Centre ville de Chebba. Photo: Sami Zaïbi.
Tunisie, 10 ans après | épisode № 04

L’impossible n’est pas chebbien

Une lecture parfaite 10 ans jour pour jour après le départ de Ben Ali. C’est dans la petite ville de Chebba et autour de son club de foot que se trame l’histoire la plus incroyable et la plus représentative de la Tunisie post-révolutionnaire contestataire.

Je me rappellerai toujours cette finale de coupe de Tunisie, dans le chauderon du stade de Radès, chauffé à blanc par 60’000 spectateurs en furie. C’était en 2006, j’avais neuf ans, mon père m’avait emmené voir l’Espérance de Tunis, le club «sang et or» historiquement supporté dans la famille, défier le Club africain, l’autre grand club de la capitale, dans un derby qui a tenu toutes ses promesses. Les «sang et or», bien aidés par un coup de pouce de l’arbitre, ont remporté le titre aux tirs aux buts. Après le goal victorieux, les gradins où nous nous trouvions tremblaient tellement, le vacarme était si fort, que notre joie s’est presque transformée en peur.  Dans le virage adverse, les supporters enragés arrachaient les sièges. A la sortie du stade, leur frustration s’est transformée en drame: ils ont initié un feu de forêt qui a fait un mort. Ce jour-là, j’ai compris l’importance, pas du tout anecdotique, que revêt le football dans la vie des Tunisiens.

Flash-forward en 2011. Un anglicisme, jusque-là inconnu, est entré dans le vocabulaire quotidien: sit-in. Pendant les dix ans suivant, à peu près tous les corps de métiers effectuent au moins un sit-in pour faire entendre leurs revendications. Tout ce que le pays a tu pendant soixante ans, il le crie désormais à tue-tête.

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