Le Flux Sciences propose une sélection d’actualités scientifiques, certaines traitées en profondeur par ses journalistes spécialisés, d’autres, appelées «radars», repérées pour vous dans des médias de qualité.


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Grâce à l'impression 3D, un sanctuaire indigène vandalisé en Amazonie reprend vie

Les images restaurées numériquement de toutes les zones vandalisées de la grotte de Kamukuwaká ont été envoyées à la communauté Wauja sous forme de rendus A3. Deux anthropologues les ont aidés à projeter leurs connaissances sur la restauration numérique © Mafalda Ramos

En septembre 2018, les pétroglyphes de la grotte de Kamukuwaká, un lieu sacré pour les peuples amazoniens de la réserve du Xingu au Brésil, sont retrouvés systématiquement détruits. Une perte irréparable pour des cultures dont le patrimoine est pour l’essentiel intangible. Entreprise spécialisée dans la production d’œuvres pour des artistes contemporains et la reproduction du patrimoine, Factum Arte a recréé, via sa fondation, un facsimile du site tel qu’il était avant la destruction grâce à ses technologies d’acquisition de données et d’impression 3D. Les représentants des peuples du Xingu ont reçu ce week-end à Madrid cette copie quasi parfaite.

Pourquoi c’est important. Les gravures de la grotte de Kamukuwaká sont un support essentiel de la mémoire et le répertoire graphique des peuples du Xingu, qui les reproduisent dans leurs peintures corporelles rituelles. Si on ignore qui les a détruits au burin, le caractère systématique de cet acte de vandalisme ne laisse aucun doute sur son intention. Intervenue juste en dehors de la zone protégée du Xingu où se trouve la grotte, cette destruction prolonge la volonté politique du gouvernement Bolsonaro d’éradiquer les peuples amazoniens.

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Une méthode d'édition génétique à trois points de sécurité inspirée par CRISPR

Image d'illustration | dierk schaefer/Flickr/Creative Commons

Au cours des dernières années, l’édition génomique, c’est-à-dire le fait de réaliser des modifications très précises dans l’ADN, n’a cessé de progresser. Chaque innovation constitue une simplification de plus. Après les fameux ciseaux d’édition génétiques CRISPR Cas9, voici le «prime editing». Cette approche, imaginée par David Liu et Andrew Anzalone, du Broad Institute de Harvard et du MIT, à Boston, allie simplicité d’usage et précision. Les chercheurs ont détaillé leur invention dans une publication dans Nature.

Pourquoi c’est important. La précision des outils d’édition génomique constitue le principal frein au développement des thérapies géniques et des applications agronomiques. On craint les effets des modifications non désirées, dites «off target» (hors cible). L’atout du prime editing: il nécessite trois événements distincts de reconnaissance pour réaliser une modification. Autant de points de sécurité qui protègent contre les modifications indésirables.

| | radar

Comment le Brexit fait souffrir la recherche britannique

Les drapeaux britannique et européen flottent au-dessus du palais de Westminster. | AP Photo/ Keystone / Kirsty Wigglesworth

La Royal Society a livré mi-octobre la première estimation de ce que le Brexit avait coûté à la science britannique depuis 2015, rapporte la BBC. Résultat: la Grande-Bretagne a vu sa part annuelle de fonds européens pour la recherche baisser de près d’un tiers, et le nombre de chercheurs européens à choisir venir dans le pays grâce à des programmes européens reculer de 35%.

Les détails. La part de fonds obtenus via le programme-cadre européen pour la recherche Horizon 2020 est passé de 16% pour la Grande-Bretagne en 2015 à 11% en 2018. Quant aux chercheurs étrangers, le nombre de candidatures a chuté de 19’127 à 11’746 au cours de la même période. Ces derniers ne veulent pas «jouer avec leurs carrières» en venant en Grande-Bretagne, a déclaré le président de la Royal Society, Venki Ramakrishnan.

