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COP26: un millier de professionnels de santé appellent la Suisse à agir

Capture d'écran du site https://agissonspourlavie.ch

Une lettre ouverte intitulée «Agissons pour la vie» a été remise lundi 1er novembre au ministre de la santé Alain Berset, à la Place fédérale à Berne. Initiée par 14 experts suisses en santé publique – dont l’infectiologue Valérie D’Acremont ou l’épidémiologiste Antoine Flahault –, elle brocarde l’insuffisance des actions de la Suisse et appelle la Confédération à «répondre clairement aux demandes de la COP26».

Pourquoi c’est intéressant. L’impact du bouleversement climatique sur la santé fait l’objet d’une prise de conscience majeure ces dernières années. Mais il est rare que l’appel à l’action climatique s’inscrive de façon aussi claire dans la scène politique nationale, en pointant directement les insuffisances de Berne. Déjà plus de 1300 professionnels de santé ont signé la lettre ouverte.

Le contexte. Les initiateurs du texte commencent par affirmer que la réalité de l’impact du changement climatique sur la santé est déjà palpable:

«En tant que professionnels de la santé, nous sommes déjà confrontés chaque jour à l’impact sur les patients et communautés de la détérioration de l'environnement et du climat. Nous voyons de plus en plus de maladies respiratoires et cardio-vasculaires dues à l'air pollué, de décès dus aux vagues de chaleur, de malnutrition due au manque de nourriture de qualité, et de diarrhées et intoxications dues à une eau potable polluée.»

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Ils reprennent à leur compte l’appel commun des organisateurs de la COP26 et de l’OMS aux ministères de la santé de chaque Etat pour:

  1. adapter les systèmes de santé à cette nouvelle réalité via un plan spécifique et des financements ad hoc,

  2. agir pour limiter les émissions émises par le système de santé, avec une feuille de route vers la neutralité carbone.

Interrogée par la RTS dans l’émission Forum, la Pre Valérie d’Acremont, infectiologue à Unisanté et une des initiatrices de la lettre ouverte, détaille le constat:

«Le réchauffement climatique, qui en plus en Suisse va deux fois plus vite que la moyenne mondiale, a un effet direct sur la santé des gens. Par exemple la pollution due aux voiture dans la ville va être beaucoup plus en suspension dans l’air quand il fait chaud, ce qui qui abîme nos poumons et fait plus de maladie respiratoires mais aussi nos artères, ce qui va faire des infarctus et des attaques cérébrales.

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On a aussi les maladies transmises par les moustiques et les tiques qui sont aux portes de la Suisse. Le moustique tigre qui transmet Zika vient d’arriver par exemple dans le canton de Vaud, comme on a appris la semaine dernière. La question n’est plus si ces maladies vont arriver chez nous mais quand. Et puis on a des allergies, des asthmes qui augmentent chaque été à cause du pollen, et des canicules qui font un nombre substantiel de morts.»

Le message. Les pétitionnaires s’alarment de «l’inertie et le peu d’actions concrètes réalisées jusqu’à maintenant» par la Confédération, «et ceci au niveau de tous les départements fédéraux». Ils demandent au ministre de la santé Alain Berset, et à travers-lui à tous les membres du Conseil fédéral, une poignée d’actions sur le climat:

  1. «répondre clairement aux demandes de la COP26 et de les mettre en œuvre au plus vite.

  2. déclarer publiquement l’urgence nationale sanitaire, climatique et environnementale.

  3. prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la vie des citoyens.

  4. réunir des assemblées citoyennes décidant des mesures les plus efficaces, pertinentes et supportables.

  5. vous coordonner avec les autres départements pour décarboner tous les secteurs de la société.»

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Les messagers. La lettre ouverte a été initiée par 14 experts en santé publique, dont beaucoup de figures bien connues de la santé en Suisse.

Parmi les initiateurs: Valérie D’Acremont, donc, et Blaise Genton, infectiologue et membre de la direction d’Unisanté, Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur à l’Institut de santé global de Genève, Milo Puhan, épidémiologiste à SwissTPH, Annelies Wilder-Smith, épidémiologiste à l’ISPM de Berne, François Héritier, président de la Société suisse de médecine générale (SSMG), ou encore Brigitte Crottaz, médecin et conseillère nationale socialiste (VD).

La lettre a d’ores et déjà été signée par plus de 1300 professionnels de santé, médecins, infirmiers, paramédicaux, étudiants en santé ou psychothérapeutes. Elle a officiellement été remise par une délégation réunie sur la Place fédérale à Berne le 1er novembre, à l’occasion du premier jour de la COP26.

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