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Le fair trade n'offre pas de garantie aux producteurs de cacao

Eric et Oswaldo sont associés au sein de Choba Choba pour produire des fèves de cacao et commercialiser du chocolat vendu à son «vrai» prix. DR

Impossible. Les marges ne le permettent pas. Le marché ne comprendrait pas. Cette rengaine est volontiers servie par les géants du commerce de cacao et de l’industrie du chocolat pour justifier les conditions de travail précaires et les revenus misérables perçus par les producteurs dans les plantations au Ghana, en Côte d’Ivoire ou au Brésil. En réalité, ce marché opaque pour le consommateur est concentré entre les mains d’un petit nombre d’acteurs qui dictent les règles.

La solution passe-t-elle par les labels garantissant une production équitable? Seulement de façon imparfaite, répond Eric Garnier, co-fondateur de Choba Choba, une marque suisse qui se fournit exclusivement auprès de partenaires au Pérou. Par exemple, tous ces labels ne garantissent pas un prix minimum aux producteurs et, quand ils le font, ce prix est fixé de façon globale, à la tonne, indépendamment des coûts de production, des récoltes et, donc, des besoins des agriculteurs.

Choba Choba, qui signifie «Je t’aide, tu m’aides» en quechua, figure parmi les trois lauréates du Prix suisse de l’éthique, délivré chaque année par les étudiants de la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud. Une distinction qui récompense l’effort d’une réelle association avec les producteurs, des salaires dignes et une qualité irréprochable qui résulte du tri méticuleux des fèves. Naturellement, le prix de vente reflète la valeur «réelle» du chocolat. Depuis Lima, la capitale du Pérou où il vit désormais, Eric Garnier détaille la recette de cette PME créée il y a cinq ans, qui vend ses produits sur son site Internet, dans certaines épiceries et, depuis peu, chez Coop.

Heidi.news — Comment a débuté Choba Choba?

Eric Garnier — Christoph Inauen et moi avons longtemps travaillé chacun de notre côté pour des acteurs du commerce équitable – lui dans l’achat de cacao et moi dans le soutien aux coopératives agricoles. Nous avons tous deux réalisé que l’impact sur les producteurs était insuffisant. Pour véritablement changer la donne, il faut s’extraire de la relation acheteur-fournisseur et modifier la chaîne de valeur. Dans le cadre de nos emplois respectifs, nous avons été très marqués par la créativité, le dynamisme et la culture empreinte de respect de l’environnement de deux communautés péruviennes, établies dans la vallée d’Alto Huayabamba. Elles comptent environ 40 producteurs représentant près de 200 personnes en incluant les familles et vivent le long d’un fleuve à trois heures de pirogue de toute route praticable. Chaque cultivateur exploite environ trois hectares de terrain à l’aide d’une main d’œuvre familiale. Ces deux communautés sont aujourd’hui nos partenaires.

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