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Lire l'article de la BBC

| | interview

«La 5G ne pose pas les bonnes questions, elle ne fait que répéter le même cycle»

OMER MESSINGER/EPA/KEYSTONE

Le Suisse Serge Willenegger, formé à l’EPFL, a été senior vice president de Qualcomm, spécialiste américain des technologies mobiles, où il est resté en poste près de 25 ans jusqu’à fin 2018. Il a désormais quitté la société, mais a contribué, au cours des dernières années, à faire de la 5G un nouveau standard désirable pour l’industrie. Aujourd’hui, il souhaite apporter un regard critique sur cette technologie et ses enjeux géopolitiques et sociaux.

Selon lui, la révolution technologique de la convergence entre information et télécoms a déjà eu lieu avec la 3G et la 4G. Et il nous appartient désormais de poser collectivement la question du sens de cette convergence pour la société. Entretien.

| | radar

Une docu-série montre comment les biohackers ouvrent la boite de Pandore du génie génétique

Le professeur Kevin Esvelt (en bas) et le biohacker Josiah Zayner (au centre) font partie des principaux protagonistes de la série | Unnatural Selection (Netflix), extrait, DR

La série documentaire Unnatural selection («sélection contre-nature»), diffusée depuis ce week-end sur Netflix, est un must see pour qui veut comprendre comment le génie génétique ouvre la possibilité de «corriger» l’évolution, de l’adapter au changement climatique ou augmenter les capacités humaines. Les auteurs, Joe Egender and Leeor Kaufman, suivent des scientifiques pionniers du forçage génétique pour éliminer les nuisibles (comme les moustiques vecteurs de malaria) mais aussi des bricoleurs militants «biohackers» qui testent ces technologies sur eux-mêmes. Et c’est le Guardian qui en fait la critique.

Pourquoi c’est important. Cette série de quatre épisodes permet de voir à quel point les technologies de modification génétique se sont simplifiées depuis l’apparition de Crispr-CAS9 en 2012, qui permet d’introduire ou activer un gène dans une multitude d’espèces. Cette technologie est devenue accessible à une communauté des biohackers, qui publient des vidéos explicatives sur YouTube et s’échangent informations et matériels via les réseaux sociaux. Elle soulève aussi des questions éthiques: les gouvernements doivent-ils reprendre le contrôle de ces techniques aux conséquences vertigineuses? Mais le risque est alors de laisser l’industrie biotechnologique se les accaparer.

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À lire sur le Guardian

| | radar

Des «tupperware» préhistoriques retrouvés en Israël

Selon une étude publiée dans Science Advances, les hommes de Néandertal pensaient déjà à conserver leur nourriture, rapporte le site Ars Technica. Dans la grotte de Qesem en Israël, les archéologues ont retrouvé des fragments d’os de daims utilisés par nos ancêtres pour garder de la moelle. En reproduisant le procédé, les scientifiques ont découvert que la méthode protège les protéines graisseuses pendant plusieurs semaines.

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Lire l'article d'Ars Technica

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| | opinion

La communauté scientifique doit réformer ses pratiques et ses valeurs, sans attendre

Pierre Vandergheynst est professeur ordinaire au Laboratoire de traitement des signaux et Vice-président pour l’éducation à l’EPFL.

Le 17 octobre dernier, le site spécialisé RetractionWatch, qui suit et indexe les retraits d’articles de recherche des revues scientifiques, «célébrait» la 20’000e rétractation. Certains de ces retraits ont fait couler beaucoup d’encre, comme l’étude du médecin anglais Andrew Wakefield, qui liait autisme et vaccination, publiée initialement dans une revue très réputée en 1998, The Lancet. Ou encore, plus récemment, celle publiée d’abord dans Nature Medicine, selon laquelle les bébés modifiés par la technologie génétique CRISPR connaîtraient possiblement une mort plus précoce.

Dans le monde scientifique, les résultats de recherche sont le plus souvent publiés dans des revues spécialisées, telles Nature et Science. Auparavant, ces dernières demandent à des experts de se prononcer sur la qualité scientifique des articles soumis. Cette étape d’évaluation par les pairs (nommée «peer review») est fondamentale, car elle assure le respect des critères d’objectivité et de rigueur qui sont au cœur de la démarche scientifique.

