Maria et Franz Gertsch dans l'atelier de l'artiste. | Photo Kostas Maros pour Heidi.news
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Le peintre de Patti Smith vivait dans les Préalpes bernoises

L'an dernier, je suis apparemment la dernière journaliste à avoir rencontré cet artiste suisse qui figure déjà dans les livres d’histoire. Il vivait dans une grange de la campagne bernoise, avec sa femme et un chat. Franz Gertsch est décédé fin décembre 2022, à 92 ans. Il avait déjà un musée à son nom. Il a traversé le Pop Art et restera comme le représentant le plus important du photoréalisme, cette «deuxième vague» de l’hyperréalisme qui consiste à réinterpréter la réalité à partir de la photographie. Voici mon article de 2021, c'était 9e épisode de mon tour de l'art suisse pour Heidi.news cette année-là.

Publié le 15 octobre 2021 17:45. Modifié le 02 janvier 2023 17:01.

C’est Maria, dans une belle chemise rouge vif, qui vient à ma rencontre. Toujours grand mais amaigri, il se tient derrière elle, appuyé sur une canne. On le dirait dans son ombre, même si son épouse est bien plus petite. Je reconnais ce visage pour l’avoir observé sur son célèbre autoportrait à l'acrylique de quatre mètres de large. Le tableau date d’il y a plus de quarante ans, mais Franz Gertsch a toujours ses cheveux coiffés en arrière – ils n’ont même pas complètement blanchi.

Le couple m’entraîne à son rythme vers l’atelier, juste derrière le séjour de l’ancienne ferme de Rüschegg. Gertsch s’assoit dans une étrange chaise longue recouverte de peaux. Je cherche à capter ses yeux, bleu-gris, parce que chez Gertsch, tout est dans le regard. Sa femme me jauge: «Ce sont les peintures qu’il faut regarder. Allez, prenez du recul et observez cette beauté!» Sous le faîte de la grange sont accrochées deux immenses toiles qu’il vient d’achever.

Parce que oui, à plus de 90 ans, Gertsch peint encore, et toujours de grands formats. C’est vrai qu’elles sont envoûtantes. L’une représente des brins d’herbe, l’autre les fameuses pétasites, ces plantes à feuilles rondes et découpées que je verrai plus tard dans le jardin autour de l’ancienne ferme. Les sujets sont agrandis des dizaines de fois, passés en une couleur unique, le bleu extrait du lapis lazuli. Ils tirent vers l’abstraction et la poésie. Personne avant lui n’a jamais traité un brin d’herbe de cette façon.

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Photo Kostas Maros pour Heidi.news

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