Une des fresques du tribunal d'arrondissement de Lausanne. Photo: Claude Baechtold

Le cri et les tremblements de la guerre du sable au tribunal de Lausanne

En septembre 2021, une audience avait lieu devant le tribunal d’arrondissement de Lausanne. Car deux seigneurs du béton se livrent depuis sept ans une guerre impitoyable pour des gisements de sable. La procédure oppose la vieille Holcim à la jeune Orllati. Quant au théâtre des opérations, il s’agit de la parcelle 524 à Ballens, près de Morges, porteuse d’un revenu potentiel de 400 millions de francs. Suite mais pas fin...

Publié le 02 janvier 2022 12:35. Modifié le 03 janvier 2022 10:12.

Dans l'imposante salle d’audience où résonnera bientôt le cri qui a introduit l’article précédent («c’est faux!»), douze portraits de nymphes toisent l’assemblée, perchées au-dessus des immenses rideaux pourpres. Le juge Lionel Chambour qui siège sous la divinité «Pureté» ouvre la séance, il est 14h15, ce 15 septembre 2021.

Outre les différentes parties concernées et leurs avocats respectifs, le public comprend vos deux serviteurs, journalistes pour Heidi.news, jeune média qui appartient désormais au groupe Le Temps.

L’audience commence par un coup de théâtre. Maître Pittet, avocat du groupe Holcim, ne goûte pas la présence de deux journalistes dans la salle et demande le huis clos.

  • Pourquoi donc? demande le juge.

L’avocat hésite puis se lance:

  • On parle quand même de conventions conclues entre privés, économiquement relativement sensibles...

  • Vous demandez le huis clos complet ou partiel? Poursuit le juge. Vous voulez faire sortir tout le public ou seulement les journalistes?

  • Seulement les journalistes, répond Maître Pittet.

Maître Bruchez, avocat du groupe Orllati, appuie la demande Holcim, prouvant en cela qu’ils arrivent à s’entendre sur un point, et ce sera le seul. Moins il y aura de publicité autour de cette affaire, mieux ils se porteront.

  • Je ne sais que vous dire, maître Pittet, sourit le juge. En principe cette audience est publique, je ne vois pas de raison objective à ce qu’elle ne le soit pas.

Nous pourrons donc vous raconter la suite. Le juge enchaîne:

  • Toujours pas de conciliation? Bon, alors faites entrer le premier témoin.

Les témoins

Les statistiques des assurances juridiques l’ont montré: Les Romands sont les champions des problèmes de voisinage. Ainsi, dans ce grand canton nommé forêt (Vaud viendrait du germanique Wald), on peut se crêper le chignon avec son voisin pour la hauteur d’un buisson ou les miaulements d’un chat. De pareilles broutilles finissent régulièrement au tribunal et il n’est pas rare de voir les protagonistes déverser des torrents d’injures en pleine salle d’audience.

Mais quand il s’agit d’une affaire vraiment sérieuse, entendez par là un petit litige à 400 millions de dollars, alors c’est tout le contraire: la courtoisie est de mise.

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Une des fresques du Tribunal d'arrondissement de Lausanne. Photo: Claude Baechtold

Holcim va appeler à la barre une bonne partie des témoins qui ont participé à l’élaboration de son premier projet. Ça remonte à loin, si bien que la plupart d’entre eux sont aujourd’hui à la retraite. But de l’opération: démontrer qu’Holcim n’avait pas lâché l’affaire comme le prétendent les conseils du groupe Orllati dans leurs écritures.

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