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Les NFT conduisent à la dématérialisation de la possession

Leila Delarive

Leila Delarive est docteur en droit et tech-entrepreneure. Elle a co-fondé Amplify, une plateforme dont la mission est de démocratiser la publicité digitale pour la rendre accessible aux TPE. Elle est aussi fondatrice et présidente de l’Empowerment Foundation, qui oeuvre pour une bonne gouvernance du digital et le libre-arbitre de l’individu face à la technologie.

Vous avez certainement lu récemment dans la presse l’achat d’une séquence vidéo de l’artiste Beeple pour la modique somme de 69 millions de dollars. Séquence authentifiée sous la forme d’un NFT (pour Non Fungible Token, soit un jeton non fongible).

En très résumé, il s’agit d’avoirs digitaux, dont l’authenticité et la propriété sont identifiées grâce à la technologie blockchain.

On les qualifie de non fongibles, car ce sont des actifs uniques, qui ne peuvent pas être échangés avec des actifs comparables, chacun d'entre eux étant unique, contrairement aux actifs fongibles tels que les espèces, les actions ou les lingots d'or

Le NFT est stocké dans une base de données mondiale partagée. Cette base de données est décentralisée grâce à la blockchain, de sorte qu'aucun individu ou entreprise ne la contrôle. Tout le monde peut la lire ou y accéder, et personne ne peut la modifier.

Une œuvre d’art numérique peut être un NFT tout comme des terrains dans des environnements virtuels, voire même des souvenirs numériques.

La «propriété» de l’art cryptographique, d’un terrain virtuel ou de tout autre actif digital «tokenisé» ne confère aucun droit réel, si ce n'est celui de pouvoir dire que l’on possède l'œuvre, sans posséder le droit d'auteur. L’heureux propriétaire n’obtient pas d'impression physique, et n'importe qui peut regarder l'image sur le web. Il existe simplement un enregistrement dans une base de données publique liant la propriété de l'œuvre à une URL spécifique.

Les célébrités s’en donnent à cœur joie. Jack Dorsey, le patron de Twitter, a vendu le tout premier tweet, le sien, datant d'il y a 15 ans, pour 2,9 millions de dollars sous la forme d’un NFT. Elon Musk a mis en vente une chanson numérique intitulée NFT… pour la retirer finalement. Jean-Claude Biver s’y essaie désormais à son tour.

De quoi décourager le commun des mortels. Déjà que les crypto-monnaies, c’est compliqué, mais avec les NFT, on finit par se demander si les gens n’ont pas perdu la raison… à moins d’essayer de lire entre les lignes.

Posséder tous les chiffres de la suite zéro

On peut voir les NFT comme une nouvelle niche d'investissement, avec un risque de pertes importantes si elles n’ont plus le vent en poupe.

Mais on peut aussi voir la promesse d’un futur plus inclusif et équitable grâce à la technologie blockchain et toutes les applications qu’elle offre.

Cette technologie permet de revoir complètement les notions de propriété, respectivement de partage de propriété.

On assiste tout d’abord à la dématérialisation de la possession. Je possède de l’art à telle URL. Je possède tous les chiffres de la suite zéro. Je possède le pont de Lucerne sous une forme numérique…

D’autres applications plus sérieuses pourraient cependant exister. Ainsi, il est tout à fait possible d’imaginer posséder à plusieurs un actif cette fois-ci tangible, mais dont l’existence est certifiée par l’émission d’un NFT, et la propriété authentifiée dans la blockchain.

Un monde plus égalitaire

Il ne s’agit pas que d’une construction intellectuelle. Imaginons que nous décidions, vous et moi, d’acquérir ensemble une voiture destinée à la location. À chaque fois que la voiture est louée, elle va générer des profits, qui nous reviendront et que nous pourrons nous partager. La dématérialisation de la possession permet ainsi de régir les rapports entre copropriétaires plus aisément et en toute transparence grâce à la blockchain.

Nous pourrions décider d’acquérir un objet de rendement à plusieurs: un bien immobilier, un bateau, un objet de collection. Chacun possédant une part matérialisée virtuellement et authentifiée grâce à la blockchain. Voyez le potentiel d’investissement qui s’ouvre à chacun d’entre nous. Nous pourrions être 1000, 10’000, 100’000 personnes à posséder un bien de rendement, et un tel bien inaccessible jusqu’à présent aux petits épargnants le deviendrait grâce à un NFT: un avion privé, un yacht, un établissement public, un sac ou une montre de collection, et j’en passe.

Pourquoi c’est important? Parce qu’il s’agit ici d’un pas de plus vers la démocratisation de la gestion de fortune. Tout le monde pourra dans le futur investir dans des biens accessibles qu’aux très fortunés, grâce à la dématérialisation authentifiée virtuellement, et bénéficier d’un retour sur investissement en cas de gain.

Un monde plus égalitaire en perspective; fort réjouissant.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.