Axelle de Russé pour Heidi.news

Cette époque où «tout était possible»

Mais quel est donc le secret de ces personnes âgées débordantes d'une énergie qui leur permet de continuer à croquer la vie à pleines dents? Une hypothèse: ils tirent leur force de leur parcours.

Yvette reste debout comme figée en écoutant l’anecdote de son mari avec le même effroi que si elle l’entendait pour la première fois. Le jour où, avec son frère, dans les années 1930, Michel a volé deux fraises à un voisin. Leur père les a surpris. Il les a installés dans le hall de l’immeuble, les deux fruits posées sur une assiette en évidence, avec un écriteau: «Je suis un voleur». En cas de mauvaise note, «c’était une raclée». La sculpteure de 91 ans secoue la tête avant de déposer devant moi un autre plateau, en étain celui-là, avec une tasse de café en porcelaine fleurie et des biscuits.

Michel est «orphelin de guerre et pupille de la nation», me dit-il à peine installé sur le canapé d’à côté, quand j’évoque l’idée qu’il y aurait des biais à mon casting. La majorité de mes témoins appartiennent à des classes sociales aisées. Sans doute parce qu’en France, selon cette étude de l’Insee, les hommes cadres vivent en moyenne 6 ans de plus que les ouvriers dans les conditions de mortalité actuelles (chez les femmes, les inégalités sociales sont moins marquées). En outre, à une vie déjà plus courte s’ajoute pour les ouvriers un plus grand nombre d’années vécues avec des incapacités.

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