Les rues d'Yverdon sont décidément pleines de super héros. Ici lors d'une exposition "Superman, Batman & Co...mics" à la Maison d'Ailleurs, en mars 2014. Photo: Laurent Gilliéron / Keystone

Élections, phantasmes et sortilèges

Piqué au vif par notre Exploration sur le climat politique à Yverdon, Laurent Gabella, entrepreneur, élu PLR au conseil communal, s'est exprimé avec verve et ironie le vendredi 15 janvier, dans les colonnes du journal yverdonnois La Région. Nous publions sa tribune in extenso, sans modification et avec son autorisation.

Un journal en ligne – non, je ne le citerai pas – publie un feuilleton politique dont l’action se situe à Yverdon-les-Bains, en pleine période électorale. L’auteur, un émule d’Harry Potter, tente de nous faire par­tager sa vision du monde qui répartit le pouvoir entre les gen­tils sorciers minoritaires (les élus de gauche), les méchants sorciers majoritaires (les autres) et les Moldus (les électeurs) qui assistent au crépuscule de la démocratie. Parallèle est tiré avec le récent assaut du Capitole à Washington et la débâcle démocratique aux États Unis.

En cause: un Syndic (Voldemort) parce qu’il dirige, une majorité (les Mangemorts) parce qu’elle tranche, et un conglomérat de quelques louches entrepre­neurs constructeurs qui com­plotent avec les autorités dans d’obscures officines baptisées Rotary, Kiwanis, Panathlon ou Cercle d’Yverdon. Leur but est de construire des choses qui bloquent le développement local, comme des collèges, des stations d’épuration, des stades, des complexes culturels, des routes, des bâtiments indus­triels à foison et des logements. Tout cela par pure malveillance. Le récit, en forme de reportage, est illustré de propos prêtés à des personnages illustres de la Cité thermale. On y croirait.

Heureusement, notre auteur ne connaît pas les catacombes qui relient l’Hôtel de Ville, le temple, le château et la Maison d’Ailleurs, réseau où se ras­semblent en cagoule et en secret les plus vilains parmi les vilains bourgeois qui y célèbrent des messes noires en tirant les ficelles et les marrons du feu. On aurait droit à un dénouement complotiste.

L’auteur fait du neuf avec du vieux mais, comme il ne doit pas être sorti depuis longtemps de Poudlard, on l’excusera. La soupe qu’il nous sert dégage un fumet qui flatte les narines de gauche et encourage la droite à se pincer le nez. Il est vrai qu’il s’inspire des meilleures feuilles de la Pravda, en termes d’ob­jectivité, pour nourrir un per­sonnage de journaliste, au final, peu crédible.

J’aurais personnellement pré­féré qu’il mette en évidence le vrai danger qui guette la démo­cratie: la propension contem­poraine de nos egos gonflés à bloc par la farce et les attrapes des réseaux sociaux à refuser d’être minorisés sans hurler à l’oppression ou à l’abus de pouvoir, sans s’indigner ou s’of­fenser qu’un autre puisse tenir une opinion qui diffère de la sienne, et à ne plus reconnaître l’avantage du nombre. C’est ain­si qu’on assaille le Capitole et que les démocraties meurent: lorsque l’autorité ne s’assume plus et cède sous la pression des enfants rois indisposés.

Enfin. Une fiction reste une fiction et toutes n’ont pas valeur de parabole. Je n’attends guère mieux de la suite.