Réunir les forces vives de Genève pour aider les ONG

Stéphane Duguin

Stéphane Duguin est le directeur du CyberPeace Institute, une ONG basée à Genève qui s'engage en faveur de la paix dans le cyberespace.

Alors que les crises s’enchaînent, du Covid-19 à la crise climatique, en passant par l’invasion russe de l’Ukraine, la pression sur le secteur humanitaire augmente. Depuis deux ans, les ONG et les organisations internationales sont sous tension. Les besoins augmentent, tout comme l’étendue de l’aide à apporter et la complexité des opérations, avec pour but de fournir des services essentiels dans le monde entier: soutien aux réfugiés, accès à l’eau potable, à la nourriture, à l’énergie, à la santé, etc.

Dans ce contexte, l’expérience de la Suisse, et tout particulièrement de la Genève Internationale, est plus critique que jamais. En effet, les organisations humanitaires ont besoin de soutien, de moyens, de sérénité, mais surtout de sécurité. Car, malgré ce qu’on aimerait croire, leurs opérations ne sont pas épargnées par les attaques de tous bords. Elles sont attaquées sur le terrain, elle le sont aussi sur Internet.

Des cibles de choix

Le phénomène est peu connu, mais les organisations humanitaires sont en proie à toutes formes de cyberattaques. C’est l’effet pervers d’une croissance constante de la générosité des donneurs: les groupes criminels ciblent les ONG afin de leur subtiliser fonds et donations, ou de les faire chanter pour payer des rançons vertigineuses. Mais outre les criminels, l’humanitaire est aussi la cible d’acteurs étatiques qui œuvrent à détruire leur infrastructure ou à infiltrer leur réseau, afin notamment de cibler leurs activités quand elles vont à l’encontre de certains intérêts géopolitiques. Les récentes campagnes de cyberattaques menées contre les ONG en Ukraine sont à analyser dans ce contexte.

Aucune organisation n’est à l'abri, comme on l’a vu récemment avec le CICR, ou un demi-million de données sensibles ont été dérobées. De l’autre côté du globe, Roots of Peace, dont la mission est de lutter contre la famine en Afghanistan, s’est vu dérober 1,2 million de dollars, ce qui a pour effet de menacer ses opérations d’approvisionnement de nourriture sur le terrain.

Devant une telle asymétrie entre les moyens de l’humanitaire à se protéger et la capacité des criminels et des acteurs étatiques, que faire? Depuis plus d’un siècle, ce qui a fait de Genève le centre névralgique de l’humanitaire n’est pas le seul fait de la présence des organisations internationales autour du lac. C’est le fait d’une communauté qui se rassemble autour de valeurs communes, un réseau de forces vives, depuis le secteur académique jusqu’au secteur privé, qui donne son élan et son âme à cet écosystème de justice et de paix.

Appel aux entreprises

Aujourd’hui, le CyberPeace Institute et la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG) font appel à ces forces vives afin de porter assistance au secteur humanitaire à travers un programme de levée de fonds — les «CyberPeace Angels». Ce programme en appelle à la générosité des entreprises membres de la CCIG, des «anges de la paix dans le cyberespace», afin de financer un soutien gratuit en cybersécurité aux ONG du secteur humanitaire.

Ce programme est né d’un constat très simple: dans un réseau où nous sommes tous hyper connectés, personne n’est en sécurité si nous ne le sommes pas tous. En joignant les «CyberPeace Angels», les entreprises membres de la CCIG financent des projets à fort impact en cybersécurité: simulations, formations anti «phishing», détection d’intrusions, outils anti «ransomware», bonnes pratiques… L’aide apportée par les entreprises sera publique, reconnue et valorisée. Au-delà du don, le programme prévoit également des transferts de compétences et de savoir-faire techniques entre le secteur humanitaire et le secteur privé.

En lançant ce programme, le CyberPeace Institute et la CCIG en appellent à celles et ceux qui veulent incarner l’ambition de Genève pour la paix et la stabilité dans le cyberespace et apporter un soutien à ceux qui sont en première ligne de toutes les urgences humanitaires.