| | Reportage

A 40 mètres sous terre avec le Spéléo-Secours Suisse, les anges gardiens des grottes

L’exercice se tient dans la grotte de la «Baume à la Rose». La blessée fictive se situe à une vingtaine de mètres plus bas. | Spéléo-Secours Suisse / Jim Remolu

«Attention, cailloux!» Comme un seul homme, le petit groupe se plaque à la paroi. La roche est froide, trempée. A quelques dizaines de mètres, la caillasse s’enfonce avec fracas dans les boyaux de la grotte. Fausse alerte. L'équipe du Spéléo-Secours Suisse reprend son travail, comme si de rien n’était. Elle est en train d’équiper la cavité pour l’évacuation d’un brancard, à 40 mètres sous terre. L’embarcation emportera avec elle une blessée-actrice, car ce samedi 2 octobre, la colonne 3 du Spéléo-Secours réalise son exercice de sauvetage annuel, dans la région du Col de Marchairuz.

Pourquoi on est allé sous terre. Absence de réseau, difficulté à évacuer le blessé, froid, obscurité, humidité, boue: à choisir, mieux vaut avoir un accident n’importe où plutôt que dans une grotte. Les accidents sont si rares et la technique de sauvetage si spécifique que ni la Rega ni le Secours Alpin ne sont formés pour. A l’heure du drame, restent les passionnés, ceux qui vibrent à l’idée de passer leurs week-ends à bivouaquer sous terre, trouver des squelettes d’animaux intacts et fouler un sol vierge de toute trace humaine. Ensemble, ces spéléologues tout terrain forment le Spéléo-Secours Suisse, l’une des rares organisations de sauvetage non professionnelle du pays.

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Départ pour « le trou». | Heidi.news / Lorène Mesot

Des civils de l’extrême

A l’orée du chemin qui mène à la grotte de la «Baume à la Rose», dans le massif du Jura, la valse des combinaisons rouges, vertes et jaunes tranche avec la quiétude des pâturages, désertés quelques heures plus tôt par les vaches en raison de la désalpe.

Les spéléologues, âgés de 25 à 52 ans, sont une bonne quinzaine à s’équiper. Le rituel est rodé: sous-vêtements thermiques, combinaison étanche, genouillères pour certains et baudrier pour tous. Ce week-end, Sébastien, Alex, Oriane et les autres travailleront deux jours sous terre, bénévolement, après avoir fait le déplacement depuis Genève, Lausanne, Vallorbe, Fribourg et le Valais.

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Jules, Oriane, Sébastien et Jim se préparent à descendre. Ils sont géologue, psychologue, informaticien et aspirant pompier de profession. | Spéléo-Secours Suisse / Daniel Cueroni

Les deux dernières interventions sont encore dans tous les esprits. Le Spéléo-Secours Suisse est intervenu en mars 2021 pour évacuer le corps d’un Bernois, décédé après une chute de 17 mètres dans la grotte des Rutelins dans le Val-de-Travers et en 2020, quand il a fallu remonter à la surface le corps d’un spéléologue ayant chuté dans le Gouffre du Petit-Pré, à Bière.

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