Axelle de Russé pour Heidi.news

La courbe en U du bonheur

Voilà, nous arrivons au terme de notre recherche du secret des personnes âgées, celui qui insuffle la pulsion de vie. Peut-être l'explication est-elle scientifique mais peut-être aussi que d'autres forces interviennent. Ce seront là nos deux dernières hypothèses.

Il existerait une «courbe en U» du bonheur. Dessinée en 2008 par l'économiste du travail Andrew Oswald, de l'Université de Warwick, en Angleterre, et David Blanchflower, du Collège Dartmouth d’Hanover, aux Etats-Unis. Les données qu’ils ont récoltées chez près d'un demi-million de personnes dans 72 pays suggèrent qu'au cours de la vie, notre bien-être émotionnel suit un même déroulé: il commence haut, atteint un creux entre 40 et 50 ans, puis remonte dans les dernières décennies (vous pouvez lire leurs conclusions ici). C’est peut-être la raison pour laquelle je me suis lancée dans cette série (relire le lancement de notre Exploration), étant supposément au fond du seau en ce moment, à la recherche des secrets de bonne vie.

Tout le monde cependant ne valide pas cette théorie. Les personnes âgées chinoises ne sont par exemple pas concernées, rappellent Cécile Guillaume, Francis Eustache et Béatrice Desgranges dans leur article publié dans la Revue de neuropsychologie en 2009 (que vous pouvez lire ici). Les chercheurs en neuropsychologie se sont néanmoins penchés sur ce qui pourrait expliquer, au moins dans certains pays, cette remontée de la courbe avec l’âge, que de plusieurs travaux de recherche confirment. «De très nombreuses études ont montré que les émotions négatives ont un impact plus important que les émotions positives chez les sujets jeunes, ce qui se traduit notamment par des capacités attentionnelles accrues et une meilleure mémorisation des stimuli négatifs», écrivent Cécile Guillaume, Francis Eustache et Béatrice Desgranges. Puis «l’écart observé entre émotions positives et émotions négatives chez les sujets jeunes s’amoindrit, voire s’inverse, avec l’âge». C’est «l’effet de positivité». Plus on vieillit, moins on ressent de sentiments négatifs.

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