Illustration Anaïs Lou pour Heidi.news

Relisez Harry Potter, Monsieur Gabella!

Laurent Gabella, entrepreneur, élu PLR au conseil communal d'Yverdon, s'est offusqué le 15 janvier, dans une tribune (à lire ici), du contenu de notre exploration sur le climat politique de la cité nord-vaudoise. Notre journaliste lui répond.

Au début, j'ai souri. Vous avez le sens de la formule, Monsieur Gabella et, c'est vrai, j'adore Harry Potter. Mais, une fois dépassée l'élégance de la plume, que reste-t-il? La plus vieille tactique de communication au monde. Quand le message ne vous plaît pas, attaquez-vous au messager. En l'occurrence, décrédibilisez-le en caricaturant son propos et en soulignant sa jeunesse. Alors, puisque vous vous souciez de mon inexpérience, permettez-moi de vous rassurer. Depuis une décennie que je pratique ce métier, d'enquêtes en reportages, il y a une chose que j'ai bien comprise: même nez à nez avec un balai volant, certains continueraient de nier son existence.

Car si vous êtes sincèrement persuadé que tout ce qui est décrit dans la série publiée sur Heidi.news tient de la fiction et que la démocratie est au beau fixe à Yverdon, permettez-moi de me demander si vous n'avez pas été victime d'un sortilège d'aveuglement. Et il doit être puissant. Vous ne vous êtes donc pas rendu compte qu'une partie de vos collègues, conseillers communaux ou municipaux, se rendent à chaque séance avec la boule au ventre?

«La droite sabote les plans de la gauche et réciproquement.» Ces mots sortent de la bouche d'un membre de votre propre parti. Autant vous dire qu'il n'est pas le seul à s'inquiéter de l'état de la politique locale. Au total, plus d'une trentaine d'intervenants, de tous bords, décrivent un tableau préoccupant: une guerre de tranchées ayant depuis longtemps sacrifié l'intérêt public sur l'autel des égos et des attaques personnelles.

Et je m'empresse de le préciser, avant que vous n'invoquiez l'habituelle parade magique du Calimero, non la droite n'est pas la seule responsable de la situation. Comme le souligne mon enquête - qui porte sur la dernière décennie ayant vu se succéder les deux partis au pouvoir - la gauche a également eu ses travers, tant durant le mandat de M. von Siebenthal que lors des attaques répétées envers M. Carrard. De l'avis de tous ceux qui sont lassés de compter les points, les torts sont partagés.

«Une démocratie vivante, c'est une démocratie qui interroge», m'a dit un sage Yverdonnois. Alors, j'interroge. Ensuite, chacun se forgera son opinion. Oh, bien sûr, il n'y a pas de cérémonies secrètes sous le château comme vous feignez de l'avoir lu dans mon texte. Mais quand les deux derniers syndics PLR d'Yverdon ont présidé, tour à tour, avant d'être élus, la Table Ronde 27, un club-service dont les membres sont triés sur le volet, avouez qu'il n'est pas interdit de se poser quelques questions sur d'éventuels réseaux facilitateurs. Surtout que, coïncidence ou pas, vous en avez également été membre. Sans oublier de préciser que vous et M. Carrard faites désormais tous les deux partie du Kiwanis, un autre de ces cercles fermés.

Ce qui vous intéresse, et je le conçois, c'est de vous assurer du nom de celui qui sera élu au soir du 16 mai prochain. Ce qui m'intéressait, en tant que journaliste et citoyen, c'était de comprendre les dérives actuelles de notre démocratie et de proposer, modestement, des pistes d'amélioration afin que les futurs élus, quels qu'ils soient, puissent servir le peuple dans de meilleures conditions. Aussi, je ne peux que vous conseiller de lire la suite de mon enquête. Car de toute évidence, vous avez raté la fin d'Harry Potter: Harry détruit la baguette qui ferait de lui le sorcier le plus puissant du monde. Preuve que le pouvoir n'est jamais aussi bien traité qu'entre les mains de ceux qui ne le convoitent pas.