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L'Etivaz, le génie fromager

| | hd

Au programme de votre Flux Sciences ce lundi: peer review, édition du génome et 5G

Bonjour à toutes et à tous! Bienvenue sur le Flux Sciences de Heidi.news pour une nouvelle semaine d’actualités scientifiques. C’est moi qui vous accompagnerai tout au long de ce lundi 21 octobre. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse sciences@heidi.news.

Au menu.

| | éditorial

Voter pour ses enfants

L’entreprise genevoise ID Quantique propose à la finance et aux gouvernements des solutions de communication ultrasécurisée grâce à la physique quantique. Elle a littéralement créé ce nouveau marché grâce aux financements européens pour l’innovation. «Et aujourd’hui, nous réussissons à rester leader mondial grâce à eux, nous explique Grégoire Ribordy, son co-fondateur. Ces fonds nous permettent de faire de la recherche pas nécessairement liée à un développement immédiat, comme pour une PME normale, mais davantage tournée vers la prochaine génération d’innovations, ce qui est essentiel pour rester à la pointe.»

Pour l’instant, tout va bien. «En 19 ans, nous avons touché environ 4 millions d’euros. Jusqu’ici nous étions bien vus. Mais, dans le cadre du prochain programme-cadre, nous sentons bien que nous sommes poussés dehors. Il y a une volonté inquiétante de traiter les partenaires suisses différemment.» Ce qui tombe mal: l’Europe a fait des innovations reposant sur la physique quantique sa priorité et va investir un milliard d’euros dans le domaine.

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Hubble dévoile l'image la plus nette à ce jour de la comète interstellaire Borisov

Saisie le 12 octobre 2019 par le télescope Hubble, il s'agit de la plus nette image de la comète 2I/Borisov à ce jour | NASA, ESA, D. Jewitt (UCLA)

Fin août 2019, un étonnant objet interstellaire était détecté par un astronaute amateur, Gennady Borisov, qui lui a donné son nom de baptême. Le télescope spatial Hubble a livré de nouvelles images, les plus nettes à ce jour, de la comète interstellaire, située à environ 420 millions de kilomètres de la Terre.

Pourquoi c’est intéressant. L’on connaissait déjà Oumuamua, astéroïde interstellaire qui a croisé la route du système solaire en 2017. Borisov, elle, est très différente: Hubble confirme qu’il s’agit bien d’une comète active, avec des poussières autour d’un noyau de glace. Les comètes et astéroïdes détectés jusqu’à présent provenaient de la proche périphérie de notre étoile, dans la ceinture de Kuiper ou le nuage d’Oort. Des observations approfondies, toujours avec Hubble, sont prévues pour janvier 2020. L’étude de sa composition pourrait aider à mieux comprendre la formation des systèmes stellaires et planétaires.

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When nature is given its own rights

A wildfire in Bolivia, 2019 | JUAN KARITA/AP/KEYSTONE

Various South American nations, based on the philosophy of indigenous peoples, have accorded nature its own rights. But how useful is that? In the Amazon region, the fires have galvanised public opinion and have shown how significant it would be if there were more effective protection for the most important ecosystem on Earth. A new approach to this is to recognize the rights of nature, which have in fact already been codified by various countries in the region.

Why it matters. The forest fires in the Amazon region are slowly retreating, but the loss is gigantic. In August, Nasa satellite imagery showed that there were still over 86,000 blazes in Brazil, Paraguay, Peru, Colombia and Bolivia. In Brazil alone, reports indicate that the loss of rainforests has increased nearly three-fold, from 723 km² in last year to 2092 km².

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L'ESA dévoile la sonde Solar Orbiter avant son lancement en 2020

Le 18 octobre 2019, l’Agence spatiale européenne (ESA) a présenté aux médias le satellite Solar Orbiter, développé conjointement avec la Nasa, qui sera lancé de Cap Canaveral (Etats-Unis) en février 2020. Son objectif: étudier des zones encore méconnues du Soleil, notamment ses pôles. L’occasion pour l’ESA de rappeler, en une infographie, les caractéristique de la sonde, les instruments scientifiques embarqués, et les différents appuis gravitationnels (notamment grâce à Venus) qui seront utilisés pour aider la sonde à se positionner.

| | radar

Malgré la volonté de Trump, les Etats-Unis continuent d'exporter des technologies sensibles

Capture d'écran de la carte interactive réalisée par The Information

L’administration Trump a, depuis 2016, considérablement compliqué l’octroi de licences d’exportation pour des technologies jugées sensibles, comme le chiffrement, les semiconducteurs, les drones, ou encore la cybersécurité. De 92’100 licences accordées en 2015 sous Obama, leur nombre s’élève encore, en 2018, à 74’700. Les refus de licences survenus en 2018 concernent principalement la Chine, explique The Information. Le média américain a aussi ventilé sur une carte interactive le nombre de licences et le montant financier total des contrats pays par pays, pour les différentes catégories de technologies sensibles.

