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La Genève internationale vibre-t-elle pour la Biélorussie?

Des musiciens biélorusses lors d'un rassemblement de soutien à l'opposition contre les brutalités policières et les résultats de la présidentielle, à Minsk, le 16 août 2020. Keystone/ Tatyana Zenkovich

Des dizaines de milliers de Biélorusses sont descendus dans les rues de leur pays pour demander le départ du dernier dictateur d’Europe, Alexandre Loukachenko. Mais à Genève, capitale du droit international humanitaire, leur mobilisation semble trouver peu d’écho, pour le moment. Retour sur les causes de cet apparent silence et sur les leviers dont disposent Genève et la Suisse pour jouer un rôle dans les événements en cours.

Pourquoi c’est important? Genève abrite notamment le Haut Commissariat aux droits de l’homme. Les images venues de Biélorussie témoignent de graves violences policières et autres violations des droits de manifestants pacifiques. La Suisse a joué un rôle lors du renversement de Viktor Ianoukovitch en Ukraine, fera-t-elle de même cette fois-ci?

Qui s’est exprimé? La Haute Commissaire des droits de l’homme Michelle Bachelet a condamné dans un communiqué paru le 12 août dernier la répression des manifestations en Biélorussie. Suivie, le lendemain, par les experts des droits de l’homme des Nations unies.

Plusieurs ONG de défense des droits de l’homme présentes à Genève ont également pointé du doigt les violences, notamment Human Rights Watch et Amnesty International, qui ont réuni de nombreux témoignages faisant état de pratiques de torture et d'autres mauvais traitements généralisés.

Michael Ineichen, chargé de plaidoyer pour Amnesty International:

«Les violations massives des droits qui se déroulent dans le pays ont déclenché une vague de cris d’alarme, y compris de la part de Michelle Bachelet, des procédures spéciales et de la société civile. Amnesty International pense que c’est maintenant au Conseil des droits de l’homme de faire entendre sa voix, de manière urgente et claire.»

Une résolution du Conseil des droits de l’homme est-elle envisageable? Pour une session extraordinaire de ce conseil, il faut que 16 États membres en fassent la demande. La dernière session extraordinaire remonte au 18 mai et concernait la détérioration de la situation des droits humains dans les Territoires occupés.

Selon une source proche du dossier, des conversations sont en cours «au sein des cercles diplomatiques à Genève» pour organiser une session spéciale pour la Biélorussie.

Davide Rodogno, professeur d’histoire internationale au Graduate Institute Geneva et spécialiste de l’histoire et la politique des organisations internationales:

«Il est aussi possible que des pressions "under the radar" soient opérées par plusieurs agences onusiennes (ou non-onusiennes) ou par une diplomatie bilatérale ou multilatérale discrète pour que la situation ne dégénère pas et que les droits des manifestants soient respectés à Minsk. Si les décisions prennent du temps, c’est aussi qu’elles sont limitées par le mode de fonctionnement des organes de l’ONU et leur structure.»

Des sanctions économiques? Autre levier possible depuis la Suisse: le gel des avoirs bancaires. Dans le cas de l’Ukraine, le Conseil fédéral avait rendu fin février 2016, en pleine «révolution de la place Maidan», une ordonnance sur le gel des biens en Suisse du dictateur ukrainien Viktor Ianoukovitch et de ses proches. La Constitution suisse permet au gouvernement de prendre les «décisions nécessaires» lorsque «la sauvegarde des intérêts du pays l’exige». Les sept sages avaient été plutôt rapides: Ianoukovitch était destitué depuis 4 jours seulement – l’EU a réagi en 12 jours.

À l’image des biens financier de l’ex-président ukrainien, peut-on s’attendre au gel des avoirs éventuels de Loukachenko en Suisse?  Cela dépend d’une part de la présence de l’argent biélorusse dans les banques du pays et d’autre part de l’évolution de la situation en Biélorussie: quand les comptes du clan Ianoukovitch en Suisse ont été gelés, les heurts entre police et manifestants avaient déjà fait des dizaines de morts, des centaines de blessés et le dictateur, déchu par le parlement, avait fui en Russie. La Biélorussie n’en est pas là, mais la situation évolue chaque jour.

Et les Biélorusses de Suisse? 160 ressortissants de ce pays de 9,5 millions d’habitants se sont réunis à la Place des Nations vendredi 14 août pour demander le départ de leur président. Si cette mobilisation semble faible face aux foules des rassemblements genevois de Black Lives Matter, les enjeux sont différents. Davide Rodogno:

«Dans la Genève internationale, on voit plus de mobilisations pour des causes transversales qui parviennent à agréger les différents profils de genevois, entre enjeux locaux et internationaux, plutôt que pour des causes spécifique à un pays.»

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