Dessin: De Kip

Tokyo blues: la BD d’une employée suisse au Japon

Publié le 05 décembre 2020 06:32. Modifié le 29 janvier 2021 23:38.

De Kip c’est mon surnom, et en découvrant les pages qui vont suivre, vous ne tarderez pas à comprendre pourquoi. Mais l’essentiel n’est pas là. Disons d’entrée qu’entre vous et moi, il va être question du Japon.

Le Japon est le coin de planète où je vis habituellement. Le Japon, c’est aussi une passion d’enfance, un horizon, une partie de ma famille, une de mes cuisines préférées, une différence qui ne cesse de m’intriguer et de me stimuler, une esthétique, l’ordre d’un autre univers. Le Japon enfin, c’est mon lieu de travail depuis plusieurs années et c’est précisément dans mon entreprise que je vais vous inviter à me suivre durant les treize épisodes à venir.

Car voyez-vous, ce n’est pas facile d’aimer le vrai Japon, celui de tous les jours, celui décrit par Georges-Baumgartner-Radio-Suisse-Romande-To-kyo. Pas du tout. J’en sais quelque chose.

J’ai toujours voulu aller au Japon. Génération Manga, c’est obligé. Et comme j’aime à la fois dessiner et cuisiner, on dira que ce choix était assez naturel. Après mes études, donc, j’ai mis le cap sur le Soleil Levant. Etudes de langue, stages de quelques mois dans diverses villes de l’archipel, avant que je trouve enfin un poste fixe dans une grande entreprise japonaise. Un poste dans le marketing, du moins c’est ce que je croyais. On verra que rien ne s’est passé comme je l’imaginais.

Dès la veille du premier jour, j’ai tenu mon carnet de bord sous forme de croquis. Ce sont ces dessins fidèlement reproduits que je vais partager avec vous. Ils devaient raconter mon irrésistible découverte du monde du travail japonais. Ils m’ont plutôt servi d’exutoire et de confidents secrets. Car j’en ai bavé, je dois l’avouer. Je peux rassurer ceux d’entre vous qui ont lu Amélie Nothomb: vous n’avez pas été roulés, c’est bien comme ça que les choses se passent. En tout cas, c’est ainsi qu’elles se sont passées pour moi, dans cette entreprise typiquement japonaise et peu accoutumée à recevoir des étrangers, sans parler d’étrangères ou pire encore, de jeune étrangère.

J’ai donc pris une leçon de Japon. Chacun sait en débarquant dans ce pays qu’il va être confronté à un non-dit permanent, fondé sur la conviction des Japonais d’être partout les meilleurs, sinon incomparables. Ça vous rappelle quelque chose? Un autre pays? Et bien justement, quand on vient de Suisse, c’est un apprentissage plus qu’utile. Mais franchement, je ne dirais pas que j’ai adoré tous les jours.

Assez radoté. Voici donc mes premiers pas d’ingénue dans le grand Tout du travail japonais. Des petits riens, les surprises quotidiennes, les déceptions et les menues victoires sur le chemin qui m’a conduite vers le Japon de l’intérieur. Et que je compte bien poursuivre.