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Céline Amaudruz: «L'initiative sur les soins infirmiers, c'est aller trop loin trop tard»

Céline Amaudruz

Le 28 novembre, le peuple suisse se prononce sur l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Cette semaine, des personnalités politiques romandes défendent leur point de vue sur Heidi.news. Ce mardi, la conseillère nationale UDC genevoise Céline Amaudruz.

Commençons par un constat unanime, la Suisse manque de personnel infirmier. Celles et ceux qui veillent sur notre santé accomplissent une tâche exceptionnelle faite d'abnégation et de dévouement mais ils ne sont pas assez nombreux. Cette lacune est particulièrement criante en période de sollicitations extraordinaires comme nous le vivons actuellement. Il faut donc étoffer le personnel infirmier de manière significative et dans les plus brefs délais.

La crise que nous traversons a clairement donné raison au comité qui a lancé l'initiative pour des soins infirmiers forts, il y a nécessité d'agir. C'est sur la façon de répondre aux besoins qu'il y a divergence.

L'initiative demande que la Confédération et les cantons investissent dans la formation afin d'assurer un nombre de places suffisant pour combler le manque de personnel. Jusque-là tout va bien. Mais les initiants vont plus loin, réclamant une intervention de la Confédération au niveau des conditions de travail. Pour prévenir les abandons de la profession, Berne devrait prévoir des horaires fiables, des structures favorables aux familles et des possibilités de faire carrière, ceci en bénéficiant de salaires en rapport avec la hauteur des exigences et de la charge de travail.

La question de l'accès aux soins ne se pose pas de la même façon à Lausanne ou à Biaufond

Sans vouloir donner dans le juridisme étroit, il convient de rappeler que la Constitution est un texte à caractère général fixant les grands principes régissant le fonctionnement de notre pays. La mise en pratique relève ensuite des lois puis des ordonnances. Un texte précisant notamment les conditions salariales n'a pas sa place dans notre charte fondamentale. Introduire des dispositions relevant d'une loi dans la Constitution revient à relativiser l'importance de cette dernière.

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Passons maintenant aux divergences pratiques. L'initiative confie un rôle prépondérant à la Confédération qui aurait ainsi à fixer les conditions salariales et les perspectives de carrière entre autres. Il faut pour cela bouleverser la façon dont les tâches sont attribuées entre Berne et les cantons, la santé relevant de ces derniers.

Cette répartition est judicieuse dans la mesure où elle répond au principe de subsidiarité, vertu cardinale de notre démocratie. On confie à l'échelon le plus apte à répondre aux besoins le soin de le faire et dans le cas présent, ce sont bien les cantons qui ont pour prérogative de veiller à la santé de la population. Les conditions varient fortement d'une région à l'autre. Il serait illusoire de vouloir tout régenter depuis le Palais fédéral. La question de l'accès aux soins ne se pose pas de la même façon à Lausanne ou à Biaufond. Chaque situation appelle une solution spécifique, ce que l'initiative conteste.

Il en va de même pour les salaires dans la mesure où le coût de la vie diffère d'un coin de pays à l'autre, il faut donc pouvoir tenir compte des particularités régionales pour définir toute rémunération, quel que soit le domaine professionnel. La rigidité prévue par l'initiative ne le permet pas. Au surplus, le salaire n'est pas la seule variable entrant en ligne de compte au niveau professionnel. Le cadre de travail, les opportunités de formation, d'avancement pèsent aussi, ce que les initiants ne retiennent pas.

L'initiative présente un autre défaut majeur, à savoir les délais de mise en œuvre. En cas d'acceptation par le peuple et les cantons, le texte devra être mis en musique par le biais du processus parlementaire dont la rapidité n'est pas la qualité première. Il faudra ainsi attendre sans doute deux ans, peut-être plus pour que l'application du texte soit traduite au niveau de la loi. Pendant ce temps, le problème ne manquera pas de croître et d'embellir.

Aller trop loin trop tard ou au bon endroit tout de suite

Le contre-projet répond à la préoccupation première, à savoir la pénurie de personnel. Le texte entrera immédiatement en vigueur en cas de rejet de l'initiative. Confédération et cantons investiront près d'un milliard sur huit ans pour augmenter les places de formation de base comme de pointe. Un soutien financier est également prévu pour soutenir les étudiants traversant une situation financière difficile. Il s'agit d'une solution efficace et rapide face à un problème qui n'a que trop duré.

Pour conclure, le 28 novembre, nous aurons à choisir entre une initiative au titre séduisant mais trop exigeante et rigide dans son application et un contre-projet répondant précisément à la pénurie de personnel infirmier. La première entrera en vigueur dans le futur tandis que le second sera immédiatement applicable. Il faut donc trancher entre aller trop loin trop tard ou aller au bon endroit tout de suite. Dans ces conditions, je vous invite à rejeter l'initiative, ce qui laissera la voix libre au contre-projet.

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