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La liste noire des organisations dangereuses de Facebook a fuité

Extrait de la liste noire dévoilée par The Intercept

C’est une liste secrète, que la firme de Palo Alto s’est toujours refusée à dévoiler. Le site d’investigation américain The Intercept a mis la main sur la liste des organisations ou individus terroristes ou violents qui font l’objet d’une censure de la part de Facebook. Elle s’organise en cinq catégories: organisations terroristes, criminelles, ou haineuses, mouvement sociaux militarisés, et organisations non étatiques violentes (mouvements rebelles). La liste complète, qui compte près de 4000 entrées, a été compilée et rendue publique par le site. Parmi elles, beaucoup de terroristes et de criminels, mais aussi des politiciens, écrivains, groupes de musique ou organisations de charité islamiques.

Pourquoi c’est intéressant. La politique de modération de Facebook prévoit qu’aucune de ces entités ne puisse avoir de présence sur le réseau. Le niveau de modération le plus strict («tier 1» sur trois possibles), qui concerne les groupes terroristes et haineux, interdit tout contenu exprimant un soutien même indirect à ces entités. La liste est considérée comme d’intérêt public par The Intercept, dans la mesure où elle sert de base à la modération des contenus et témoigne nécessairement de certains choix discutables. Un avis partagé par le propre organe de transparence de Facebook, qui a recommandé à plusieurs reprises de diffuser la liste.

De fait, elle reflète les intérêts ou obsessions des Etats-Unis, avec un grand nombre d’individus ou d’organisations affiliées au terrorisme islamique, comme l’Etat islamique ou Al Qaeda, aux cartels d’Amérique latine ou à la droite nationaliste violente. Plusieurs centaines d’entrées ont été directement importées du SDGT, une liste officielle établie par le département du Trésor américain. D’autres entrées sont plus étonnantes, dont deux universités iraniennes (Baqiyattallah et Imam Hossein), une compagnie aérienne (Caspian Airlines), ou encore des personnalité décédées depuis des lustres comme Joseph Goebbels ou Benito Mussolini.

Le responsable contre-terrorisme et organisations dangereuses à Facebook a réagi dans un tweet, en précisant que le document diffusé était non exhaustif et que la liste faisait l’objet de mises à jour régulières.

Et sous nos latitudes? La liste compte assez peu d’organisations ou d’individus basés en Europe. Pour la Suisse spécifiquement, seules deux entités sont mentionnées dans la catégorie des «groupes haineux»: deux groupes de musique proches de la mouvance skinhead nationaliste d’extrême-droite: le groupe bâlois Sturmtruppen Skinhead (du nom des unités d’élite allemandes de la Première Guerre) et le groupe bernois Indiziert, proche du Parti des Suisses nationalistes. Une dizaine d’entités françaises sont également blacklistées, parmi lesquelles le parti d’Alain Soral Egalité et Réconciliation, l’ex-groupuscule étudiant d’extrême droite GUD, ou le site raciste Démocratie Participative.

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A lire dans The Intercept (EN)