Pourquoi c’est important. C’est la première fois que ces données, d’ordinaire traitées uniquement par Département du commerce américain, sont rendues publiques: elles ont été obtenues par la démarche légale appelée Freedom of Information Act request. Cette carte inédite permet de visualiser quels sont les pays qui réalisent des échanges commerciaux avec les Etats-Unis dans ces domaines sensibles: principalement l’Allemagne pour le chiffrement, la Syrie pour la cybersécurité, les Philippines pour les semi-conducteurs, ou encore l’Arabie saoudite pour les drones.

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Voir la carte interactive de The Information

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Une activité cérébrale trop intense réduirait notre espérance de vie

Un résultat contre-intuitif, dont les prolongements médicaux sont encore à comprendre | Pete Linforth / Pixabay

Une activité cérébrale trop élevée aurait un effet négatif sur l’espérance de vie. C’est la surprenante conclusion d’une étude menée par des chercheurs de la Harvard Medical School, publiée dans la revue Nature mercredi 16 octobre et relayée relayée sur le site de Sciences et Avenir. L’équipe a montré que plus une personne vivait vieux, plus la protéine REST («RE1-silencing transciption factor») était présente en quantité dans son cerveau. Or, REST permet de réguler l’activité neuronale à la baisse. Les chercheurs ont ensuite établi que des vers (C. elegans) chez qui REST était désactivé avaient une durée de vie réduite.

Pourquoi on vous en parle. La découverte principale est celle d’un possible rôle causal de REST dans la longévité, qui en fait d’ores et déjà une cible pour un des graals de la recherche transhumaniste: le prolongement de l’existence. Mais plus prosaïquement, promouvoir le facteur REST pourrait surtout avoir un effet protecteur dans les maladies neurodégénératives. Ce domaine de recherche devrait aussi permettre de mieux comprendre le rôle protecteur de certaines activités comme la méditation.

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Lire l'article sur Sciences et Avenir

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Ce que dit vraiment la recherche scientifique sur les effets de la 5G

Une antenne 5G sur l'autoroute A1, en Suisse | LAURENT GILLIERON/KEYSTONE

En Suisse, le déploiement de la 5G a provoqué une levée de boucliers: dans les cantons de Genève, Vaud ou du Jura, des moratoires ont été annoncés. Fin septembre, les manifestants contre cette technologie étaient plusieurs milliers dans les rues de Berne. Leur argumentaire, exposé sur le site stop5g.ch, se veut scientifique. Pourtant, les spécialistes de la cancérogenèse induite par le rayonnement interrogés par Heidi.news se l’accordent: aucune étude scientifique n’a, à ce jour, démontré de lien de cause à effet clair et indiscutable, chez l’humain, entre l’exposition au rayonnement des antennes de téléphonie mobile et la survenue de cancers du cerveau. Le point sur ce sujet délicat.

Pourquoi c’est compliqué. Ce dossier implique plusieurs acteurs dont les contraintes ne sont pas toujours alignées. Pour les opérateurs télécoms, le déploiement, qui implique des investissements conséquents, doit être planifié. Il pose la question de l’opportunité à relever les limites d’émission des antennes pour les aligner avec celles en vigueur dans l’Union européenne, ainsi que celle du respect du principe de précaution. Mais pour les politiciens, 2019 est une année électorale qui leur impose de jongler entre les attentes des citoyens et celles des industriels. Quant au grand public, il est pris en étau entre des industriels souvent soupçonnés par principe, et des mouvements anti 5G qui n’interprètent pas toujours correctement les études scientifiques.