences, puisqu’il y a très peu de malades.

  2. On teste tous azimuts, avec symptômes ou sans (traçage), tout en restant entre 2% et 4% de tests positifs, soit 96% à 98% de tests déclarés négatifs. Ce pourcentage de tests positifs représente actuellement entre 300 et 500 personnes par jour avec une tendance toute récente à la baisse. Or le nombre de patients hospitalisés reste très faible, et le nombre de décès attribués à la pandémie reste très bas. Sur environ 6000 décès par mois en Suisse, ceux déclarés en relation avec le Covid-19 ne représentent environ que 1%.

Donc si on veut bien raisonner normalement en utilisant une arithmétique de base, l’immense majorité des cas positifs sont peu ou pas malades.

Et il est normal et attendu que le nombre de cas positifs augmente au fur et à mesure qu’on lève les mesures de restriction et qu’on teste de plus en plus. Mais on a vu récemment dans le canton de Vaud que le nombre de cas positifs a atteint un niveau qui a rendu difficile voire impossible le traçage de tous les contacts (sans même parler de l’incertitude de la durée de contagiosité avant l’apparition des symptômes…). Et ce, malgré l’engagement de très nombreuses personnes chargées de cette tâche.

Tracer pour protéger qui?

Les personnes à risque, martèle-t-on. Donc en grande majorité les personnes âgées, qui ont énormément souffert de l’emprisonnement qui leur a été imposé et n’en veulent plus. Ce qui n’empêche par ailleurs nullement ceux qui le souhaitent de se protéger en s’autoconfinant. Les autres personnes à risque peuvent elles aussi très bien le faire elles-mêmes en utilisant les mesures habituelles qui sont efficaces. Et laissons le reste de la société fonctionner le mieux possible en libérant les écoles, notamment, de mesures très dommageables. Ne testons qu’à but diagnostique en cas de symptômes importants et suivons le nombre d’hospitalisations réellement nécessaires, critère objectif pour juger de l’évolution et très facile à surveiller.

Bref, actuellement on marche sur la tête avec un test pas très fiable, des cas positifs pour la plupart jeunes et non malades. On impose des quarantaines qui deviennent aberrantes (par exemple: à cause de 11 cas à l’Ecole hôtelière de Lausanne le médecin cantonal impose à 2500 étudiants de se mettre en quarantaine) et des directives de plus en plus irréalistes (la plus récente étant les six pages A4 des directives à appliquer durant les vendanges, chef d’œuvre de fonctionnaire n’ayant aucune idée de cette activité). Sans parler de la démotivation grandissante dans la population pour des mesures qui ne sont plus lisibles ni comprises.

Les conséquences sociétales d’une telle politique sont et seront majeures:

  • Isolement (mortifère bien plus que le virus) et déprivation affective des personnes âgées.

  • Impact du port généralisé des masques, probablement très négatif pour le développement des petits enfants, à qui on inculque en quelque sorte que «l’autre est dangereux et à garder à distance», enseignement globalement gravement perturbé.

  • Angoisse généralisée entretenue par le discours officiel sans raison objective.

  • Catastrophe économique très sévère qui s’annonce cet automne, une fois les mesures d’aide de l’Etat terminées.

Il est temps que le bon sens reprenne ses droits. Et pour moi, le bon sens signifie en rester à une analyse logique qui tient compte de l’ensemble des paramètres, et qui n’est pas biaisée par une approche dogmatique comme celle de l’OFSP.