Comment Syngenta a maintenu sur le marché le désherbant le plus mortel au monde

Champ de jeunes plantes traité avec des produits phytosanitaires à Baltenswil. | Keystone / Patrick B. Krämer

L’enquête s’appelle les «Paraquat papers», du nom du pesticide paraquat produit par Syngenta. Interdit en Suisse depuis 1989, cet herbicide, le plus mortel au monde, continue tout de même à être utilisé dans une centaine de pays. La toxicité et la dangerosité du paraquat n’est plus à prouver: il suffit d’en ingérer 10 ml, soit l’équivalent de deux cuillères à café, pour mourir. Ce poison a vite été identifié par les personnes désespérées qui l’utilisent volontiers comme méthode de suicide depuis les années 1960. Mais comment ce produit peut-il continuer à empoisonner ainsi depuis sa mise sur le marché en 1961? C’est justement ce que révèlent les «Paraquat papers», fruit d’une enquête conjointe des ONG Public Eye et Greenpeace Unearthed, ainsi que la publication de 350 documents internes dans le cadre d’une «procédure de divulgation» en vue d’un procès intenté contre Syngenta aux Etats-Unis, comme le relève Stéphane Horel dans Le Monde.

Pourquoi ça fait scandale. C’est pour pouvoir continuer à commercialiser le paraquat, tout en connaissant sa toxicité aiguë et aussi chronique, que les producteurs successifs de l’herbicide ont mis en place une stratégie d’influence pour dissimuler et minimiser les risques. L’explosivité du contenu des documents internes est renforcée par le témoignage d’un ancien employé d’Imperial Chemical Industries (premier producteur du paraquat). Jon Heylings, toxicologue et aujourd’hui professeur à l’Université de Keele, affirme que Syngenta savait son herbicide mortel et qu’il a tenté de le rendre moins dangereux, en vain. Jon Heylings sera un des témoins clefs du procès qui doit s’ouvrir en mai au Etats-Unis.

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