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Bas les masques en août? Berne fixe un cap ambitieux pour la sortie de crise

Baignade hivernale dans le lac de Lugano, le 26 décembre 2018. Image d'illustration. | Keystone / TI-Press / Francesca Agosta

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On en voit la fin. Le Conseil fédéral a dévoilé mercredi 21 avril 2021 un modèle de sortie de crise en trois étapes. La phase actuelle de protection doit prendre fin le 26 mai, avec la vaccination des personnes vulnérables. Elle doit être suivie d’une phase de stabilisation, caractérisée par une vaccination de masse et des réouvertures progressives (universités, grandes manifestations, restaurants, bars, discothèques). Elle devrait se terminer avec la fin de la vaccination de masse, prévue fin juillet 2021, date à laquelle la Suisse devrait entrer en phase de normalisation.

Pourquoi c’est important. C’est la première fois que la Confédération donne un horizon stratégique pour la sortie de crise, avec un modèle clair et des critères explicites. Une avancée autorisée par l’avancement des campagnes de vaccination et la hausse des doses livrées. La levée et le durcissement des mesures restent conditionnés par des critères épidémiologiques, de sorte que l’horizon d’août reste à prendre avec prudence. Mais le Conseil fédéral a décidé d’assumer le risque politique lié à cette incertitude, pour fournir aux citoyens et aux acteurs économiques des perspectives concrètes.

Un horizon par temps incertain. «L’objectif c’est de montrer à quoi pourraient ressembler les prochains mois, définir un chemin que nous pensons être le meilleur pour la Suisse», indique en préambule le conseiller fédéral à la santé Alain Berset, en conférence de presse depuis Berne. Avant de prévenir:

«On est entré dans cette crise de manière brutale et subite. Par contre on voit bien qu’en sortir est compliqué et prend du temps. On essaie de donner des perspectives, et en même temps il n’est pas sérieux aujourd’hui de dire exactement comment ça va évoluer, puisque ça dépend de la situation de l’épidémie et de la progression de la vaccination.»

Un modèle en trois phases. Le modèle dévoilé ce jour par le Conseil fédéral prévoit que la sortie progressive de crise, amorcée le 1er mars avec la réouverture des magasins non essentiels et des musées, monte en puissance courant juin, avec un retour à la normale envisagé pour le mois d’août. Trois phases sont prévues.

  • Phase de protection: jusqu’à fin mai:

C’est la phase dans laquelle nous nous trouvons actuellement, et qui se caractérise par la vaccination des personnes vulnérables à Covid-19. Elle devrait durer jusqu’à ce que l’ensemble des volontaires soient vaccinés. L’exécutif mise sur un taux de recours vaccinal de 75%, ce qui place la fin de cette phase à la fin du mois de mai.

La date du 26 mai «au plus tôt» a été fixée pour décider d’éventuels assouplissements. Une consultation avec les cantons sera organisée au préalable, courant mai.

  • Phase de stabilisation: jusqu’à fin juillet:

C’est la phase où aura lieu la vaccination de masse des volontaires. Les autorités misent sur un taux de 60% de volontaires chez les adultes, ce qui devrait conduire jusqu’à la fin du mois de juillet pour une protection complète (deux doses) des vaccinés.

Alain Berset:

«Durant cette phase de stabilisation, on peut s’attendre à une certaine hausse des incidences. Avec la hausse des vaccinations, on court le risque que les règles soient souvent moins respectées. Or on a vu dans les pays avec une vaccination massive que le virus continue de circuler. C’est pourquoi on maintient les mesures de protection élémentaires.»

Si le nombre de cas, d’hospitalisations et le taux d’occupation des soins intensifs sont stables ou en baisse sur une semaine, les assouplissements suivant seront décidés:

  • un retour à l’enseignement présentiel à l’université,

  • la fin de l’obligation de télétravail (remplacée par une simple recommandation),

  • de nouveaux assouplissements de capacité d’accueil dans le sport, les loisirs, le commerce de détail,

  • et si la situation épidémiologique est «très bonne» , une réouverture des restaurants.

C’est aussi durant cette phase que devrait être déployé le certificat d’immunité, prévu dans le courant du mois de juin, quand une couverture vaccinale de 40 à 50% aura été atteinte. Un objectif «très ambitieux», admet le ministre de la santé. Il doit concerner non seulement les personnes pleinement vaccinées, mais aussi celles ayant eu une infection documentée et celles pouvant attester d’un test PCR négatif récent. Un certificat d’immunité valide pourra conditionner à l’accès à certains lieux recevant du public.

  • Phase de normalisation: jusqu’à la fin des temps?

C’est le retour à la normale, sans restriction autre que d’éventuelles mesures de protection de base. Cette phase de normalisation commencera quand tous les volontaires auront été pleinement vaccinées, début août selon les plans du Conseil fédéral.

«A ce moment-là, des mesures restrictives ne sont plus justifiables et celles qui subsistent doivent être levées», indique Alain Berset. Qui précise:

«Tout ça est sous réserve qu’on n’a pas de mauvaise surprise qui nous tombe dessus, ce qui est déjà arrivé une ou deux fois avec la pandémie. C’est aussi sous réserve de l‘évolution dans la deuxième partie de l’année, et on peut envisager que certaines recommandations – la distance, l’hygiène, peut-être le port du masque – soient encore partiellement maintenus.»

En phase de normalisation, seules les personnes n’ayant pas de certificat d’immunité en cours de validité seront concernées par d’éventuelles mesures de restriction.

Un risque assumé. L’annonce d’un horizon stratégique représente une «prise de risque» politique pour le Conseil fédéral, comme l’admet sans détour Alain Berset, qui dit miser sur la prudence de la population:

«Dans une pandémie rien n’est jamais exclu, on fait face à une insécurité par rapport à ce qui peut arriver. Etre flexible et réactif est la meilleure chose qu’on peut faire. Si on a été confrontés à une mauvaise surprise, comme une explosion de cas, ce que je ne vois pas aujourd’hui, aucune mesure n’est exclue pour faire face. Cela dépend beaucoup de nos comportements individuels.»

Le ministre de la santé a tenu encore une fois à défendre la stratégie sanitaire suisse, par contraste avec les autres pays européens:

«En Suisse on mise beaucoup sur le fait de faire appel à la population, parce que ça nous permet de maintenir les activités. Il y a peu de pays aujourd’hui en Europe qui ont à certaines conditions les fitness ouverts, les salles de cinéma, certains événements dans le domaine du sport ou encore les terrasses.»

Si la situation s’aggrave. La Confédération mise sur un décrochage entre la circulation virale et ses conséquences sanitaires grâce à la vaccination. C’est bien ce que semblent montrer les premières données, l’âge moyen des patients hospitalisés ayant tendance à diminuer, du fait de la vaccination des séniors.

Si la situation devait se détériorer, Berne envisage de revenir en arrière et durcir à nouveaux les mesures sanitaires. Des critères précis ont été établis, qui dépendent des phases considérées.

En phase 3 (normalisation), le durcissement des mesures ne sera envisagé que si «le système est menacé de surcharge», et celles-ci ne concerneront pas les personnes munies d’un certificat d’immunité en cours de validité.

[Mise à jour 21 avril 18:10. Une première version mentionnait des valeurs datant de mars pour les indicateurs épidémiologiques.]

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